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Groupe Socialiste Internationaliste
Pour la reconstruction de la Quatrième Internationale
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Document paru dans l'Internationaliste n°88

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Déclaration du Groupe Socialiste Internationaliste

Pour la reconstruction de la Ligue Internationale des Travailleurs – Quatrième Internationale

A l'occasion des élections européennes du
7 juin 2009 :

Place à la mobilisation !

Abstention ouvrière et populaire !

Des élections sur fond de crise du capitalisme

L'économie capitaliste traverse sa plus grande crise depuis 1929. Des menaces réelles pèsent sur la survie de centaines de millions de personnes dans le monde. Tous les secteurs économiques sont frappés. Les milliers de milliards de dollars déversés dans les circuits de la finance n'ont rien réglé, au contraire : une nouvelle « bulle » est en train d'enfler, celle de la spéculation sur la dette publique. Après la récession et l'explosion du chômage, c'est la déflation qui menace. Les prix à la consommation ont reculé aux USA pour la première fois depuis 1955. Une guerre des taux de changes s'est engagée, alors que le pétrole repart à la hausse. Ces mouvements brusques, incohérents en apparence, tout comme ceux des bourses, sont les signes d'une déstabilisation profonde et durable de l'économie réelle. La crise que nous vivons est loin d'avoir épuisé ses capacités de nuisances à l'échelle du monde. Ni les pays d'Europe, ni l'Union européenne (UE), ne peuvent échapper à la crise et à ses conséquences, dont les plus graves sont devant nous. Voilà l'arrière plan économique des élections européennes du 7 juin 2009.

Certains pays européens, comme l'Islande et la Lettonie, sont déjà virtuellement en faillite. Le Fond monétaire international (FMI) est intervenu pour « soutenir » plusieurs pays d'Europe centrale ou de l'Est. Ces pays, dont les travailleurs ont déjà payé au prix fort la brutale restauration capitaliste après la chute du Mur de Berlin, sont les principales victimes de la crise sur le continent. Le FMI s'est aussi penché sur le cas de l'Irlande... et de la Grande-Bretagne ! L'Autriche est fragilisée, la Grèce et l'Espagne s'enfoncent rapidement dans la crise. L'Allemagne, dont les exportations industrielles se sont effondrées avec le recul du commerce mondial, est également touchée.

En France, avec 250 000 chômeurs supplémentaires au premier trimestre 2009 et si on tient compte de l'augmentation de 46% des inscriptions au « pôle emploi » pour licenciement économique, d'avril 2008 à mars 2009, le chômage réel pourrait croître de 50% d'ici la fin de l'année ! Il a fallu un an au gouvernement Sarkozy-Fillon pour reconnaître la réalité de la récession, et ses déclarations « rassurantes » ne trompent personne. Les pressions sur les salaires se multiplient : après « les licenciements pour sauver l'emploi », il faudrait accepter la « baisse des salaires pour partager les efforts » ! Les capitalistes veulent voir leurs profits reconstitués. Voilà la vérité.

Des institutions européennes illégitimes

En Europe, en France, dans tous les pays, les capitalistes sont soutenus par des gouvernements qui sont à leur service. Les institutions européennes n'ont aucune légitimité. Le parlement de Strasbourg, le Conseil économique et social européen ou encore le Comité des régions, ne sont que des habillages « démocratiques » pour la promotion et la défense de « l'économie de marché ouverte dans laquelle la concurrence est libre et non faussée » : le capitalisme. Depuis la fondation de la CEE en 1957, l'Europe fonctionne comme une machine à démanteler les droits sociaux et les acquis des travailleurs, à privatiser les services publics, à organiser « dumping social » et délocalisations, à opprimer les peuples coloniaux et semi-coloniaux. Le traité de Maastricht, instaurant « l'Union économique et monétaire » et l'euro, a marqué une aggravation brutale de cette politique.

C'est pourquoi quand on leur concède, exceptionnellement, le droit de s'exprimer, les travailleurs et les peuples d'Europe rejettent l'UE. Le Traité constitutionnel européen a été refusé en 2005 par les peuples néerlandais et français. En juin 2008, le peuple irlandais a porté un nouveau coup, cette fois au traité « simplifié ». Comme l'UE est entièrement au service des capitalistes, tout est fait pour les satisfaire, au nom d'une prétendue « démocratie ». Ainsi, en février 2008, Sarkozy a fait adopter par le Congrès, ce qui en 2005 avait été rejeté par référendum. Le même Sarkozy, « Président de l'UE » quelques mois plus tard, programme un nouveau vote irlandais, comme jadis ce fut le cas pour le traité de Nice.

De même que l'UE permet aux capitalistes de s'attaquer aux acquis ouvriers, elle les aide à démanteler les libertés démocratiques qui, elles, sont souvent liées aux acquis ouvriers. Ainsi, les accords de Schengen, le programme FRONTEX et la « directive du retour » ont transformé l'Europe en une forteresse raciste. Les demandeurs d'asile sont souvent expulsés et remis aux régimes qui les persécutent ! La politique de « l'immigration choisie » organise l'exil d'une main d'oeuvre qualifiée qui manque cruellement à son pays d'origine, alors qu'en Europe elle est sous-payée !

Par ailleurs, l'UE considère la séparation des institutions religieuses et de l'Etat -la laïcité-, comme une atteinte à la liberté religieuse. Cela est conforme à la doctrine du Vatican, un « Etat » qui, fort de cette complicité, s'appuie sur l'UE pour faire avancer sa croisade anti-contraception, anti-IVG et pour étendre sa mainmise des religieux sur l'enseignement.

Enfin, la bourgeoisie ne s'embarrasse pas de sa propre légalité. Il suffit de prendre un exemple : le 11 juin 2008, la commission européenne adopte une directive sur la semaine de travail de 65 heures. Mi-décembre 2008, le parlement de Strasbourg repousse le texte de la commission. Qu'importe ! Le gouvernement Sarkozy-Fillon a transcrit la directive pendant l'été 2008, avec la « loi Bertrand », et ce sans réaction des directions syndicales ! Cette loi modifie également les règles de la représentativité pour provoquer une « recomposition syndicale » conforme aux intérêts de l'Etat, du patronat et des bureaucraties syndicales, à commencer par celles de la CGT et de la CFDT.

Les élections contre la lutte des classes

Dans toute l'Europe les travailleurs refusent de façon de plus en plus déterminée et consciente de payer la crise des capitalistes. Les mobilisations se multiplient. Les grèves se développent, des occupations, des séquestrations de patrons apparaissent en réaction aux fermetures d'usines. Ces mobilisations touchent toute l'Europe, où des milliers d'emplois sont supprimés tous les jours. En France, à plusieurs reprises, des manifestations ont mis jusqu'à 3 millions de travailleurs dans la rue. A la Guadeloupe, une des dernières colonies françaises, une grève générale de 44 jours a contraint le gouvernement et le patronat à un recul, leur infligeant une défaite politique limitée.

La jeunesse cherche aussi à se mobiliser contre le « processus de Bologne » qui organise la privatisation de l'enseignement. De tels mouvements se sont produits en Grèce, en Italie, en Allemagne, en Espagne, etc. Les mobilisations massives et répétées ont contraint le gouvernement Sarkozy-Fillon à des reculs partiels, comme lors du mouvement lycéen de l'automne dernier.

Toutefois, si ces mobilisations déterminées ont contraint les directions des organisations syndicales à s'unir, elles se heurtent à ces mêmes directions et leur refus d’unifier la riposte contre la politique du gouvernement, contre le gouvernement. En effet, celles-ci ont mis en place un calendrier de journées d'actions pour tenter de démoraliser les travailleurs et de contenir le mécontentement, au moins jusqu'aux vacances scolaires... en évitant en même temps de perturber les élections européennes. En échange, le gouvernement Sarkozy-Fillon s'est engagé à recevoir les « partenaires sociaux » d'ici la fin juin.

Les mobilisations se heurtent en définitive au manque d'une perspective politique. Cette situation laisse les mains libres au gouvernement pour déchaîner la répression. Les directions syndicales en arrivent à ne soutenir que du bout des lèvres la radicalisation des mobilisations, qu'elles disent « comprendre » et « expliquer » mais qu'elles n'admettent pas. Pourtant, ne devraient-elles pas prendre en charge une campagne nationale et unitaire contre la répression dont les grévistes sont victimes dans de nombreuses entreprises, à l'image de Caterpillar ?

En relation avec la Confédération européenne des syndicats (CES), les directions syndicales cherchent à empêcher toute jonction entre les travailleurs et la jeunesse à l'échelle du continent, c'est pourquoi elles mettent l'accent sur les élections européennes et non sur la mobilisation. En conséquence, la CES doit être combattue. Une véritable organisation, une Centrale Unique des Travailleurs à échelle européenne, défendant une ligne d'indépendance de classe vis-à-vis des gouvernements et du patronat, débarrassée des bureaucrates, doit être la perspective de tout militant syndical conséquent.

Rompre avec le capitalisme et ses institutions

Les organisations syndicales sont dirigées par des militants de partis politiques, lesquels sont le plus souvent ralliés à la défense du système capitaliste dont ils prétendent corriger les excès, comme c'est le cas du PS. Ils sont rejoints par le Front de gauche (FG) et le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) qui se prononcent pour cette utopie réactionnaire qu'est l'Europe sociale. C'est sur cette base que le NPA se présente à ces élections.

Depuis des mois, les travailleurs et la jeunesse se mobilisent avec détermination, les appareils bureaucratiques s'opposent au déclenchement de la grève générale. En janvier 2009, les dirigeants du NPA dans les organisations lycéennes et étudiantes se sont opposés à l'unification des luttes, à l'élection d'un comité de grève. Aujourd'hui, ces dirigeants s'impliquent ouvertement dans la « recomposition syndicale » tournant le dos au combat pour l'indépendance des syndicats par rapport à l'Etat.

De son côté, Lutte Ouvrière a confirmé, lors de la précédente élection présidentielle, qu'elle renonçait à poser les bases d'un parti anticapitaliste pour le socialisme. Ainsi, LO s'est intégrée à des listes « de gauche », lors des élections municipales de 2008. Constatant avec une certaine lucidité que « ces élections ne passionnent guère l’électorat », LO présente des listes « pour une Europe débarrassée de la dictature des financiers, pour exprimer la colère des classes populaires ! ». Une orientation en définitive réformiste.

LCR et LO avaient obtenu en commun cinq députés au parlement européen de 1999 à 2004. Ils n'y ont rien fait ! Ils avaient siégé sagement dans les rangs du groupe GUE/NGL, aux côté des élus des PC. Ils y ont été remplacés en 2004 par l'élu du Bloc de Gauche du Portugal qui occupe le même espace politique que le NPA.

L'enseignement de Lénine est confirmé selon lequel : « plus les masses vont à gauche, plus les appareils vont à droite ». Le problème est qu'aujourd'hui, parmi ces « appareils », il y a ceux, NPA et LO, qui devraient être à la pointe du combat pour la rupture avec le capitalisme, pour ouvrir une perspective politique d'organisation aux travailleurs et aux jeunes en vue de cette rupture, pour le socialisme. Au contraire, NPA et LO font des élections une fin en soi et non une tribune pour s'adresser aux exploités et aux opprimés, pour les aider à s'organiser et à dégager les obstacles à leur mobilisation unie.

Combattre pour le socialisme !

La rupture avec le capitalisme implique de combattre pour l'abrogation des traités capitalistes, à commencer par Maastricht et Schengen. Lever une perspective « anticapitaliste » impose de lui donner un contenu de classe comme alternative socialiste, pour la propriété collective des moyens de production et d'échange, appuyé sur des conseils ouvriers et paysans. En Europe cela signifie faire de la perspective des Etats-Unis Socialiste d'Europe l'axe de la bataille d'organisation, contre « l'Europe sociale ».

Nous, Groupe Socialiste Internationaliste, Pour la reconstruction de la Ligue Internationale des Travailleurs – Quatrième Internationale, nous estimons que le meilleur combat pour préserver les conquêtes économiques, sociales et démocratiques de la classe ouvrière et de la jeunesse, pour en arracher de nouvelles, c'est de défendre une politique d'indépendance de classe permettant d'ouvrir une issue révolutionnaire vers le socialisme. Nous sommes convaincus aussi que, pour aboutir, la construction d'un parti ouvrier révolutionnaire est vitale pour permettre aux travailleurs et aux exploités de se saisir du pouvoir.

La solution à la crise du système capitaliste n'est pas dans une relance par la production ni par la consommation, mais dans la rupture avec le capitalisme, en garantissant des salaires décents et un emploi digne à tous ; en interdisant les expulsions, en réquisitionnant les logements et bureaux vides ; en nationalisant les banques, les assurances, les grandes entreprises et leur réseau de filiales, sans indemnités ni rachat, sous le contrôle des travailleurs ; en mettant fin au secret bancaire et commercial derrière lesquels s'abritent les responsables de la crise que les capitalistes prétendent nous faire payer.

C'est pour cela que, prenant appui sur les luttes qui se sont développées depuis des mois, nous nous adressons aux travailleurs, femmes et hommes, aux travailleurs immigrés, aux chômeurs, aux retraités, aux jeunes. Nous les appelons, tous, à rejoindre le GSI afin de construire un pôle qui serve à jeter les bases pour la construction d'un parti ouvrier, internationaliste, pour le socialisme.

Pour l'abrogation de tous les traités capitalistes

Pour le socialisme, pour les Etats-Unis Socialistes d'Europe !

Place à la mobilisation révolutionnaire des masses :

le 7 juin, abstention ouvrière et populaire !

Paris le 1er juin 2009

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