| Les opérations militaires en
Afghanistan coûtent chaque mois plus de 39
millions d’euros à la France, ce qui
équivaut à 2 325 années de SMIC ! Il a fallu
attendre que 82 soldats français meurent pour
que l’on parle enfin ouvertement de
retrait. Mais nous ne voulons pas d’un
retrait qui masquerait encore une fois les
manigances colonialistes de la France. Non !
Nous voulons un retrait immédiat, total et
définitif des troupes militaires et civiles
présentes sur le sol afghan !
Pas d’argent pour
les hôpitaux ni les écoles…
mais 16 milliards pour des armes de guerre
?
Des salles de classe et des hôpitaux
ferment à la campagne. 60 000 postes de profs
vont être encore supprimés à la rentrée
prochaine. Faute de lits pour les accueillir,
des malades sont renvoyés chez eux sans suivi
médical. Il n’y a plus d’argent
pour la santé et l’éducation, nous
disent les ministres et N. Sarkozy lui-même.
D’ailleurs, à les
écouter, il n’y aurait plus
d’argent pour aucun service public, ni
pour les retraites, ni pour les
chômeurs. Bref, il n’y aurait
plus d’argent pour financer nos acquis
ouvriers et les services publics.
Au contraire, c’est à nous encore de
payer ! L’augmentation de l’impôt
sur le revenu ou celle de la TVA sur les
produits de première nécessité, appliquée
depuis le 1er janvier, s’attaque encore une fois
aux travailleurs, aux ouvriers,
employés, paysans, petits cadres ou petits
artisans. Le projet d’une nouvelle
augmentation de la TVA, cyniquement baptisée
« sociale », cherche lui aussi à s’en
prendre aux travailleurs les plus pauvres
d’entre nous.
Les caisses de l’État sont-elles
réellement vides ? À bien y regarder, le
budget du ministère de la Défense est
éloquent : l’armée
prévoit de dépenser 43,2 milliards
d’euros en 2012. En 2011, on
sait maintenant que le gouvernement a dépensé
1 858 millions d’euros pour ses
opérations extérieures (les missions
accomplies par l’armée à
l’étranger, les OPEX). Ce sont près de 2 milliards
d’euros qui ont servi à faire couler le
sang des peuples afghan, libyen ou
ivoirien.
Si l’on calcule le coût officiel de
ces OPEX depuis 2003, on compte une dépense
de plus de 10 milliards
d’euros. Or, ces chiffres ne
prennent en compte que les coûts de
fonctionnement des opérations, pas le coût
des armes par exemple. Le
gouvernement prévoit ainsi d’acheter
pour 16,5 milliards d’armes
supplémentaires en 2012. C’est
un budget équivalent au financement de 24
hôpitaux de la taille de la Salpêtrière ou du
salaire de 560 000 profs ! La loi de
programmation militaire prévoit que cette
somme augmente encore à 17,4 milliards en
2013.
Alors que les mesures d’austérité du
gouvernement vont nous obliger à nous serrer
encore la ceinture, ces budgets prouvent que
l’État aurait de l’argent pour
financer l’éducation et la santé.
Chaque jour depuis plus d’un an, les
dirigeants de l’UMP et du PS nous ont
martelé que la dette de la France nous
contraignait à mettre toujours plus la main à
la poche. Mais la crise a bon dos. Ils se
sont bien gardé de nous dire que, chaque
jour, le gouvernement dépense 1 million
d’euros en Libye et plus de 1,3 million
d’euros en Afghanistan.
L’argent existe
pour financer l’éducation, la santé et
les retraites, il faut le prendre où il est,
et donc exiger le retrait immédiat, définitif
et total de toutes les troupes françaises.
Qu’elles soient en Afghanistan, en
Afrique, au Kosovo ou en Haïti, troupes
françaises dehors !
Que fait la France en
Afghanistan ?
En Afghanistan, le peuple cherche depuis
dix ans les moyens de résister aux troupes
d’occupation. Il n’y a jamais eu
autant de morts du côté de l’occupant
que depuis les deux dernières années.
Aujourd’hui, tout
semble indiquer que la guerre a été perdue
par l’impérialisme. En août
dernier, parallèlement au début du retrait
des soldats, l’impérialisme français
s’est replié sur ses bases pour
protéger ses hommes face à la résistance
afghane. C’est pourquoi
l’intrusion au sein d’une base
d’un tireur afghan, qui est parvenu le
20 janvier à faire quatre morts et dix-huit
blessés graves, vient profondément ébranler
la politique de l’impérialisme
français.
Le gouvernement a été déstabilisé au point
d’annoncer un retrait « sauve-qui-peut
! » dès 2013, un an plus tôt que
l’échéance initialement prévue. Mais
que les alliés impérialistes de l’Otan
se rassurent, le ministre des Affaires
étrangères F. Fillon a précisé que «
notre mission n’est pas
terminée ». Il faut dire que la France représente la
quatrième force sur place en termes de
troupes. Son retrait « prématuré »
perturberait les plans de l’Otan, déjà
bien mis à mal par la défaite. Cette annonce
de retrait est un calcul politique dans une
année électorale en France comme aux
États-Unis.
Déjà, soyons clair sur la définition du
retrait : si les troupes
armées doivent effectivement quitter le
terrain afghan avant la fin 2013, les
effectifs civils, ingénieurs et conseillers
resteront bien jusqu’en 2014.
Mais en annonçant un retrait prématuré, N.
Sarkozy répond à une inquiétude réelle : que
faisons-nous en Afghanistan ?
Les 3 600 soldats
encore présents en Afghanistan (sans
compter les 200 gendarmes, la flotte et les
200 marins reliés à cette intervention dans
l’océan Indien, ainsi que les nombreux
« techniciens » civils) ont la mission de former des policiers
et des soldats afghans, afin de
constituer une armée aux ordres d’Hamid
Karzaï, le président d’Afghanistan. Cet
Hamid Karzaï que Sarkozy rencontrait
justement vendredi 27 janvier pour signer un
traité de coopération civile et militaire,
est un pion mis en place par
l’impérialisme américain pour garder un
contrôle sur le pays.
Mais ce pion est de plus en plus faible.
Les actes de résistance
contre l’occupation ne font
qu’augmenter. Cette « armée »
que l’impérialisme tient à bout de
bras, compte 30 % de déserteurs, 15 % chez
les officiers ! Aujourd’hui, afin de garder un pied dans le
pays, les gouvernements américain et français
discutent avec certains talibans.
Souvenez-vous, ces talibans que l’on
nous présentait tous comme des fanatiques
islamiques, des terroristes fous furieux !
L’impérialisme est désormais obligé de
négocier avec eux, et nous les présente comme
modérés ou raisonnables.
Mais la diplomatie ne suffira pas. Le retrait des armées
d’État, dans le cadre des missions de
l’Otan, vont laisser la place aux
armées privées, aux mercenaires, qui
représentent plus de 100 000 soldats en ce
moment en Afghanistan.
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Dans le bourbier, on
s’aperçoit que la « lutte contre le
terrorisme islamique » invoquée par les
troupes impérialistes, tout comme la «
mission humanitaire », était un mensonge pour cacher leur
intention d’occuper le pays.
Quel bilan peut tirer la France de dix ans de
guerre dans ce pays ?
Avec un PIB de 27 milliards de dollars,
le pays est toujours
l’un des plus pauvres du monde.
On nous a vanté les prétendus bienfaits de
l’économie de reconstruction pour la
croissance du pays. Les entreprises
Coca-cola, Siemens, Nestlé y ont investi,
tout comme des financiers pakistanais, des
marchands des Émirats arabes unis ou les
multinationales françaises Thalès (dans les
aéroports) et Alcatel (dans les
télécommunications). Or, en 2008, le taux de chômage était estimé
à 35 % de la population active. Chacun
vient prendre sa part du gâteau afghan et le
ramène chez lui. C’est du
pillage.
Neuf actifs sur dix travaillent dans
l’agriculture. Malgré l’apport
d’engrais et de semences par la «
communauté internationale » et les ONG (qui a
rapporté au passage beaucoup d’argent
aux multinationales de l’agrochimie),
la famine existe
toujours pour les Afghans qui vivent
en moyenne avec moins de 2 dollars par jour.
Les champs sont minés, la
guerre a détruit les canaux
d’irrigation. Les Afghans
souffrent de la sécheresse comme des paysans
de la préhistoire, alors que le pays était
autosuffisant en céréales, fruits et légumes
jusqu’en 1978 !
Le pays détient aujourd’hui le
sinistre record dans la production de pavot,
la fleur de laquelle on extrait l’opium
et l’héroïne. Les narcotrafiquants
afghans, liés aux talibans, détiennent un
quasi-monopole mondial de cette production :
la surface de culture est passée de 7 606 ha
en 2001 à 197 000 ha en 2007, soit une multiplication par 26 durant
les premières années de la guerre. Le
pays est également le
premier producteur mondial de
haschisch.
Les quelques écoles ouvertes aux filles
par des ONG, exploitées dans les médias
français pour justifier l’occupation,
ne doivent pas occulter qu’après dix
ans de guerre plus de 14
000 civils ont été assassinés par les troupes
de l’Otan, que la police est extrêmement
corrompue et que, encore
aujourd’hui, l’espérance de vie ne
dépasse pas les 48 ans. Voilà le vrai
bilan de cette guerre !
La guerre a ruiné et ravagé
l’Afghanistan. Au carrefour de
l’Iran, de l’Inde, de
l’Asie centrale et de l’océan
Indien, les peuples d’Afghanistan ont
toujours souffert de leur situation
géostratégique convoitée par toutes les
puissances impérialistes. Pourtant,
c’est un pays riche en matières
premières (charbon, plomb, zinc, lithium,
étain, fer, cuivre, cobalt, or, gaz,
pétrole…) qui ne serait pas l’un
des pays les plus pauvres du monde si on
laissait l’Afghanistan aux Afghans.
Le retrait
d’Afghanistan, oui ! Mais total et
maintenant !
Le PS, par la voix de son candidat F.
Hollande, s’est prononcé pour le
retrait. Mieux vaut tard que jamais ! Mais
n’ayons aucune illusion sur le parti
socialiste. M. Aubry a bien précisé : «
En 2001, ça avait un sens d’aller
en Afghanistan. En 2012, ça n’a plus de
sens militairement d’y rester
[…] La France doit y être
politiquement, diplomatiquement,
civilement. » Le
programme du PS après le retrait est
identique à celui du gouvernement actuel :
l’occupation « civile » du pays
par des conseillers, des capitalistes, des
financiers, des ONG ou n’importe quelle
association « culturelle », des mouchards,
des espions, des éminences grises et des
mercenaires.
De même, quel crédit
peut-on accorder à Jean-Luc Mélenchon qui se
prononce (enfin !) pour le retrait
d’Afghanistan, mais qui a soutenu les
bombardements meurtriers sur la Libye
? Dans son communiqué du 20 janvier,
J.-L. Mélenchon écrit au nom du Front de
gauche que « la France n’a rien à
faire dans cette guerre américaine ».
C’est vrai que l’armée française
se conduit en vassale des États-Unis. Mais
Mélenchon ne nous dit pas que
l’impérialisme français et ses
multinationales y trouvent leur intérêt !
« Le cynisme de Sarkozy doit cesser,
nous dit-il. Pour l’honneur de la
France, de son armée et des raisons de
combattre et mourir des soldats
français. » Plutôt que de dire la vérité
à propos de notre propre impérialisme, ce qui
serait un premier pas pour le combattre,
Mélenchon le justifie sous les prétextes
chauvins d’honneur guerrier et
d’amour de la patrie.
Nous le répétons, pour nous, le retrait
doit être total et immédiat. Nous refusons non seulement de
payer pour la barbarie militaire des
impérialistes, mais nous refusons également
de payer les frais d’une occupation
soi-disant « civile », fondée sur la
corruption et l’exploitation de tout un
peuple ! L’Afghanistan est aux
Afghans, c’est à eux de décider de leur
destin !
De plus en plus de voix s’élèvent
pour le retrait des troupes. Maintenant,
plus personne ne parvient à empêcher
certaines familles de soldats morts en
Afghanistan de dire tout haut qu’ils
sont morts pour rien et que
c’est un scandale de les y avoir
envoyés !
D’après une enquête d’un
organisme rattaché au département
d’État des États-Unis, l’INR, en
2009, déjà 80 % des Français et des Allemands
se prononçaient contre cette guerre. Pourquoi
les partis politiques ouvriers et les
organisations qui se réclament de la gauche
ne se prononcent-elles pas contre
l’impérialisme français et ne
s’unissent-elles pas pour le retrait ?
Pourquoi n’appellerions-nous pas tous
ensemble au retrait en luttant dans une
campagne commune, comme celle que mène le GSI
depuis bientôt deux ans ?
Nous réitérons notre
appel à toutes les organisations se réclamant
du mouvement ouvrier à faire l’unité
pour le retrait des troupes, à mobiliser
massivement les travailleurs, ici, en France,
pour mettre en échec notre
impérialisme.
Seule une mobilisation
unie, massive et déterminée nous permettra
d’obtenir de l’argent pour la
santé, pour l’éducation, pour les
retraites et non pour la guerre.
À bas le colonialisme de
la France ! À bas l’impérialisme
français !
Retrait immédiat ! Retrait
total ! Retrait définitif des troupes
françaises d’Afghanistan !
Paris, le 25 janvier
2012
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