| Depuis le 20 janvier, la
Guadeloupe est paralysée par la grève
générale. Depuis le 5 février, les
travailleurs de la Martinique se sont engagés
dans la même direction. Des grèves éclatent
en Guyane, alors qu’à la Réunion un
collectif de 25 organisations menace
également d'appeler à la grève le 5 mars.
Comme seule réponse aux 2,5 millions de
manifestants du 29 janvier, comme seule
réponse à la grève générale de Guadeloupe et
de Martinique, les dirigeants des huit
confédérations ayant appelé au 29 janvier se
sont prononcés pour une nouvelle journée
d'actions le 19 mars. Entre-temps, ils
doivent se rendre à l'Elysée pour rencontrer
Sarkozy. Pourtant l'urgence d'une réponse
positive aux revendications des exploités est
posée depuis longtemps « outremer » comme en
« métropole ». L'exaspération des
travailleurs et de la jeunesse est
manifeste.
Un douloureux passé
toujours présent
La grève générale en Guadeloupe a fait
ressurgir, au premier plan de l'actualité, la
réalité du colonialisme dans une île dont
l'histoire nous interroge tous. Il suffit de
rappeler que la Guadeloupe a la douloureuse
exclusivité d'avoir connu l'abolition de
l'esclavage en 1794 et, sur les ordres de
Bonaparte, le retour à l'esclavage en 1802 ;
une réintroduction qui s'est faite dans le
sang, les troupes de L. Delgrès, colonel
métis de l'armée républicaine, s'étant
battues jusqu'à la dernière extrémité contre
le corps expéditionnaire de Bonaparte. La
Guadeloupe a alors échoué, là où
Saint-Domingue (devenue Haïti par la suite) a
réussi.
La seconde abolition de l'esclavage en
1848, sous la Seconde république, a laissé
une population noire formellement libre mais
misérable, aux mains des exploiteurs blancs,
les colons, dont les descendants sont appelés
les Békés. Cette réalité a été atténuée suite
à la Seconde guerre mondiale, au cours de
laquelle les Antillais ont rejoint nombreux
les mouvements de résistance, alors que le
régime de Vichy régnait là-bas, d'une main de
fer, par l'intermédiaire de l'amiral
Robert.
Pourtant, en 1952, le « massacre de la
Saint-Valentin » verra quatre grévistes
tomber sous les balles de l'armée, au Moule ;
quinze ans plus tard, en 1967, lors des
émeutes des 25, 26 et 27 mai, au terme d'un
conflit de près de trois mois, le préfet
donne l'ordre de tirer : 87 morts !
Ce rappel historique est indispensable
pour qui veut saisir ce qui est en jeu
aujourd'hui en Guadeloupe. Les vieilles
familles békés font toujours la pluie et le
beau temps. Une poignée d'entre-elles
disposent de l'essentiel de ce qui fait
l'économie de la Guadeloupe et de la
Martinique, en relation avec les intérêts des
transnationales. Résultat, un chômage à 27%
(chiffre officiel), qui atteint 60% chez les
moins de 24 ans ; des salaires très bas et
des prix très hauts (30% de plus qu'en «
métropole », avec une inflation du double),
un mépris pour les populations noires qui
s'exprime de maintes façons.
Oui, dans les « DOM » aujourd'hui le Blanc
est presque toujours patron ou cadre, le Noir
est presque toujours ouvrier, employé et
souvent chômeur ou paysan sans terre. Ceux
qui tiennent les leviers de l'économie sont
toujours des Blancs venus de « métropole » ou
des Békés.
Le gouvernement Sarkozy-Fillon, dans ce
contexte, que veut-il signifier quand il se
dit déterminé à défendre « l'état de droit »
en Guadeloupe ? De quel « état de droit »
parle-t-il quand on sait que, depuis des
décennies, les scandales, les détournements
de fonds publics, la corruption, le
clientélisme sévissant en Guadeloupe trouvent
leur origine à Paris ? De quel « état de
droit » le ministre Jégo parle-t-il, quand on
sait que les groupes pétroliers, ceux de la
grande distribution, de l'hôtellerie ou du
BTP font comme ils veulent et sans rendre de
compte à quiconque, sauf à leurs
actionnaires, dans ce qu'il faut bien appeler
les colonies ?
Quelle issue en Guadeloupe
?
Les Guadeloupéens montrent, à
tous, la voie de la grève générale, pour en
finir avec cette politique, pour en finir
avec ce gouvernement ! Aujourd'hui,
tout le peuple de Guadeloupe est représenté
par le LKP (Liyannaj kont pwofitasyon -
Collectif contre l'exploitation excessive)
qui regroupe 52 associations, syndicats et
groupements politiques (voir notre communiqué
du 25 janvier). Depuis le 20 janvier, la
grève est générale. L'appel des élus locaux,
le 15 février, à « assouplir la grève
générale en laissant ouvrir les commerces » a
été rejeté. Les grévistes ont commencé à
barrer les routes.
Le gouvernement menace. Il a mis longtemps
à prendre la véritable mesure du conflit et
lorsque son envoyé, Y. Jégo, a commencé à
montrer des signes de faiblesses, son maître,
F. Fillon, l'a rappelé à Paris, déterminé
maintenant à ne rien lâcher de significatif,
par peur de propager l'incendie tant à
l'ensemble des dernières colonies qu’à
« la métropole ».
De leur côté, les travailleurs
guadeloupéens ont été patients, très
patients. Pendant près de quatre semaines ils
ont été en grève, calmes et déterminés ; le
gouvernement aura-t-il été si stupide de
prendre ce calme pour de la faiblesse ?
Le pari sur le pourrissement du
conflit, de la part du gouvernement
Sarkozy-Fillon, pourrait bien s'avérer une
grave erreur politique.
Ces derniers jours, le LKP a mis le
gouvernement en demeure de respecter ses
engagements, il a également mis en lumière
les mensonges du ministre des colonies. Rien
n'est donc réglé, ni sur le logement, ni sur
les prix, ni sur l'emploi, ni, tout
particulièrement, sur les salaires. Sur
l'essentiel, rien. Le gouvernement, le MEDEF
et leurs relais locaux ne lâchent rien.
Les déclarations sur « l'état de droit »
sont lourdes de menaces et d'arrières pensées
; désormais, les provocations risquent donc
de se multiplier. Cependant, en indiquant la
nécessité de « casser le système
monopolistique » d'une économie « qui est
l'héritière des comptoirs de l'époque de la
colonisation », en appelant « à refonder
l'économie et puis peut-être aussi à refonder
le social » (AP, le 16 février 2009), Jégo
donne également la mesure des affrontements
en cours de développement au sein même de
l'appareil de l'Etat bourgeois. La peur est
en train de changer de camp...
Dans la nuit du 16 au 17 février, des
affrontements ont eu lieu entre manifestants
et CRS, des affrontements tournant à
l'émeute. L'aéroport de Pointe-à-Pitre a été
fermé. Maintenant, n'est-il pas temps d'aller
de l'avant ? Le président (PS) du Conseil
régional de Guadeloupe reconnaît lui-même que
les élus institutionnels courent derrière le
mouvement : « C'est une crise politique,
c'est une crise institutionnelle, et on est
au bord de la sédition. » (V. Lurel, sur
France Infos le 17 février 2009).
Dans la soirée du 17, alors
que les émeutes se poursuivaient, J.
Bino, un syndicaliste militant de la CGTG, a
été tué par balle, dans des
circonstances mal établies, en rentrant chez
lui après un meeting.
N'est-il pas temps maintenant en
Guadeloupe d'occuper les usines, les
commerces, les exploitations
agricoles, de se saisir des
livres de compte ? N'est-il pas
temps, dans chaque commune,
d’élire des comités pour
définir les besoins concrets de la
population et imposer des mesures en
conséquence ?
Dans les faits, la Guadeloupe se
trouve dans une situation de double
pouvoir, c'est d'ailleurs ce que V.
Lurel lui-même reconnaît implicitement.
Alors, n'est-il pas temps que le LKP
prenne le contrôle des banques et nationalise
lui-même la SARA, filiale de Total ? N'est-il
pas temps que le LKP assume le pouvoir en
Guadeloupe, contre les institutions
capitalistes coloniales et contre les élus
locaux qui sont liés à la préservation de
l'ordre colonial ?
Ce serait, bien entendu, contraire à «
l'état de droit », mais ce serait conforme à
l'état de nécessité dans lequel se trouvent
plongés nombre de Guadeloupéens à cause des
capitalistes et du gouvernement à leur
service. Le peuple de la Guadeloupe
doit pouvoir décider de son avenir.
Les travailleurs de Martinique, Guyane,
Réunion, Mayotte, Polynésie ou de Nouvelle
Calédonie sont placés devant les mêmes
perspectives. Les travailleurs de la
« métropole » ont le devoir de soutenir les
choix et le combat des Guadeloupéens contre
l'état colonial.
Quelle issue pour tous
?
Nombreux, dans les usines et dans les
bureaux les travailleurs s'interrogent. Les
originaires de Guadeloupe, de Martinique ou
de Réunion et, au-delà, tous les travailleurs
s'interrogent : alors que la grève générale
est patente en Guadeloupe depuis le 20
janvier, pourquoi avoir attendu le 5 février
pour appeler à la grève en Martinique ?
Pourquoi, à la Réunion, cet appel de 25
organisations à descendre dans la rue le 5
mars seulement, sur des revendications
pourtant si proches de celles de la
Guadeloupe et de la Martinique ?
Mais surtout, pourquoi, après
avoir reporté leur décision au 9 février, les
dirigeants des huit confédérations syndicales
de « métropole » appellent-ils à une nouvelle
journée de grève le 19 mars seulement
? Le 19 mars, c'est-à-dire dans un
mois ; six semaines après le succès de la
journée de grève du 29 janvier, alors que
tout indique que le gouvernement est
déterminé à ne rien lâcher de tangible à la
Guadeloupe, alors que Sarkozy à bien
réaffirmé, lors de son show d'une heure et
demie le 5 février, son intention de
poursuivre les contre-réformes
pro-capitalistes, alors que L. Parisot,
présidente du MEDEF, réaffirme tous les jours
son refus de voir augmenter les salaires.
Pourquoi attendre, alors que les
enseignants-chercheurs de 75 universités se
sont lancés dans la grève dès le 26 janvier
et alors que, désormais, les étudiants
contestent la loi « LRU » de privatisation de
ces universités ? La réponse est simple : les
dirigeants des organisations syndicales sont
pour la plupart des militants du PS, du PCF,
des Verts, du NPA (ex-LCR) ou de leurs
satellites respectifs.
Ces organisations se battent pour une
Europe sociale, pour une Europe capitaliste «
réformée », malgré la crise systémique du
capitalisme. Elles ne veulent pas d'une
rupture révolutionnaire avec l'Union
Européenne. Aussi, par là même, elles
rejettent la seule Europe sociale possible
pour les travailleurs : les Etats-Unis
Socialiste d'Europe. D'ailleurs, elles
pensent toutes qu'une relance de l'économie
capitaliste est possible.
Pourtant Sarkozy à été clair : pas de
relance de la consommation ni de hausse des
salaires. Du point de vue du MEDEF, la
moindre véritable mesure sociale est
insupportable. Sinon, pourquoi s'acharner à
refuser, au risque d'une guerre civile ou
même d'une guerre coloniale, une hausse de
salaire de seulement 200 euros pour les plus
bas salaire en Guadeloupe ? Oui, comme les
travailleurs de Guadeloupe, ce que nous
voulons, nous devrons l'arracher par une
lutte déterminée et d'ampleur !
Cette lutte sera dure, car le gouvernement
est prêt à l'affrontement avec la classe
ouvrière. Car, comme en Guadeloupe, sa
réponse aux justes revendications des
travailleurs et des jeunes sera la répression
!
Le 18 février, les dirigeants des
confédérations syndicales et les patrons
seront à l'Elysée, où ils rencontreront celui
qui n'a en tête que la satisfaction des
revendications du MEDEF et de la haute
finance, celui qui veut faire payer par les
travailleurs et par la jeunesse la crise des
capitalistes et des spéculateurs. Le 18
février ils devraient, ensemble, aborder
également la situation en Guadeloupe et en
Martinique ! Quel culot ! Quelle honte...
!
Se bornant pour l'essentiel à de plates
déclarations de soutien, ces dirigeants ont,
dans les faits, cherché à isoler les
travailleurs de Guadeloupe, puis ceux de la
Martinique ; ils jouent la montre sachant que
le temps qui passe travaille maintenant pour
le gouvernement, pour les capitalistes.
Alors que se cristallise l'attente des
travailleurs de ce pays dans leur large
majorité, en premier lieu sur les salaires et
sur l'emploi, Sarkozy leur explique qu'ils
auront peut-être, éventuellement, l'emploi
s'ils renoncent aujourd'hui sur les salaires
! Dans les entreprises, les travailleurs se
sentent très proches des Guadeloupéens et des
Martiniquais en grève. La propagande
haineuse, sur un soi-disant racisme
anti-Blanc aux Antilles, a-t-elle échoué
lamentablement. La tension devient palpable,
l'exaspération est à son comble, comme à la
veille des émeutes de 2005.
L'affrontement est désormais
inévitable contre ce gouvernement et sa
politique au service des
capitalistes.
Les travailleurs
de Guadeloupe et de Martinique montrent la
voie !
Les syndicats doivent
être au service des travailleurs !
Les centrales
syndicales doivent appeler à la grève
générale, maintenant !
Grève générale pour les
salaires, l'emploi, le logement, les services
publics, l'éducation publique et la
santé !
Grève générale pour nos
revendications !
Grève générale pour en
finir avec cette politique au service des
capitalistes !
Grève générale pour en
finir avec ce gouvernement et ce régime !
Grève générale
pour ouvrir la voie à un gouvernement des
ouvriers !
Paris,
le 18 février 2009 à 14h00.
|