| Comme
la Guadeloupe et la Martinique en 2009,
Mayotte est entrée, le 21 septembre 2011,
dans une mobilisation sans précédent sur le
mot d'ordre de la lutte contre la vie chère.
Partie d'une « banale » manifestation et du
blocage d'un rond-point « stratégique »,
c'est désormais à une véritable grève
générale que l'on assiste. Ce que l'on
surnomme la « révolte des mabawas(1) » est en train de
basculer dans une phase d'affrontement avec
le pouvoir colonial.
En effet, si
Mayotte a accédé au statut de « département
d'outre-mer » le 31 mars 2011 au terme d'un
référendum(2),
ce nouveau statut a été approuvé à 95% des
votants mais avec une abstention de 40% !
Ajoutons qu'avec
1/5 du PIB (Produit intérieur brut(3)) par habitant de
l'Uunion Européenne et 1/3 de celui de la
Réunion, mais... 9 fois celui de l'archipel «
indépendant » des Comores, peuplée de près de
190 000 habitants, Mayotte est pauvre.
Pourtant elle apparaît aux nombreux candidats
à l'immigration comme un îlot de prospérité
dans un environnement de très grande
pauvreté, voire de misère.
Comme celle de la Guadeloupe et de la
Martinique, l'économie de Mayotte est
contrôlée par un petit groupe de capitalistes
formant une bourgeoisie coloniale très
fermée. Mayotte a aussi ses « békés » et
ceux-ci comptent bien défendre leur monopole.
C'est pourquoi à Mayotte tout est cher, à
commencer par les produits de première
nécessité, alors que le salaire minimum SMIC)
local est égal à 72% de celui de la «
métropole ». C'est pourquoi, également, la
situation s'est tendue progressivement depuis
mars pour aboutir à l'explosion le 27
septembre, à l'occasion d'une nouvelle
manifestation en parallèle à celle des
enseignants.
Alors que les manifestations et blocages
se sont multipliés, alors que les violences
policières se sont multipliées (un enfant de
9 ans à été blessé par un tir de « flash-ball
»), Marie-Luce Penchard, Ministre des
colonies du gouvernement Sarkozy-Fillon,
s'est rendue sur place et, après avoir
rencontré les « acteurs locaux », (dont les
représentants du Conseil général PS), elle a
promis une enquête sur les prix et des aides
aux familles les plus en difficulté !
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Sur les monopoles, sur les
salaires, sur l'exigence de la baisse des
prix, sur les libertés démocratiques : rien.
L'histoire se répète ; à la tragédie de la
Guadeloupe succède la farce de Mayotte ;
après Jégo (débarqué suite à sa sortie à
propos de « l'économie de comptoir »),
Penchard !
Aussi, le 13 octobre, 10 000 manifestants
défilaient à Mamoudzou. Le lendemain, sur la
place du Marché de cette ville, des milliers
suivaient la traduction en shimaoré de
l'allocution de M.-L. Penchard, retransmise
sur un écran géant improvisé (un drap blanc
!). Sifflée, conspuée par la foule, la
retransmission s'est terminée avec le son
coupé et « l'écran » arraché. Voici une
réponse méritée.
Comme cela s'était produit avec la
Guadeloupe, jusqu'à l'assassinat de J. Bino,
depuis le 21 septembre, le silence se fait
pesant en « métropole » en ce qui concerne
Mayotte. Ainsi, il aura fallu attendre le 12
octobre pour que la CGT ose un communiqué
fustigeant « L’irresponsabilité de
l’Etat français devant l’urgence
de négociations »...
C'est pourquoi le GSI est convaincu que
les travailleurs et la jeunesse de «
métropole », les organisations syndicales
doivent prendre position de façon claire et
déterminée aux côtés des travailleurs de
Mayotte, aux côtés du peuple Mahorais afin
que cesse l'exploitation coloniale et que les
Comores accèdent enfin à l'indépendance qui
leur a été volée par l'impérialisme français
en 1976.
Paris,
le 15 octobre 2011
(1) Les ailes de poulet, base de la
cuisine locale, sont vendues 26€ les 10
kilos alors qu'à la Réunion on les trouve à
13€...
(2) Voir notre article dans
l'Internationaliste n°90 - Mayotte, la « Lampedusa »
française de l'Océan indien.
(3) C'est la mesure de la richesse
crée dans un pays donné pour une année
donnée. Cependant la moyenne par habitant ne
rend pas compte des inégalités de revenus et,
surtout, de patrimoine dans le pays donné.
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