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Groupe Socialiste Internationaliste
Pour la reconstruction de la Quatrième Internationale
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Document publié dans l'Internationaliste n°87

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Contre-Sommet de Bruxelles / Louvain

Déclaration du Groupe Socialiste Internationaliste

Pour la reconstruction de la Ligue Internationale des Travailleurs – Quatrième Internationale

Luttons pour un Enseignement Européen Public, Laïque et Gratuit pour Tous !

La faillite du système capitaliste conduit les bourgeoisies à rechercher rapidement des solutions pour sauvegarder, à tout prix, leur modèle économique. Début avril 2009, les principaux dirigeants des puissances impérialistes se sont réunis à deux reprises. Le G20, qui regroupe les pays impérialistes et leurs alliés, a consacré 1 100 milliards de dollars, notamment au Fonds Monétaire International, afin que celui-ci poursuive son œuvre de rapine sur les pays colonisés. Le sommet de l’OTAN, organisation militaire fondée par l’impérialisme Nord-Américain, a établi de nouveaux accords stratégiques afin de continuer les guerres colonisatrices voulues par les Etats-Unis.

Ces négociations inter-impérialistes vont pousser les instances internationales (FMI, OMC, ONU, OTAN, etc.) à poursuivre le développement d'une nouvelle répartition du travail à échelle mondiale, un « nouvel ordre mondial », selon les propos de Brown et Sarkozy. Alors que, pour l’impérialisme, l’Afrique se résume à un gisement de matières premières et que l’Amérique Latine et l’Asie du Sud-est sont des gigantesques manufactures, l’Europe, de son côté, cherche à développer une compétitive économie de la connaissance. Cette « Economie du Savoir » se traduit dans les faits par l’application du processus de Bologne.

Une privatisation de l’enseignement à échelle européenne

En septembre 1998, l’OMC déclarait que « L’éducation et la santé sont les futurs marchés du 21ème siècle ». La même année se réunissaient à la Sorbonne, à Paris, les ministres de l’éducation français, italien, anglais et allemand. Ces grandes puissances européennes projettent alors de construire un marché de la recherche et de l’enseignement extrêmement concurrentiel. La construction de ce « marché » se fonde sur une déclaration commune de 29 pays européens, réunis l’année suivante à Bologne en Italie. La déclaration de Bologne posait que, d’ici à 2010, le système universitaire européen serait entièrement refaçonné. Le processus peut être synthétisé en deux grands axes.

1) la mise en place de « diplômes » comparables d’un pays à l’autre afin de faciliter leur mise en concurrence.

La « qualité » du diplôme dépendant de sa capacité d’adaptation au marché du travail. C’est l’harmonisation des diplômes selon le schéma européen 3/5/8 (LMD et le diplôme à points-ECTS).

2) l’autonomie financière des universités vis-à-vis des Etats, qui leur impose de dépendre de financements privés (entreprises, étudiants et fondations).

Nous nous dirigeons vers la concentration de pôles universitaires d’excellence, compétitifs sur le marché international de l’éducation, et à la fermeture de nombreuses universités qui ne répondent pas aux critères de rentabilité capitaliste. Nous sommes en 2009 et le processus de Bologne, stratégie commune des gouvernements européens pour privatiser l’enseignement supérieur, est dans sa dernière phase d’application. La plupart des mesures centrales, comme l’autonomie des universités ou la hausse des frais d’inscription, ont déjà fait l’objet de lois dans la plupart des 46 pays qui adhèrent aujourd'hui à Bologne.

La réponse de la jeunesse européenne

La conscience que nous subissons tous un même processus coordonné par nos gouvernements est de plus en plus claire aujourd’hui. La misère et la précarité qui déferlent avec la crise mettent le feu aux poudres. Depuis la dernière rentrée scolaire, la nécessité d’une riposte européenne se fait sentir. Les étudiants belges du campus de Louvain se mobilisent dès le 7 octobre contre la fusion des universités catholiques. En Italie, des milliers de jeunes lycéens et étudiants se battent avec leurs enseignants contre la loi de coupe budgétaire du député Gelmini. Au Portugal, un tiers des enseignants manifestaient le 20 novembre 2008. Le 6 décembre, la jeunesse grecque, qui continue sa bataille contre la privatisation de ses universités, voit mourir un jeune lycéen sous les balles de la police. Devant la colère suscitée partout en Europe, le ministre de l’éducation français, en proie à une mobilisation lycéenne qui prend de l’ampleur, se voit contraint à reporter d’un an sa réforme des lycées. La lutte reprend dès le 29 janvier en France, dans les universités cette fois-ci, où l’ensemble de la communauté universitaire se met grève illimitée pour lutter contre les conséquences de la LRU. Une lutte a démarré en janvier en Finlande contre le « New University Act ». En Espagne 35 000 manifestants, de la maternelle à l’université, battent le pavé le 25 mars.

Les manifestations pour défendre l’éducation rejoignent les mobilisations ouvrières. Des manifestations unitaires sont organisées en Italie (2 million de travailleurs à Rome le 4 avril) et en Grèce depuis le mois de novembre. 200 000 manifestants défilent le 13 mars à Lisbonne. Poussés par la victoire de la grève générale en Guadeloupe, 3 millions de travailleurs et de jeunes défient le gouvernement français le 19 mars sous le mot d’ordre : « nous ne payerons pas la crise » ! La grève générale des travailleurs grecs du 2 avril touche particulièrement les secteurs de l’éducation… et celui des banques ! Personne ne peut le nier : dans tous les secteurs, et dans tous les pays, les luttes se radicalisent. Les grèves se multiplient, des patrons ou des cadres supérieurs sont séquestrés. Les travailleurs veulent gagner contre le patronat et le gouvernement qui prétendent leur faire payer la crise. La jeunesse reste déterminée dans son combat contre la privatisation de l’enseignement et entend poursuivre la lutte afin de défendre son droit à un avenir.

L’éducation : une question centrale pour l’avenir de la jeunesse

Organiser l’unité de la jeunesse européenne contre le processus de Bologne est primordial si l’on veut abroger toutes les réformes qui détruisent nos universités, dans chaque pays. Cette unité doit être l’occasion d’appeler tous ensemble à une Europe de l’éducation qui permette à tous les jeunes européens d’avoir un avenir. Pour nous, seul un enseignement européen public, laïque et gratuit pour tous, de la maternelle à l’université, peut garantir à tous un vrai diplôme, un vrai travail et un vrai salaire. Nous nous battons pour une école publique : parce que c’est à l’Etat de garantir le fonctionnement de l’enseignement, et donc de la financer à hauteur des besoins. L’éducation privée est le règne de la concurrence et des privilèges. Nous nous battons pour l’égalité de tous devant l’enseignement. Si dans le cadre du capitalisme l’égalité n’est qu’un vœu pieux, nous nous battons pour que l’étudiant, travailleur en formation, puisse acquérir un diplôme qui donne droit à un statut et des conditions de travail définies par un code du travail, garanti par l’Etat. De plus, l’école publique ne doit accepter aucun financement privé ; et l’école privée ne doit recevoir aucune subvention publique.

C’est pourquoi nous nous battons pour une école laïque. La laïcité, c’est la séparation des Eglises et de l’Etat. L’école ne saurait être entièrement publique sans laïcité. En 2006, l’éducation privée a reçu en France 11 milliards d’euros de la part de l’Etat. En France ! Pays le plus laïque de l’UE ! Ce sont 11 milliards d’euros qui n’ont pas été donnés pour recruter des enseignants ou réparer certaines écoles publiques qui tombent en ruine. Et c’est sur les ruines de l’éducation publique que les capitalistes font leur beurre. En assurant la liberté de conscience (la liberté de croire ou de na pas croire), la laïcité assure une égalité entre les élèves ; égalité qui ne peut exister sans une stricte application de la laïcité : à l’école laïque nous sommes tous des élèves, et non pas des petits chrétiens, des petits juifs ou des petits musulmans. Il faut combattre toute intrusion des patrons et des curés dans nos lieux d’études ! L’éducation laïque doit être défendue et étendue. C’est une des victoires du mouvement ouvrier qui voulait que la jeunesse échappe autant que faire se peut à l’influence de la bourgeoisie. Nous nous battons enfin pour une école gratuite : parce que tout le monde doit pouvoir aller à l’école publique, de la maternelle à l’université.

Les conditions de la victoire résident dans la détermination et l’extension de nos luttes. En ce sens, le contre-sommet de Louvain proposé par Vague Européenne est une initiative qui peut poser les bases d’une unité d’action de la jeunesse européenne, avec comme objectif la réussite d’une manifestation unitaire de la jeunesse européenne contre Bologne, le 28 avril à Bruxelles. Ce pourra être le premier pas d'un combat pour construire l’unité de la jeunesse, aux côtés de la classe ouvrière, dans chaque pays et à l'échelle du continent, ensemble vers la mobilisation européenne, ensemble vers la grève générale.

Construire l’alternative politique

Le système capitaliste, dans sa phase actuelle, n’a plus la capacité économique de tolérer l’existence de services publics. Chaque fois que le capitalisme a vacillé à cause de son fonctionnement propre, la bourgeoisie a trouvé une porte de sortie en opérant une destruction massive de forces productives, en faisant supporter aux travailleurs les conséquences d'un mode de production en pleine déconfiture. La guerre, la misère, sont les outils de la classe dominante pour répondre à la faillite de son propre système. Les bourgeois craignent à juste titre la baisse, voire la chute de leur taux de profits. C’est pourquoi ils libéralisent les derniers pans de la société qui ne sont pas marchands. Pour répondre à la crise, les bourgeois cherchent à s’approprier le maximum d’argent en un minimum de temps.

Nous ne pourrons pas nous battre pour défendre notre éducation et notre avenir, si nous ne nous battons pas contre le système économique qui impose la privatisation. L’UE est un outil au service des capitalistes européens pour détruire nos droits et privatiser les services publics. Nous ne pouvons rien attendre d’une telle Europe ! Seuls des gouvernements ouvriers issus de nos mobilisations pourront démanteler l’UE et poser les bases d’une fédération socialiste des nations européennes. Notre combat contre le processus de Bologne remet en cause la légitimité du capitalisme en tant que système. La jeunesse européenne forgeant sa conscience internationaliste, doit construire son unité pour vaincre. Avec les travailleurs, elle doit poser les bases des futurs combats de la classe ouvrière pour mettre à bas le système capitaliste, pour un nouveau système économique basé sur la propriété collective des moyens de production et d'échange.

Pour mener ce combat, pour avancer vers la prise du pouvoir par les travailleurs, pour les travailleurs, nous devons nous doter d'un outil, d'une organisation déterminée, une organisation internationale avec des sections dans chaque pays. C'est cet outil que la LIT-QI et ses sections cherchent à reconstruire : la Quatrième Internationale.

Pour un enseignement européen public, laïque et gratuit pour tous :

Unité de la jeunesse européenne contre le processus de Bologne !

Pour un vrai diplôme, un vrai travail, un vrai salaire pour tous :

Démantèlement de l’UE !

Pour les Etats-Unis Socialistes d’Europe !

Paris, 28 avril 2009

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