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Texte paru dans l'Internationaliste n°96

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Élections régionales 2010

Déclaration du GSI

Les élections régionales se dérouleront les 14 et 21 mars dans un contexte marqué par une nouvelle phase d’aggravation brutale de la crise du système capitaliste dans son ensemble. Cette année, en France, un million de travailleurs arriveront en fin de droit d’allocation chômage alors qu’ils ont été officiellement près de 400 000 frappés par des licenciements en 2009 (+ 18,5 %).

La bourgeoisie et ses valets politiques cherchent à faire payer la crise aux travailleurs et à la jeunesse, cependant que les travailleurs et la jeunesse résistent et cherchent les voies de l’offensive. Les grèves se multiplient à l’approche des élections. L’aiguisement de la lutte des classes est l’élément déterminant de cette période. Sur le plan électoral, cela devrait se traduire par l’abstention ouvrière et populaire.

La régionalisation au service des capitalistes

Les régions sont un élément institutionnel central de l’Union européenne, construction d’inspiration démocrate-chrétienne, ceci n’est pas par hasard. La révolution bourgeoise avait détruit les « pays » de l’Ancien régime pour leur substituer les départements. Sous l’inspiration des nostalgiques régionalistes de l’Ancien régime, à l’exemple de Ch. Mauras, de l’Action française, les régions ont été créées par l’« État français » du sinistre maréchal Pétain.

Après 1958, Ch. de Gaulle redonne toute sa portée à cette « nouvelle » division administrative et, en 1981, F. Mitterrand engage le mouvement de décentralisation qui aboutit, gouvernement après gouvernement, de droite comme « de gauche », à la situation que nous connaissons aujourd’hui. Il est bien erroné de voir dans ce régionalisme un cadre d’émancipation des peuples opprimés d’Europe, au contraire. De la Communauté économique européenne de 1957 au Traité de Lisbonne en passant, en 1994, par la création du Comité des régions, celles-ci sont, pour les capitalistes, l’échelon économique le plus immédiatement rentable et un outil de destruction de nos acquis.

Par le biais du désengagement financier de l’État, les régions sont mises en concurrence pour obtenir des aides européennes, pour attirer des investisseurs et créer des emplois, ce qui multiplie les délocalisations entre régions en fonction du dumping fiscal et social, des subventions déguisées. La course à la précarité, la casse du code du travail et des conventions collectives, les licenciements sont, pour les travailleurs, l’unique résultat de cette politique menée à l’échelle européenne et renforcée par l’adoption du « mini-traité » constitutionnel qui prévoit l’émergence de « régions européennes » transfrontalières, futures locomotives de la croissance des profits.

Alors que l’Union européenne traverse une importante crise politique ouverte par le « non » français et néerlandais au référendum de 2005, alors que l’euro et sa stabilité sont compromis par l’endettement des états membres, les bourgeoisies européennes cherchent toutes à avancer dans la destruction de nos acquis pour diminuer toujours plus les coûts de production.

Les régions constituent un vecteur essentiel de ces attaques. La réforme des collectivités locales préconisée par la commission Balladur va dans le sens d’un renforcement de leur rôle. C’est aussi le cas de la fin annoncée de la taxe professionnelle qui permettrait de pénaliser les régions industrielles au profit des régions « tertiaires » et de services ; c’est le sens de la mise en place des pôles d’excellence universitaires adossés à des pôles de compétitivité qui menace de fermeture des dizaines d’universités. En plus des cadeaux au patronat, on casse le contenu national des diplômes, des statuts et du code du travail pour précariser toujours plus, on diminue le budget de la santé grâce aux agences régionales de la santé, on exclut un million de chômeurs de tous droits.

La dotation globale de financement, principale contribution financière de l’État au fonctionnement des régions, sera majorée pour celles qui réduisent la masse salariale, privatisent, précarisent et sera minorée pour les autres. La loi organique sur la loi de finances (LOLF), la révision générale des politiques publiques (RGPP) montrent désormais tout leur pouvoir de nuisance à l'encontre des services publics et de l'emploi public. La seule loi sur la mobilité a permis la suppression de plus de 100 000 emplois publics entre 2007 et 2010. Il faut y ajouter la multiplication des attaques contre la sécurité sociale, les retraites, l’éducation et la santé publiques ; la mise à mal du logement social, la privatisation de la Poste et celle, programmée, de la SNCF ; la généralisation des statuts précaires et des salaires de misère…

La liste est longue et risque encore de s’allonger. L’explosion de la dette de l’État, conséquence d’un plan d’urgence international pour les capitalistes – la dette publique française augmentera de 50 % entre 2007 et 2012 – et la formation de nouvelles bulles spéculatives, notamment sur les matières premières et la dette publique, démontrent que la crise est loin d’être terminée, malgré les déclarations se voulant rassurantes des analystes bourgeois.

Gauche gestionnaire… ou parti révolutionnaire ?

Les partis de « gauche » et d’« extrême gauche », que ce soit le Front de gauche (qui regroupe essentiellement le PCF et le Parti de Gauche, lui même issu d'une scission du PS), Lutte ouvrière ou encore le NPA, tentent de nous expliquer qu’« un autre monde capitaliste est possible », qu’il faut faire barrage à la droite à travers les élections. En cela, ils sont électoralistes et ne défendent pas les intérêts des classes ouvrières. Alors qu’ils devraient faire de ces élections une tribune pour aider la classe ouvrière à unifier ses luttes et poser les bases d’une alternative politique en termes de rupture avec le système capitaliste, pour le socialisme, ils font l’inverse. Ils sèment la confusion et des illusions en faisant des mobilisations un point d’appui pour les élections, pour des sièges dans les exécutifs régionaux en accord avec les partis bourgeois PS, Europe écologie et MoDem.

Quelle politique entendent mener le Front de gauche, LO ou le NPA lorsqu’il faudra choisir entre la construction d’un lycée ou d’un hôpital, entre la fermeture d’une Poste ou la subvention aux capitalistes ? Vont-ils « jouer le jeu » institutionnel et servir de caution de gauche au PS et à l’UMP ? Vont-ils, comme le PS, faire de l’accompagnement social « local » des projets de destruction nationaux et européens ? Nous ne soutenons pas ceux qui veulent cogérer la misère !

En présentant les élections régionales comme l’unique perspective, ces partis refusent d’aider les travailleurs à s’organiser et à unifier leurs luttes aux niveaux national et européen afin de trouver une réponse à la crise économique structurelle que connaît le système capitaliste. Tel est le sens de l’empressement du NPA à trouver un accord électoral après sa défaite aux européennes et son absence de programme national !

Tel est aussi le sens des atermoiements de Lutte ouvrière, qui ne se présente que « pour permettre aux électeurs de se prononcer sur la politique nécessaire pour sauver les conditions d’existence des classes exploitées ». Il ne s’agit pas de se prononcer dans les élections mais d’unifier nos luttes ! L’abstention massive lors des élections régionales de 2004 ou des européennes de 2008 prouve bien que les travailleurs et de la jeunesse n’attendent rien de ces élections mais recherchent les voies de l’offensive.

Ces deux organisations, LCR (devenue NPA) et LO, qui défendaient un plan d’urgence en 2004, ne le font même plus, alors que la situation économique s’est aggravée pour les travailleurs. Avec le Front de gauche, ces partis acceptent le cadre régional alors même qu’il est un axe central d’attaques au niveau européen.

Au contraire, nous pensons que le rôle des révolutionnaires est d’impulser l’organisation et la mobilisation des travailleurs en s’appuyant sur leurs attentes et leurs espoirs, qui se trouvent sur le terrain de la lutte des classes. Grèves et mobilisations se multiplient. De défensives, elles sont de plus en plus offensives, comme le démontrent nombre de conflits récents.

Ainsi, chez Pier Import ou Ikéa, on refuse les primes au mérite et on réclame des hausses de salaires de 4 % pour tous. Chez Philips à Dreux ou chez Total à Dunkerque, on refuse les délocalisations et les licenciements en occupant le lieu de travail, en lançant des tentatives locales de contrôle ouvrier sur la production. Des travailleurs montrent la voie et tentent de surmonter l’obstacle que représentent les bureaucraties syndicales.

Et ce n’est pas étonnant ! Outre ceux du PS, ce sont des militants du NPA, de LO ou du Front de gauche qui dirigent ces organisations, membres de la Confédération européenne des syndicats, qui négocie à Bruxelles les contre-réformes contre lesquelles nous luttons ! Pour soutenir les travailleurs victimes de la répression comme ceux de Molex, ErdF ou Continental, ils se contentent d’une simple déclaration et… d’un appel au vote !

Un seul plan d’urgence possible : la perspective du socialisme

Les travailleurs ne se font aucune illusion sur ces élections comme moyen de stopper les attaques capitalistes de destruction de leurs conquêtes. L’interdiction des licenciements et des délocalisations n’est possible qu’avec l’expropriation sans indemnisations des patrons, tout comme l’augmentation des salaires, la défense du service public et du statut des fonctionnaires ne peuvent aboutir sans unification des luttes en France et à l’échelle européenne ! C’est pourquoi nous appelons à une abstention ouvrière et populaire active.

L’alternative à la barbarie capitaliste ne se trouve pas dans sa « moralisation » mais dans la révolution socialiste, dans la propriété collective des moyens de production et d’échange. L’alternative à l’Europe de Maastricht ne se trouve pas dans une « Europe sociale » mais dans les États-Unis socialistes d’Europe ! Et ce changement ne passera ni par les urnes, ni par les institutions bourgeoises, mais bien par la lutte des classes !

Seule la construction d’un parti révolutionnaire en France et partout en Europe pour la prise du pouvoir permettra la mobilisation permanente des masses au niveau européen afin de stopper les attaques, construire la grève générale pour faire tomber les gouvernements et avancer le socialisme comme perspective, comme alternative au capitalisme. C’est ce à quoi s’emploie le GSI, section française de la Ligue internationale des travailleurs-Quatrième Internationale, ainsi que ses autres sections européennes.

Mobilisation unitaire et permanente des travailleurs et de la jeunesse, pour la grève générale, pour la prise du pouvoir, pour le socialisme !

Construisons le parti ouvrier internationaliste pour le socialisme !

Pour les États-Unis socialistes d’Europe :

Abrogation de tous les traités européens !

Non à la régionalisation / décentralisation !

Paris, le 21 février 2010

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