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Document paru dans l'Internationaliste n°117

Retour aux déclarations et communiqués de 2012

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Ni en 2013, ni fin 2012, retrait immédiat et total d’Afghanistan !
Les opérations militaires en Afghanistan coûtent chaque mois plus de 39 millions d’euros à la France, ce qui équivaut à 2 325 années de SMIC ! Il a fallu attendre que 82 soldats français meurent pour que l’on parle enfin ouvertement de retrait. Mais nous ne voulons pas d’un retrait qui masquerait encore une fois les manigances colonialistes de la France. Non ! Nous voulons un retrait immédiat, total et définitif des troupes militaires et civiles présentes sur le sol afghan !

Pas d’argent pour les hôpitaux ni les écoles…
mais 16 milliards pour des armes de guerre ?

Des salles de classe et des hôpitaux ferment à la campagne. 60 000 postes de profs vont être encore supprimés à la rentrée prochaine. Faute de lits pour les accueillir, des malades sont renvoyés chez eux sans suivi médical. Il n’y a plus d’argent pour la santé et l’éducation, nous disent les ministres et N. Sarkozy lui-même. D’ailleurs, à les écouter, il n’y aurait plus d’argent pour aucun service public, ni pour les retraites, ni pour les chômeurs. Bref, il n’y aurait plus d’argent pour financer nos acquis ouvriers et les services publics.

Au contraire, c’est à nous encore de payer ! L’augmentation de l’impôt sur le revenu ou celle de la TVA sur les produits de première nécessité, appliquée depuis le 1er janvier, s’attaque encore une fois aux travailleurs, aux ouvriers, employés, paysans, petits cadres ou petits artisans. Le projet d’une nouvelle augmentation de la TVA, cyniquement baptisée « sociale », cherche lui aussi à s’en prendre aux travailleurs les plus pauvres d’entre nous.

Les caisses de l’État sont-elles réellement vides ? À bien y regarder, le budget du ministère de la Défense est éloquent : l’armée prévoit de dépenser 43,2 milliards d’euros en 2012. En 2011, on sait maintenant que le gouvernement a dépensé 1 858 millions d’euros pour ses opérations extérieures (les missions accomplies par l’armée à l’étranger, les OPEX). Ce sont près de 2 milliards d’euros qui ont servi à faire couler le sang des peuples afghan, libyen ou ivoirien.

Si l’on calcule le coût officiel de ces OPEX depuis 2003, on compte une dépense de plus de 10 milliards d’euros. Or, ces chiffres ne prennent en compte que les coûts de fonctionnement des opérations, pas le coût des armes par exemple. Le gouvernement prévoit ainsi d’acheter pour 16,5 milliards d’armes supplémentaires en 2012. C’est un budget équivalent au financement de 24 hôpitaux de la taille de la Salpêtrière ou du salaire de 560 000 profs ! La loi de programmation militaire prévoit que cette somme augmente encore à 17,4 milliards en 2013.

Alors que les mesures d’austérité du gouvernement vont nous obliger à nous serrer encore la ceinture, ces budgets prouvent que l’État aurait de l’argent pour financer l’éducation et la santé. Chaque jour depuis plus d’un an, les dirigeants de l’UMP et du PS nous ont martelé que la dette de la France nous contraignait à mettre toujours plus la main à la poche. Mais la crise a bon dos. Ils se sont bien gardé de nous dire que, chaque jour, le gouvernement dépense 1 million d’euros en Libye et plus de 1,3 million d’euros en Afghanistan.

L’argent existe pour financer l’éducation, la santé et les retraites, il faut le prendre où il est, et donc exiger le retrait immédiat, définitif et total de toutes les troupes françaises. Qu’elles soient en Afghanistan, en Afrique, au Kosovo ou en Haïti, troupes françaises dehors !

Que fait la France en Afghanistan ?

En Afghanistan, le peuple cherche depuis dix ans les moyens de résister aux troupes d’occupation. Il n’y a jamais eu autant de morts du côté de l’occupant que depuis les deux dernières années. Aujourd’hui, tout semble indiquer que la guerre a été perdue par l’impérialisme. En août dernier, parallèlement au début du retrait des soldats, l’impérialisme français s’est replié sur ses bases pour protéger ses hommes face à la résistance afghane. C’est pourquoi l’intrusion au sein d’une base d’un tireur afghan, qui est parvenu le 20 janvier à faire quatre morts et dix-huit blessés graves, vient profondément ébranler la politique de l’impérialisme français.

Le gouvernement a été déstabilisé au point d’annoncer un retrait « sauve-qui-peut ! » dès 2013, un an plus tôt que l’échéance initialement prévue. Mais que les alliés impérialistes de l’Otan se rassurent, le ministre des Affaires étrangères F. Fillon a précisé que « notre mission n’est pas terminée ». Il faut dire que la France représente la quatrième force sur place en termes de troupes. Son retrait « prématuré » perturberait les plans de l’Otan, déjà bien mis à mal par la défaite. Cette annonce de retrait est un calcul politique dans une année électorale en France comme aux États-Unis.

Déjà, soyons clair sur la définition du retrait : si les troupes armées doivent effectivement quitter le terrain afghan avant la fin 2013, les effectifs civils, ingénieurs et conseillers resteront bien jusqu’en 2014. Mais en annonçant un retrait prématuré, N. Sarkozy répond à une inquiétude réelle : que faisons-nous en Afghanistan ?

Les 3 600 soldats encore présents en Afghanistan (sans compter les 200 gendarmes, la flotte et les 200 marins reliés à cette intervention dans l’océan Indien, ainsi que les nombreux « techniciens » civils) ont la mission de former des policiers et des soldats afghans, afin de constituer une armée aux ordres d’Hamid Karzaï, le président d’Afghanistan. Cet Hamid Karzaï que Sarkozy rencontrait justement vendredi 27 janvier pour signer un traité de coopération civile et militaire, est un pion mis en place par l’impérialisme américain pour garder un contrôle sur le pays.

Mais ce pion est de plus en plus faible. Les actes de résistance contre l’occupation ne font qu’augmenter. Cette « armée » que l’impérialisme tient à bout de bras, compte 30 % de déserteurs, 15 % chez les officiers ! Aujourd’hui, afin de garder un pied dans le pays, les gouvernements américain et français discutent avec certains talibans. Souvenez-vous, ces talibans que l’on nous présentait tous comme des fanatiques islamiques, des terroristes fous furieux ! L’impérialisme est désormais obligé de négocier avec eux, et nous les présente comme modérés ou raisonnables.

Mais la diplomatie ne suffira pas. Le retrait des armées d’État, dans le cadre des missions de l’Otan, vont laisser la place aux armées privées, aux mercenaires, qui représentent plus de 100 000 soldats en ce moment en Afghanistan.

Dans le bourbier, on s’aperçoit que la « lutte contre le terrorisme islamique » invoquée par les troupes impérialistes, tout comme la « mission humanitaire », était un mensonge pour cacher leur intention d’occuper le pays. Quel bilan peut tirer la France de dix ans de guerre dans ce pays ?

Avec un PIB de 27 milliards de dollars, le pays est toujours l’un des plus pauvres du monde. On nous a vanté les prétendus bienfaits de l’économie de reconstruction pour la croissance du pays. Les entreprises Coca-cola, Siemens, Nestlé y ont investi, tout comme des financiers pakistanais, des marchands des Émirats arabes unis ou les multinationales françaises Thalès (dans les aéroports) et Alcatel (dans les télécommunications). Or, en 2008, le taux de chômage était estimé à 35 % de la population active. Chacun vient prendre sa part du gâteau afghan et le ramène chez lui. C’est du pillage.

Neuf actifs sur dix travaillent dans l’agriculture. Malgré l’apport d’engrais et de semences par la « communauté internationale » et les ONG (qui a rapporté au passage beaucoup d’argent aux multinationales de l’agrochimie), la famine existe toujours pour les Afghans qui vivent en moyenne avec moins de 2 dollars par jour. Les champs sont minés, la guerre a détruit les canaux d’irrigation. Les Afghans souffrent de la sécheresse comme des paysans de la préhistoire, alors que le pays était autosuffisant en céréales, fruits et légumes jusqu’en 1978 !

Le pays détient aujourd’hui le sinistre record dans la production de pavot, la fleur de laquelle on extrait l’opium et l’héroïne. Les narcotrafiquants afghans, liés aux talibans, détiennent un quasi-monopole mondial de cette production : la surface de culture est passée de 7 606 ha en 2001 à 197 000 ha en 2007, soit une multiplication par 26 durant les premières années de la guerre. Le pays est également le premier producteur mondial de haschisch.

Les quelques écoles ouvertes aux filles par des ONG, exploitées dans les médias français pour justifier l’occupation, ne doivent pas occulter qu’après dix ans de guerre plus de 14 000 civils ont été assassinés par les troupes de l’Otan, que la police est extrêmement corrompue et que, encore aujourd’hui, l’espérance de vie ne dépasse pas les 48 ans. Voilà le vrai bilan de cette guerre !

La guerre a ruiné et ravagé l’Afghanistan. Au carrefour de l’Iran, de l’Inde, de l’Asie centrale et de l’océan Indien, les peuples d’Afghanistan ont toujours souffert de leur situation géostratégique convoitée par toutes les puissances impérialistes. Pourtant, c’est un pays riche en matières premières (charbon, plomb, zinc, lithium, étain, fer, cuivre, cobalt, or, gaz, pétrole…) qui ne serait pas l’un des pays les plus pauvres du monde si on laissait l’Afghanistan aux Afghans.

Le retrait d’Afghanistan, oui ! Mais total et maintenant !

Le PS, par la voix de son candidat F. Hollande, s’est prononcé pour le retrait. Mieux vaut tard que jamais ! Mais n’ayons aucune illusion sur le parti socialiste. M. Aubry a bien précisé : « En 2001, ça avait un sens d’aller en Afghanistan. En 2012, ça n’a plus de sens militairement d’y rester […] La France doit y être politiquement, diplomatiquement, civilement. » Le programme du PS après le retrait est identique à celui du gouvernement actuel : l’occupation « civile » du pays par des conseillers, des capitalistes, des financiers, des ONG ou n’importe quelle association « culturelle », des mouchards, des espions, des éminences grises et des mercenaires.

De même, quel crédit peut-on accorder à Jean-Luc Mélenchon qui se prononce (enfin !) pour le retrait d’Afghanistan, mais qui a soutenu les bombardements meurtriers sur la Libye ? Dans son communiqué du 20 janvier, J.-L. Mélenchon écrit au nom du Front de gauche que « la France n’a rien à faire dans cette guerre américaine ». C’est vrai que l’armée française se conduit en vassale des États-Unis. Mais Mélenchon ne nous dit pas que l’impérialisme français et ses multinationales y trouvent leur intérêt !

« Le cynisme de Sarkozy doit cesser, nous dit-il. Pour l’honneur de la France, de son armée et des raisons de combattre et mourir des soldats français. » Plutôt que de dire la vérité à propos de notre propre impérialisme, ce qui serait un premier pas pour le combattre, Mélenchon le justifie sous les prétextes chauvins d’honneur guerrier et d’amour de la patrie.

Nous le répétons, pour nous, le retrait doit être total et immédiat. Nous refusons non seulement de payer pour la barbarie militaire des impérialistes, mais nous refusons également de payer les frais d’une occupation soi-disant « civile », fondée sur la corruption et l’exploitation de tout un peuple ! L’Afghanistan est aux Afghans, c’est à eux de décider de leur destin !

De plus en plus de voix s’élèvent pour le retrait des troupes. Maintenant, plus personne ne parvient à empêcher certaines familles de soldats morts en Afghanistan de dire tout haut qu’ils sont morts pour rien et que c’est un scandale de les y avoir envoyés !

D’après une enquête d’un organisme rattaché au département d’État des États-Unis, l’INR, en 2009, déjà 80 % des Français et des Allemands se prononçaient contre cette guerre. Pourquoi les partis politiques ouvriers et les organisations qui se réclament de la gauche ne se prononcent-elles pas contre l’impérialisme français et ne s’unissent-elles pas pour le retrait ? Pourquoi n’appellerions-nous pas tous ensemble au retrait en luttant dans une campagne commune, comme celle que mène le GSI depuis bientôt deux ans ?

Nous réitérons notre appel à toutes les organisations se réclamant du mouvement ouvrier à faire l’unité pour le retrait des troupes, à mobiliser massivement les travailleurs, ici, en France, pour mettre en échec notre impérialisme.

Seule une mobilisation unie, massive et déterminée nous permettra d’obtenir de l’argent pour la santé, pour l’éducation, pour les retraites et non pour la guerre.

À bas le colonialisme de la France ! À bas l’impérialisme français !

Retrait immédiat ! Retrait total ! Retrait définitif des troupes françaises d’Afghanistan !

Paris, le 25 janvier 2012

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