Quelle a été ton
expérience avec la classe ouvrière
brésilienne réunie ici au CONAT ?
Ostrovski : Je
n'ai pas encore tiré de conclusions, ce sont
mes premières impressions. Je dois y
réfléchir un peu plus pour comprendre à fond
et tirer des conclusions plus abouties de
tout ce que je suis en train de vivre ces
derniers jours. Mes premières impressions
portent sur les attitudes, je ne peux pas
encore donner mon avis sur comment pensent et
agissent les travailleurs brésiliens. Nous
n'avons pas un contact assez prolongé avec
eux. Mais ce que je suis en train d'observer
dans ce Congrès, c'est beaucoup de démocratie
ouvrière, des personnes qui connaissent et
comprennent les débats. Il n'y a personne qui
se trouve ici et qui ne comprend pas ce qui
se passe.
Les personnes qui sont ici, sont très
attentives et savent quand elles doivent
voter et quand elles ne doivent pas voter.
Les personnes demandent le droit à la parole
pour défendre leurs positions. Je vois un
débat passionné, conformément à la culture de
la démocratie ouvrière. Je suis réellement
très impressionné. Actuellement, on ne voit
pas ça en Russie.
Aujourd'hui, quelle
est la situation du prolétariat russe et
quelles sont ses principales luttes
?
Ostrovski : La
classe ouvrière russe est très divisée. Il y
a les travailleurs des grandes villes, et
ceux des petites villes. A Moscou, Saint
Petersbourg et dans les agglomérations de ces
deux villes se trouve 10% de la classe
ouvrière. Il s'agit du secteur le mieux payé
de la classe ouvrière. Dans les autres
régions du pays, les salaires sont très
inférieurs à ceux des grands centres urbains.
Il y a également des divisions nationales
parmi les travailleurs en fonction des
différentes nationalités. A la différence de
l'Amérique Latine, le nationalisme en Russie
signifie l'appui à la répression contre les
pays qui luttent pour leur indépendance.
C'est une sorte « d'impérialisme » russe par
rapport aux autres nationalités de la
région.
Le gouvernement utilise les différences
nationales et joue sur les sentiments
nationaux pour diviser la classe ouvrière, et
de cette manière il « légitime » la guerre
contre la Tchétchénie. Il justifie ainsi la
guerre contre le « terrorisme ». Selon le
gouvernement, tout le monde est terroriste en
Tchétchénie. Cette division est un problème
très important auquel la classe ouvrière doit
faire face. C'est là que se trouve la secteur
le plus exploité, et beaucoup de Tchétchènes
vont travailler à Moscou. Cette guerre contre
le « terrorisme » permet au gouvernement
Poutine de diviser et de contrôler les
travailleurs.
Il y a également le problème des réformes
que le gouvernement est en train de mener: la
réforme du système de santé; la réforme de
l'éducation; la réforme des services
municipaux (eau, lumière, téléphone) ; les
coupes dans le budget du transport des
retraités qui ont perdu ce droit; la réforme
de la propriété de la terre, garantissant le
monopole aux grands propriétaires terriens.
En d'autres termes, toute les pans de la
société et de l'économie sont en train d'être
soumis aux lois du marché.
Bien que ces réformes aient déjà commencé,
il y a une certaine passivité. Par exemple,
quand il y a eu la réduction des allocations,
à travers ce qui s'appelle en Russie le «
processus de monnaitisation », les retraités
ont perdu le droit au transport gratuit, en
contre-partie ils ont reçu des aides du
gouvernement et aujourd'hui ils n'ont plus
les forces de se mobiliser.
Tout s'explique à travers le problème de
l'organisation de la classe ouvrière. Les
réformes passent et ils se taisent. Cela a à
voir avec l'absence d'un outil politique,
comme un parti révolutionnaire de gauche,
comme des associations culturelles, etc.
Que pense la classe
ouvrière d'octobre 1917 ?
Ostrovski : Il
est difficile de savoir ce que pense la
classe ouvrière étant donné qu'il n'existe
pas d'organisations de classes. Mais en
discutant avec les ouvriers des provinces, on
voit qu'ils considèrent que le socialisme est
une bonne chose. Actuellement, les personnes
qui pensent que le socialisme est une bonne
chose, voient que dans les années 60, non pas
grâce à Brejnev, mais parce qu'il y avait de
la stabilité, il n'y avait pas de chômage.
Cependant, pour les travailleurs les
événements de 1917 sont très complexes. Il y
a eu une révolution et juste après la
situation est devenue très difficile (à cause
de la guerre contre d'autres pays). Ensuite
la vie s'est améliorée, il y a eu de l'emploi
et de la stabilité. Il existait une certaine
fierté de la classe ouvrière parce qu'elle
était arrivée à organiser et à construire
elle-même le système soviétique. Cette fierté
n'existe plus aujourd'hui.
Comment expliquer
alors cet affaiblissement brutal des outils
des travailleurs, alors qu'il y a moins d'un
siècle ils ont été les acteurs de la première
révolution ouvrière de l'histoire ?
Ostrovski :
Analyser ce problème, quand on constate ce
reflux, cette défaite, est une tâche
difficile. La période de la révolution, de la
contre-révolution et de tous les processus
qui ont eu lieu, ont eu une signification
mondiale. On ne peut donc pas attendre qu'il
y ait une réponse qui vienne d'un seul
secteur. Il s'agit de quelque chose que nous
devons travailler et élaborer ensemble, avec
les travailleurs et les marxistes. Les
défaites ne viennent pas d'avoir lieu, elles
se sont passées il y a longtemps, depuis
environ 15 ou 20 ans. Maintenant nous voyons
les effets de cette défaite. Il y a beaucoup
d'information que sont en train d'être
assimilées maintenant par les Russes.
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