| Dans l’éducation, la
mobilisation a progressé à un rythme très
rapide ces dernières semaines. Le 1er
février, deux établissements du 93 étaient en
grève (la cité scolaire Wallon à
Aubervilliers et le Lycée Politzer à
Montreuil) ; un peu plus de 2 semaines plus
tard, 90 collèges et lycées et 75 écoles de
l’académie de Créteil, ainsi que
l’IUFM de Créteil, étaient mobilisés
lors de la journée du 18 février. Cette
amplification très rapide du mouvement ne
peut être considérée que comme une traînée de
poudre : durant cette courte période, en
effet, les réformes annoncées se sont
concrétisées, les coupes budgétaires et
suppressions de postes ont pris corps.
C’est en particulier l’annonce
des DHG (Dotation Horaire Globale, celle-ci
détermine les moyens en heures
d’enseignement des établissements du
second degré) qui ont signalé partout des
suppressions de postes, des pertes en moyens
d’enseignement, des fermetures de
classes, d’options ou de dispositifs
d’enseignement spécialisé (SEGPA,
RASED, classes d’accueil…). Mais
c’est aussi le problème du
remplacement, ultra-récurrent dans
l’académie de Créteil et parvenu ces
derniers mois à un point intolérable.
D’ailleurs, dans les écoles, sont
arrivés les premiers étudiants « remplaçants
» dépourvus de formation. Tout cela est la
conséquence directe et très visible des
suppressions de postes, de la réforme de la
formation des maîtres et des réformes
Châtel.
En dépit de son caractère explosif et
spontané, ce mouvement a donc une base
solide. En marge des syndicats, dont ils
n’ont pas attendu la réaction, les
enseignants prennent en main leur mouvement.
Ils se sont organisés en AG de grévistes dès
le 4 février, en grève illimitée, en allant
faire débrayer d’autres établissements
; les syndicats sont d’abord restés en
retrait, mais ils essaient désormais de
rattraper ce mouvement (le SNES à partir du
11 février, les autres syndicats le 16
seulement).
On n’a certes pas vu de
manifestation d’ampleur pour
l’instant (en tout cas, pas comparable
à celles de l’an passé), mais le nombre
des manifestants est en augmentation
constante depuis le 21 janvier, et avec des
dates de plus en plus rapprochées (30
janvier, 9, 11, 16 et 18 février). De
nombreux rassemblements, assemblées générales
et réunions d’information ont aussi été
organisés pendant ces 4 dernières semaines :
les travailleurs de l’Education
Nationale ont, très positivement, formé et
assumé la base de la mobilisation.
Plusieurs éléments montrent qu’elle
peut encore s’élargir. En effet, les
enseignants reçoivent un soutien très ferme
des parents d’élèves, comme le montre
l'appel à l'école déserte FCPE 93 : les
travailleurs de la région parisienne ont bien
compris que les réformes actuelles sont « la
marche forcée vers l’élitisme, la
sélection millimétrée et les économies
d’échelle sur le compte de la grande
majorité des familles » (position de la FCPE
95) c’est à dire l’éviction des
enfants d’ouvriers. En outre,
l’enseignement supérieur appelle à
l’unité avec le primaire et le
secondaire : c’est un pas important,
qui n’avait pas été franchi l’an
passé, et qui va permettre d’aller vers
un mouvement unitaire.
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Pourtant, ces dernières
semaines, les médias ont uniquement insisté
sur les problèmes de violence, semblant
ignorer qu’ils ne sont que la partie
émergée de l’iceberg. Il est vrai,
toutefois, que la situation du Lycée Chérioux
de Vitry a démontré tout le cynisme de la
politique du gouvernement. Les enseignants
sont considérés comme grévistes alors
qu’ils usent du droit de retrait. Les
phénomènes de violence sont instrumentalisés
par l’Etat, non seulement pour mettre
en place un arsenal répressif à
l’entrée des établissements (« plan de
sanctuarisation », Equipes Mobiles de
Sécurité…) mais aussi pour développer
un marché de la sécurité scolaire.
C’est ainsi un véritable sabotage de
l’enseignement public qui
s’organise, afin que
l’enseignement privé devienne la seule
alternative aux yeux des parents. Pour ces
raisons, le lycée Chérioux a au moins en
partie servi de catalyseur du mouvement. Sa
situation est emblématique et pose la
question des moyens humains : seuls des
adultes formés, stables dans
l’établissement, pouvant être envisagés
comme des référents par les jeunes, sont
capables de prévenir et d’enrayer les
phénomènes de violence.
Au moment où nous écrivons, le relais est
pris et les académies de Marseille, Lille et
Amiens connaissent déjà des mobilisations (2
jours après leur rentrée des vacances
d’hiver), notamment à cause du retrait
des moyens attribués en ZEP (Zones
d’Education prioritaire). Le mouvement
entamé par les académies de la région
parisienne est en passe de connaître une
continuité nationale.
Mais au-delà, l’ensemble du
mouvement est à replacer dans le contexte
d’une UE qui saigne à blanc les
services publics, en premier lieu
l’éducation et la santé : la crise
pousse les capitalistes à trouver de nouveaux
marchés mais les travailleurs ne veulent pas
payer et remettent en cause de plus en plus
ouvertement le système capitaliste. Ainsi
l’éducation est depuis plusieurs années
à la pointe des mouvements (Italie,
Allemagne, Grèce…), parce qu'elle est
au coeur des attaques de ce système.
Deux dates sont d'ores et déjà posées, en
fonction du calendrier électoral : le 12
mars, appel à la grève dans l'éducation, et
le 23 mars, grève interprofessionnelle. Dans
ce cadre, l’ensemble des travailleurs
de l’éducation doit dès maintenant
refuser de gérer la pénurie imposée, refuser
de siéger en CA, surtout dans le contexte de
« l’autonomie des établissements »,
c'est-à-dire en réalité de l’autocratie
renforcée de leur direction. Ils doivent au
contraire continuer de déborder les
directions syndicales et de renverser les
obstacles électoralistes qu’on leur
présente.
Les enseignants doivent continuer à être
les maîtres de leur mobilisation et tout
faire pour que ces deux dates organisées en
mars ne provoquent pas un ralentissement de
la mobilisation : au regard de son caractère
croissant, elles ne suffisent pas mais il
faut en faire des charnières. Il faut
poursuivre les AG communes de ville pour
construire l’unité la plus large entre
tous les enseignants et personnels, mais
surtout avec les parents d’élèves. La
dégradation de nos conditions de travail
entraîne la dégradation des conditions
d’étude de leurs enfants. Dès
le 12 mars, toute l'éducation doit se mettre
en grève illimitée, des AG démocratiques
doivent permettre de construire l'unité
lycéens, étudiants, salariés, constituant
ainsi les étapes-clés vers la grève
générale.
Le
5 mars 2010
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