Des élections sur fond de
crise du capitalisme
L'économie capitaliste traverse sa plus
grande crise depuis 1929. Des menaces réelles
pèsent sur la survie de centaines de millions
de personnes dans le monde. Tous les secteurs
économiques sont frappés. Les milliers de
milliards de dollars déversés dans les
circuits de la finance n'ont rien réglé, au
contraire : une nouvelle « bulle » est en
train d'enfler, celle de la spéculation sur
la dette publique. Après la récession et
l'explosion du chômage, c'est la déflation
qui menace. Les prix à la consommation ont
reculé aux USA pour la première fois depuis
1955. Une guerre des taux de changes s'est
engagée, alors que le pétrole repart à la
hausse. Ces mouvements brusques, incohérents
en apparence, tout comme ceux des bourses,
sont les signes d'une déstabilisation
profonde et durable de l'économie réelle. La
crise que nous vivons est loin d'avoir épuisé
ses capacités de nuisances à l'échelle du
monde. Ni les pays d'Europe, ni l'Union
européenne (UE), ne peuvent échapper à la
crise et à ses conséquences, dont les plus
graves sont devant nous. Voilà l'arrière plan
économique des élections européennes du 7
juin 2009.
Certains pays européens, comme l'Islande
et la Lettonie, sont déjà virtuellement en
faillite. Le Fond monétaire international
(FMI) est intervenu pour « soutenir »
plusieurs pays d'Europe centrale ou de l'Est.
Ces pays, dont les travailleurs ont déjà payé
au prix fort la brutale restauration
capitaliste après la chute du Mur de Berlin,
sont les principales victimes de la crise sur
le continent. Le FMI s'est aussi penché sur
le cas de l'Irlande... et de la
Grande-Bretagne ! L'Autriche est fragilisée,
la Grèce et l'Espagne s'enfoncent rapidement
dans la crise. L'Allemagne, dont les
exportations industrielles se sont effondrées
avec le recul du commerce mondial, est
également touchée.
En France, avec 250 000 chômeurs
supplémentaires au premier trimestre 2009 et
si on tient compte de l'augmentation de 46%
des inscriptions au « pôle emploi » pour
licenciement économique, d'avril 2008 à mars
2009, le chômage réel pourrait croître de 50%
d'ici la fin de l'année ! Il a fallu un an au
gouvernement Sarkozy-Fillon pour reconnaître
la réalité de la récession, et ses
déclarations « rassurantes » ne trompent
personne. Les pressions sur les salaires se
multiplient : après « les licenciements pour
sauver l'emploi », il faudrait accepter la «
baisse des salaires pour partager les efforts
» ! Les capitalistes veulent voir leurs
profits reconstitués. Voilà la vérité.
Des institutions
européennes illégitimes
En Europe, en France, dans tous les pays,
les capitalistes sont soutenus par des
gouvernements qui sont à leur service. Les
institutions européennes n'ont aucune
légitimité. Le parlement de Strasbourg, le
Conseil économique et social européen ou
encore le Comité des régions, ne sont que des
habillages « démocratiques » pour la
promotion et la défense de « l'économie de
marché ouverte dans laquelle la concurrence
est libre et non faussée » : le capitalisme.
Depuis la fondation de la CEE en 1957,
l'Europe fonctionne comme une machine à
démanteler les droits sociaux et les acquis
des travailleurs, à privatiser les services
publics, à organiser « dumping social » et
délocalisations, à opprimer les peuples
coloniaux et semi-coloniaux. Le traité de
Maastricht, instaurant « l'Union économique
et monétaire » et l'euro, a marqué une
aggravation brutale de cette politique.
C'est pourquoi quand on leur concède,
exceptionnellement, le droit de s'exprimer,
les travailleurs et les peuples d'Europe
rejettent l'UE. Le Traité constitutionnel
européen a été refusé en 2005 par les peuples
néerlandais et français. En juin 2008, le
peuple irlandais a porté un nouveau coup,
cette fois au traité « simplifié ». Comme
l'UE est entièrement au service des
capitalistes, tout est fait pour les
satisfaire, au nom d'une prétendue
« démocratie ». Ainsi, en février 2008,
Sarkozy a fait adopter par le Congrès, ce qui
en 2005 avait été rejeté par référendum. Le
même Sarkozy, « Président de l'UE » quelques
mois plus tard, programme un nouveau vote
irlandais, comme jadis ce fut le cas pour le
traité de Nice.
De même que l'UE permet aux capitalistes
de s'attaquer aux acquis ouvriers, elle les
aide à démanteler les libertés démocratiques
qui, elles, sont souvent liées aux acquis
ouvriers. Ainsi, les accords de Schengen, le
programme FRONTEX et la « directive du retour
» ont transformé l'Europe en une forteresse
raciste. Les demandeurs d'asile sont souvent
expulsés et remis aux régimes qui les
persécutent ! La politique de « l'immigration
choisie » organise l'exil d'une main d'oeuvre
qualifiée qui manque cruellement à son pays
d'origine, alors qu'en Europe elle est
sous-payée !
Par ailleurs, l'UE considère la séparation
des institutions religieuses et de l'Etat -la
laïcité-, comme une atteinte à la liberté
religieuse. Cela est conforme à la doctrine
du Vatican, un « Etat » qui, fort de cette
complicité, s'appuie sur l'UE pour faire
avancer sa croisade anti-contraception,
anti-IVG et pour étendre sa mainmise des
religieux sur l'enseignement.
Enfin, la bourgeoisie ne s'embarrasse pas
de sa propre légalité. Il suffit de prendre
un exemple : le 11 juin 2008, la commission
européenne adopte une directive sur la
semaine de travail de 65 heures. Mi-décembre
2008, le parlement de Strasbourg repousse le
texte de la commission. Qu'importe ! Le
gouvernement Sarkozy-Fillon a transcrit la
directive pendant l'été 2008, avec la « loi
Bertrand », et ce sans réaction des
directions syndicales ! Cette loi modifie
également les règles de la représentativité
pour provoquer une « recomposition syndicale
» conforme aux intérêts de l'Etat, du
patronat et des bureaucraties syndicales, à
commencer par celles de la CGT et de la
CFDT.
Les élections contre la
lutte des classes
Dans toute l'Europe les travailleurs
refusent de façon de plus en plus déterminée
et consciente de payer la crise des
capitalistes. Les mobilisations se
multiplient. Les grèves se développent, des
occupations, des séquestrations de patrons
apparaissent en réaction aux fermetures
d'usines. Ces mobilisations touchent toute
l'Europe, où des milliers d'emplois sont
supprimés tous les jours. En France, à
plusieurs reprises, des manifestations ont
mis jusqu'à 3 millions de travailleurs dans
la rue. A la Guadeloupe, une des dernières
colonies françaises, une grève générale de 44
jours a contraint le gouvernement et le
patronat à un recul, leur infligeant une
défaite politique limitée.
La jeunesse cherche aussi à se mobiliser
contre le « processus de Bologne » qui
organise la privatisation de l'enseignement.
De tels mouvements se sont produits en Grèce,
en Italie, en Allemagne, en Espagne, etc. Les
mobilisations massives et répétées ont
contraint le gouvernement Sarkozy-Fillon à
des reculs partiels, comme lors du mouvement
lycéen de l'automne dernier.
Toutefois, si ces mobilisations
déterminées ont contraint les directions des
organisations syndicales à s'unir,
elles se heurtent à ces mêmes directions et
leur refus d’unifier la riposte contre
la politique du gouvernement, contre le
gouvernement. En effet, celles-ci ont mis en
place un calendrier de journées d'actions
pour tenter de démoraliser les travailleurs
et de contenir le mécontentement, au moins
jusqu'aux vacances scolaires... en évitant en
même temps de perturber les élections
européennes. En échange, le gouvernement
Sarkozy-Fillon s'est engagé à recevoir les «
partenaires sociaux » d'ici la fin juin.
Les mobilisations se heurtent en
définitive au manque d'une perspective
politique. Cette situation laisse
les mains libres au gouvernement pour
déchaîner la répression. Les directions
syndicales en arrivent à ne soutenir que du
bout des lèvres la radicalisation des
mobilisations, qu'elles disent « comprendre »
et « expliquer » mais qu'elles n'admettent
pas. Pourtant, ne devraient-elles pas prendre
en charge une campagne nationale et
unitaire contre la répression dont les
grévistes sont victimes dans de
nombreuses entreprises, à l'image de
Caterpillar ?
En relation avec la Confédération
européenne des syndicats (CES), les
directions syndicales cherchent à empêcher
toute jonction entre les travailleurs et la
jeunesse à l'échelle du continent, c'est
pourquoi elles mettent l'accent sur les
élections européennes et non sur la
mobilisation. En conséquence, la CES
doit être combattue. Une véritable
organisation, une Centrale Unique des
Travailleurs à échelle européenne,
défendant une ligne d'indépendance de classe
vis-à-vis des gouvernements et du patronat,
débarrassée des bureaucrates, doit être la
perspective de tout militant syndical
conséquent.
Rompre avec le capitalisme
et ses institutions
Les organisations syndicales sont dirigées
par des militants de partis politiques,
lesquels sont le plus souvent ralliés à la
défense du système capitaliste dont ils
prétendent corriger les excès, comme c'est le
cas du PS. Ils sont rejoints par le Front de
gauche (FG) et le Nouveau parti
anticapitaliste (NPA) qui se prononcent pour
cette utopie réactionnaire qu'est l'Europe
sociale. C'est sur cette base que le
NPA se présente à ces élections.
Depuis des mois, les travailleurs et la
jeunesse se mobilisent avec détermination,
les appareils bureaucratiques s'opposent au
déclenchement de la grève générale. En
janvier 2009, les dirigeants du NPA dans les
organisations lycéennes et étudiantes se sont
opposés à l'unification des luttes, à
l'élection d'un comité de grève. Aujourd'hui,
ces dirigeants s'impliquent ouvertement dans
la « recomposition syndicale » tournant le
dos au combat pour l'indépendance des
syndicats par rapport à l'Etat.
De son côté, Lutte Ouvrière a confirmé,
lors de la précédente élection
présidentielle, qu'elle renonçait à poser les
bases d'un parti anticapitaliste pour le
socialisme. Ainsi, LO s'est intégrée à des
listes « de gauche », lors des élections
municipales de 2008. Constatant avec une
certaine lucidité que « ces élections ne
passionnent guère l’électorat »,
LO présente des listes «
pour une Europe débarrassée de la dictature
des financiers, pour exprimer la colère des
classes populaires ! ». Une orientation en
définitive réformiste.
LCR et LO avaient obtenu en commun cinq
députés au parlement européen de 1999 à 2004.
Ils n'y ont rien fait ! Ils avaient siégé
sagement dans les rangs du groupe GUE/NGL,
aux côté des élus des PC. Ils y ont été
remplacés en 2004 par l'élu du Bloc de Gauche
du Portugal qui occupe le même espace
politique que le NPA.
L'enseignement de Lénine est confirmé
selon lequel : « plus les masses vont à
gauche, plus les appareils vont à droite ».
Le problème est qu'aujourd'hui, parmi ces «
appareils », il y a ceux, NPA et LO, qui
devraient être à la pointe du combat pour la
rupture avec le capitalisme, pour ouvrir une
perspective politique d'organisation aux
travailleurs et aux jeunes en vue de cette
rupture, pour le socialisme. Au
contraire, NPA et LO font des élections une
fin en soi et non une tribune pour s'adresser
aux exploités et aux opprimés, pour les aider
à s'organiser et à dégager les obstacles à
leur mobilisation unie.
Combattre pour le
socialisme !
La rupture avec le capitalisme implique de
combattre pour l'abrogation des
traités capitalistes, à commencer par
Maastricht et Schengen. Lever une
perspective « anticapitaliste » impose de lui
donner un contenu de classe comme alternative
socialiste, pour la propriété collective des
moyens de production et d'échange, appuyé sur
des conseils ouvriers et paysans. En Europe
cela signifie faire de la perspective
des Etats-Unis Socialiste d'Europe l'axe de
la bataille d'organisation, contre « l'Europe
sociale ».
Nous, Groupe Socialiste Internationaliste,
Pour la reconstruction de la Ligue Internationale
des Travailleurs – Quatrième
Internationale, nous estimons que le meilleur
combat pour préserver les conquêtes
économiques, sociales et démocratiques de la
classe ouvrière et de la jeunesse, pour en
arracher de nouvelles, c'est de défendre
une politique d'indépendance de
classe permettant d'ouvrir une issue
révolutionnaire vers le socialisme.
Nous sommes convaincus aussi que, pour
aboutir, la construction d'un parti ouvrier
révolutionnaire est vitale pour permettre aux
travailleurs et aux exploités de se saisir du
pouvoir.
La solution à la crise du système
capitaliste n'est pas dans une relance par la
production ni par la consommation, mais dans
la rupture avec le capitalisme, en
garantissant des salaires décents et un
emploi digne à tous ; en interdisant les
expulsions, en réquisitionnant les logements
et bureaux vides ; en nationalisant les
banques, les assurances, les grandes
entreprises et leur réseau de filiales, sans
indemnités ni rachat, sous le contrôle des
travailleurs ; en mettant fin au secret
bancaire et commercial derrière lesquels
s'abritent les responsables de la crise que
les capitalistes prétendent nous faire
payer.
C'est pour cela que, prenant appui sur les
luttes qui se sont développées depuis des
mois, nous nous adressons aux travailleurs,
femmes et hommes, aux travailleurs immigrés,
aux chômeurs, aux retraités, aux jeunes.
Nous les appelons, tous, à rejoindre
le GSI afin de construire un pôle qui serve à
jeter les bases pour la construction d'un
parti ouvrier, internationaliste, pour le
socialisme.
Pour l'abrogation
de tous les traités capitalistes
Pour le socialisme,
pour les Etats-Unis Socialistes d'Europe !
Place à la mobilisation
révolutionnaire des masses :
le 7 juin,
abstention ouvrière et populaire !
Paris
le 1er juin 2009
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