| Depuis 14 mois, la coordination
75 des sans-papiers (CSP 75), occupait
l'annexe E. Varlin de la bourse du travail
dans le troisième arrondissement de Paris,
pour réclamer leur régularisation. Le 24
juin, alors qu'une bonne partie de ces
travailleurs était partie manifester comme
chaque mercredi, un commando masqué, composé
de membres du service d'ordre de la CGT, a
brutalement investi les lieux. Armés de
bâtons et de gaz lacrymogènes, les gros bras
ont expulsé sans ménagement les personnes
présentes. Les occupants n'ont pu récupérer
leur effets personnels que plus tard, sous le
contrôle de la police, qui a visiblement
supervisé l'opération. Dans la foulée, les
CRS se sont déployés devant la bourse du
travail prenant le relais du service d'ordre
de la CGT.
Cherchant à se justifier, dans un
communiqué du 25 juin, l'Union départementale
CGT de Paris déclare avoir tout essayé par le
dialogue et se targue d'avoir contribué à la
régularisation de plus 2000 personnes, depuis
avril 2008. Elle estime avoir mis fin à une
occupation qui, selon elle, s'était
transformée en squatt et entravait l'activité
des syndicats parisiens. Il faut souligner,
en effet, que d'autres organisations
syndicales, outre la CGT, disposent de locaux
à la bourse du travail de la rue Charlot :
cette évacuation s'est faite avec leur
complicité ou, au moins, leur accord tacite.
Seule l'Union syndicale Solidaires
s'est fendue d'une déclaration au demeurant
modérée et ambiguë.
Les deux communiqués soulignent le
caractère paradoxal d'occuper des locaux
syndicaux pour obtenir des régularisations de
la part des patrons et de l'Etat, mais le
communiqué de la CGT laisse planer une
accusation de manipulation : « Qui avait
intérêt à cette occupation (...) ?
Qui gênons-nous et à qui faisons-nous de
l’ombre ? ». Quels que soient les
désaccords, rien ne peut justifier de telles
méthodes, et le GSI condamne sans
réserves ces pratiques honteuses, héritées du
stalinisme, étrangères au mouvement ouvrier
et dignes des syndicats jaunes.
A l'origine, les bourses du travail
avaient pour objectif d'assurer
l'organisation des grèves et de la solidarité
ouvrière, d'instaurer, « au dessus des
divisions professionnelles et corporatives,
la communauté de classe ». Les héritiers des
bourses du travail se doivent donc de
protéger des forces de répression et de
l'exploitation capitaliste, tous les
travailleurs, quels qu'ils soient, syndiqués
ou non syndiqués. Notamment les plus
exploités et démunis, en permanence sous une
menace d'expulsion, qui fuient la misère de
leur pays. Les dirigeants de la CGT
ont renoncé à ces principes !
Les travailleurs sans papiers attendaient
un soutien sans faille de toutes les
organisations syndicales, au premier rang
desquelles la CGT, pour obtenir des papiers
pour vivre au grand jour, dignement, avec
leur famille, pour se loger décemment, eux
qui paient des impôts et qui versent des
cotisations sociales, quand leur patron
daigne les déclarer aux organismes de
sécurité sociale.
Au lieu d'en appeler à l'unité pour la
régularisation globale de tous les sans
papiers, à la mobilisation générale contre
les lois racistes du gouvernement Sarkozy,
les dirigeants de la CGT ont, au contraire,
limité leur intervention à des secteurs bien
précis, pour l'essentiel dans l'hôtellerie,
la restauration et « l'environnement » (le
ramassage et le traitement des ordures...),
agissant au cas par cas, laissant pour compte
la grande masse des sans-papiers, dans le
BTP, le nettoyage, la « sécurité » ou dans
l'agriculture.
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Il
faut cependant tout le cynisme scandaleux du
journal Libération pour considérer
que : « L’évacuation musclée des
sans-papiers (...) aura peut-être le
mérite de débloquer la situation. En jetant
sur le trottoir du boulevard du Temple les
membres de la Coordination des Sans-Papiers
75 (CSP 75), la CGT a redonné un peu de
visibilité au combat pour leur
régularisation, qui s’était enlisé
depuis quatorze mois. » (1). Bien voyons ! Depuis
leur « évacuation », les travailleurs sans
papiers et leurs familles sont installés sur
le trottoir, effectivement, ils sont «
visibles »... tant qu'ils ne sont pas
enfermés dans un camp de rétention en attente
d'une expulsion du territoire.
Les bureaucrates ont fait leurs les
critères scandaleux « d'immigration choisie »
de la loi Sarkozy-Hortefeux, adaptée aux
besoins du capitalisme. Ils ont choisi
eux-même d'aider le gouvernement à « remettre
de l'ordre » dans des secteurs où patronat et
gouvernement avaient intérêt à certaines
régularisations ciblées et limitées. En
agissant ainsi, les dirigeants de la CGT ont
livré la masse des travailleurs sans papiers
au désespoir et, maintenant, ils les accusent
d'avoir été les instruments d'une provocation
! Alors que c'est la connivence entre les
bureaucrates et l'appareil d'Etat qui ouvre
la voie à toutes les provocations contre les
travailleurs et leurs organisations !
Ce sont les bureaucrates qui doivent être
chassés des bourses du travail. Ceux là mêmes
qui prônent le dialogue social avec un
gouvernement qui poursuit la plus grande
destruction de nos conquêtes sociales. Ceux
là qui ont maintenu dans l'isolement les
travailleurs de Guadeloupe. Ceux là même qui,
aujourd'hui encore, font le silence sur la
répression dont les militants de l'UGTG sont
l'objet de la part des autorités coloniales
qui cherchent à démolir les « accords Jacques
Bino » avec le MEDEF, la FNSEA et les Békés.
L'honneur du mouvement ouvrier est dans la
poursuite du combat pour éradiquer les
pratiques racistes et colonialistes dans ses
propres rangs.
Il faut chasser des bourses du travail
ceux là mêmes qui multiplient les journées
d'action contre la grève générale et qui
acceptent sans broncher que l'action
syndicale soit criminalisée. Nous devons nous
doter d'une véritable organisation, une
Centrale Unique des Travailleurs, sur une
ligne d'indépendance de classe vis à vis des
patrons et des gouvernements, débarrassée des
bureaucrates.
Non à l'immigration choisie !
Abrogation de toutes les lois
anti-immigrés !
Arrêt des rafles et expulsions !
Régularisation de tous les
sans-papiers !
Unité des travailleurs français immigrés
contre la politique de ce gouvernement !
Paris le 30 juin
2009
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