La faillite du
système capitaliste conduit les bourgeoisies
à rechercher rapidement des solutions pour
sauvegarder, à tout prix, leur modèle
économique. Début avril 2009, les
principaux dirigeants des puissances
impérialistes se sont réunis à deux reprises.
Le G20, qui regroupe les pays impérialistes
et leurs alliés, a consacré 1 100 milliards
de dollars, notamment au Fonds Monétaire
International, afin que celui-ci poursuive
son œuvre de rapine sur les pays
colonisés. Le sommet de l’OTAN,
organisation militaire fondée par
l’impérialisme Nord-Américain, a établi
de nouveaux accords stratégiques afin de
continuer les guerres colonisatrices voulues
par les Etats-Unis.
Ces négociations
inter-impérialistes vont pousser les
instances internationales (FMI, OMC, ONU,
OTAN, etc.) à poursuivre le développement
d'une nouvelle répartition du travail à
échelle mondiale, un « nouvel ordre mondial
», selon les propos de Brown et
Sarkozy. Alors que, pour
l’impérialisme, l’Afrique se
résume à un gisement de matières premières et
que l’Amérique Latine et l’Asie
du Sud-est sont des gigantesques
manufactures, l’Europe, de son côté,
cherche à développer une compétitive économie
de la connaissance. Cette « Economie
du Savoir » se traduit dans les faits par
l’application du processus de
Bologne.
Une privatisation
de l’enseignement à échelle
européenne
En septembre 1998, l’OMC déclarait
que « L’éducation et la santé sont les
futurs marchés du 21ème siècle ». La même
année se réunissaient à la Sorbonne, à Paris,
les ministres de l’éducation français,
italien, anglais et allemand. Ces grandes
puissances européennes projettent alors de
construire un marché de la recherche et de
l’enseignement extrêmement
concurrentiel. La construction de ce « marché
» se fonde sur une déclaration commune de 29
pays européens, réunis l’année suivante
à Bologne en Italie. La déclaration de
Bologne posait que, d’ici à 2010, le
système universitaire européen serait
entièrement refaçonné. Le processus peut être
synthétisé en deux grands axes.
1) la mise en place de « diplômes
» comparables d’un pays à l’autre
afin de faciliter leur mise en
concurrence.
La « qualité » du diplôme dépendant de sa
capacité d’adaptation au marché du
travail. C’est l’harmonisation
des diplômes selon le schéma européen 3/5/8
(LMD et le diplôme à points-ECTS).
2) l’autonomie financière
des universités vis-à-vis des Etats,
qui leur impose de dépendre de financements
privés (entreprises, étudiants et
fondations).
Nous nous dirigeons vers la
concentration de pôles universitaires
d’excellence, compétitifs sur le marché
international de l’éducation,
et à la fermeture de nombreuses universités
qui ne répondent pas aux critères de
rentabilité capitaliste. Nous sommes
en 2009 et le processus de Bologne, stratégie
commune des gouvernements européens pour
privatiser l’enseignement supérieur,
est dans sa dernière phase
d’application. La plupart des
mesures centrales, comme l’autonomie
des universités ou la hausse des frais
d’inscription, ont déjà fait
l’objet de lois dans la plupart des 46
pays qui adhèrent aujourd'hui à Bologne.
La réponse de la
jeunesse européenne
La conscience que nous subissons
tous un même processus coordonné par nos
gouvernements est de plus en plus claire
aujourd’hui. La misère et la précarité
qui déferlent avec la crise mettent le feu
aux poudres. Depuis la dernière
rentrée scolaire, la nécessité d’une
riposte européenne se fait sentir. Les
étudiants belges du campus de Louvain se
mobilisent dès le 7 octobre contre la fusion
des universités catholiques. En
Italie, des milliers de jeunes
lycéens et étudiants se battent avec leurs
enseignants contre la loi de coupe budgétaire
du député Gelmini. Au
Portugal, un tiers des enseignants
manifestaient le 20 novembre 2008. Le 6
décembre, la jeunesse
grecque, qui continue sa bataille
contre la privatisation de ses universités,
voit mourir un jeune lycéen sous les balles
de la police. Devant la colère suscitée
partout en Europe, le ministre de
l’éducation français,
en proie à une mobilisation lycéenne qui
prend de l’ampleur, se voit contraint à
reporter d’un an sa réforme des lycées.
La lutte reprend dès le 29 janvier en France,
dans les universités cette fois-ci, où
l’ensemble de la communauté
universitaire se met grève illimitée pour
lutter contre les conséquences de la LRU. Une
lutte a démarré en janvier en
Finlande contre le « New University
Act ». En Espagne 35 000
manifestants, de la maternelle à
l’université, battent le pavé le 25
mars.
Les manifestations pour défendre
l’éducation rejoignent les
mobilisations ouvrières. Des
manifestations unitaires sont organisées
en Italie (2 million de
travailleurs à Rome le 4 avril) et en
Grèce depuis le mois de novembre.
200 000 manifestants défilent le 13 mars
à Lisbonne. Poussés par la
victoire de la grève générale en
Guadeloupe, 3 millions de
travailleurs et de jeunes défient le
gouvernement français le 19 mars sous le mot
d’ordre : « nous ne payerons
pas la crise » ! La grève générale
des travailleurs grecs du 2 avril touche
particulièrement les secteurs de
l’éducation… et celui des
banques ! Personne ne peut le nier :
dans tous les secteurs, et dans tous les
pays, les luttes se radicalisent.
Les grèves se multiplient, des patrons ou des
cadres supérieurs sont séquestrés. Les
travailleurs veulent gagner contre le
patronat et le gouvernement qui prétendent
leur faire payer la crise. La jeunesse reste
déterminée dans son combat contre la
privatisation de l’enseignement et
entend poursuivre la lutte afin de défendre
son droit à un avenir.
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L’éducation : une
question centrale pour l’avenir de la
jeunesse
Organiser l’unité de la jeunesse
européenne contre le processus de Bologne est
primordial si l’on veut abroger toutes
les réformes qui détruisent nos universités,
dans chaque pays. Cette unité doit
être l’occasion d’appeler tous
ensemble à une Europe de l’éducation
qui permette à tous les jeunes européens
d’avoir un avenir. Pour nous,
seul un enseignement européen public, laïque
et gratuit pour tous, de la maternelle à
l’université, peut garantir à
tous un vrai diplôme, un vrai travail et un
vrai salaire. Nous nous battons pour une
école publique : parce que c’est à
l’Etat de garantir le fonctionnement de
l’enseignement, et donc de la
financer à hauteur des besoins.
L’éducation privée est le règne de la
concurrence et des privilèges. Nous nous
battons pour l’égalité de tous
devant l’enseignement. Si dans
le cadre du capitalisme l’égalité
n’est qu’un vœu pieux,
nous nous battons pour que
l’étudiant, travailleur en formation,
puisse acquérir un diplôme qui donne droit à
un statut et des conditions de
travail définies par un code du travail,
garanti par l’Etat. De plus,
l’école publique ne doit accepter aucun
financement privé ; et l’école privée
ne doit recevoir aucune subvention
publique.
C’est pourquoi nous nous
battons pour une école laïque. La
laïcité, c’est la séparation
des Eglises et de l’Etat.
L’école ne saurait être entièrement
publique sans laïcité. En 2006,
l’éducation privée a reçu en France 11
milliards d’euros de la part de
l’Etat. En France ! Pays le plus laïque
de l’UE ! Ce sont 11 milliards
d’euros qui n’ont pas été donnés
pour recruter des enseignants ou réparer
certaines écoles publiques qui tombent en
ruine. Et c’est sur les ruines de
l’éducation publique que les
capitalistes font leur beurre. En
assurant la liberté de conscience (la liberté
de croire ou de na pas croire), la laïcité
assure une égalité entre les élèves ; égalité
qui ne peut exister sans une stricte
application de la laïcité : à
l’école laïque nous sommes tous des
élèves, et non pas des petits chrétiens, des
petits juifs ou des petits musulmans. Il faut
combattre toute intrusion des patrons et des
curés dans nos lieux d’études !
L’éducation laïque doit être défendue
et étendue. C’est une des victoires du
mouvement ouvrier qui voulait que la jeunesse
échappe autant que faire se peut à
l’influence de la bourgeoisie.
Nous nous battons enfin pour une
école gratuite : parce que tout le
monde doit pouvoir aller à l’école
publique, de la maternelle à
l’université.
Les conditions de la victoire
résident dans la détermination et
l’extension de nos luttes. En
ce sens, le contre-sommet de Louvain proposé
par Vague Européenne est une initiative qui
peut poser les bases d’une unité
d’action de la jeunesse européenne,
avec comme objectif la réussite d’une
manifestation unitaire de la jeunesse
européenne contre Bologne, le 28 avril à
Bruxelles. Ce pourra être le premier pas d'un
combat pour construire l’unité
de la jeunesse, aux côtés de la classe
ouvrière, dans chaque pays et à l'échelle du
continent, ensemble vers la mobilisation
européenne, ensemble vers la grève
générale.
Construire
l’alternative politique
Le système capitaliste, dans sa phase
actuelle, n’a plus la capacité
économique de tolérer l’existence de
services publics. Chaque fois que le
capitalisme a vacillé à cause de son
fonctionnement propre, la bourgeoisie a
trouvé une porte de sortie en opérant une
destruction massive de forces productives, en
faisant supporter aux travailleurs les
conséquences d'un mode de production en
pleine déconfiture. La guerre, la misère,
sont les outils de la classe dominante pour
répondre à la faillite de son propre système.
Les bourgeois craignent à juste titre la
baisse, voire la chute de leur taux de
profits. C’est pourquoi ils
libéralisent les derniers pans de la société
qui ne sont pas marchands. Pour répondre à la
crise, les bourgeois cherchent à
s’approprier le maximum d’argent
en un minimum de temps.
Nous ne pourrons pas nous battre pour
défendre notre éducation et notre avenir, si
nous ne nous battons pas contre le système
économique qui impose la privatisation.
L’UE est un outil au service des
capitalistes européens pour détruire nos
droits et privatiser les services publics.
Nous ne pouvons rien attendre
d’une telle Europe ! Seuls des
gouvernements ouvriers issus de nos
mobilisations pourront démanteler l’UE
et poser les bases d’une fédération
socialiste des nations européennes.
Notre combat contre le processus de Bologne
remet en cause la légitimité du capitalisme
en tant que système. La jeunesse européenne
forgeant sa conscience internationaliste,
doit construire son unité pour vaincre. Avec
les travailleurs, elle doit poser les bases
des futurs combats de la classe ouvrière pour
mettre à bas le système capitaliste, pour un
nouveau système économique basé sur la
propriété collective des moyens de production
et d'échange.
Pour mener ce combat, pour avancer
vers la prise du pouvoir par les
travailleurs, pour les travailleurs, nous
devons nous doter d'un outil, d'une
organisation déterminée, une organisation
internationale avec des sections dans chaque
pays. C'est cet outil que la LIT-QI et ses
sections cherchent à reconstruire : la
Quatrième Internationale.
Pour un enseignement européen public,
laïque et gratuit pour tous :
Unité de la jeunesse européenne contre le
processus de Bologne !
Pour un vrai diplôme, un vrai travail, un
vrai salaire pour tous :
Démantèlement de l’UE !
Pour les Etats-Unis Socialistes
d’Europe !
Paris,
28 avril 2009
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