| Certains pourraient affirmer
qu'il est trop tôt pour avoir des exigences
envers le nouveau gouvernement, étant donné
qu'il vient d'entrer en fonction. D'autres,
"plus politiques", rappellent les anciens
temps "républicains" qui "conseillaient"
d'attendre au moins 100 jours pour avoir des
revendications. Nous, militants du Parti
Révolutionnaire des Travailleurs, avons
toujours défendu la même chose depuis que les
gouvernements de concertation [gouvernement
d'union entre le parti socialiste et la
démocratie chrétienne NdT] sont arrivés au
pouvoir : il ne faut avoir aucune confiance
dans les gouvernements de concertation. Le
gouvernement pro-patronal et pro-impérialiste
de Ricardo Lagos l'a prouvé, puisqu'il n'a
rien fait d'autre que d'appliquer les
politiques héritées de la dictature, tout en
les nommant démocratiques, participatives
etc. Qu'il s'agisse d'un homme ou d'une
femme, cela revient au même, vu que nous
savons que le genre nous unit mais que la
classe nous sépare.
On sait que la bourgeoisie a une nouvelle
évaluation de l'éducation qui correspond
davantage aux nouveaux modèles économiques et
à la globalisation de l'économie. Les
"réformes" proposées pour l'éducation se
font, dans leur ensemble, contre l'école
publique (voir par exemple les conclusions de
la Commission Bruner) ; leur objectif est de
toucher particulièrement les secteurs les
plus pauvres de la population. C'est depuis
l'instauration de la dictature de Pinochet
que ces réformes ont été menées, de la loi
dite de municipalisation jusqu'à la Loi
Organique Constitutionnelle de l'Education
(LOCE), approuvée par les gouvernements
"démocratiques". Après ce transfert de
l'éducation, vers les municipalités comme
vers le secteur privé - ce qui a dilué la
rôle de l'Etat et la qualité de l'éducation -
le marché de l'éducation privée et le rôle
idéologique de la bourgeoisie ont
sensiblement gagné du terrain.
Les différents gouvernements de
concertation, tout en sachant sciemment qu'il
existe une terrible décomposition du système
éducatif liée à la crise économique et
sociale du système capitaliste, ont répercuté
sur l'éducation la stratification sociale de
la société. Cette stratification est déjà
dénoncée par tout le monde à cause des
profondes inégalités et de la mauvaise
répartition des richesses qu'elle provoque.
En effet, elle reproduit non seulement
l'opposition entre quartiers riches et
quartiers pauvres ; mais aussi l'opposition
écoles pour riches, écoles pour pauvres.
Dans ce cadre, l'école a principalement
deux particularités : premièrement, c'est une
institution que l'état bourgeois utilise pour
reproduire les valeurs et l'idéologie de la
classe dominante ; deuxièmement c'est une
branche spécifique de la production qui
permet de produire et reproduire des
connaissances. Nous pensons qu'on ne peut pas
défendre en bloc l'éducation publique parce
que cela signifie défendre une institution de
l'état bourgeois, qui, à cause des fléaux
provoqués par le capitalisme comme le
chômage, la marginalité et les bas salaires,
ne garantit pas le droit à l'éducation et est
au service de la classe dominante. Pour cette
classe, il s'agit d'adapter l'éducation aux
nécessités du marché du travail.
|
Selon cette logique, l'école
doit fonctionner selon les lois du marché:
elle doit offrir l'éducation dont le marché a
besoin. Il est évident que ce marché est
dominé par les besoins des grandes
entreprises. Les changements qui se sont
produits sont étroitement liés aux salaires
misérables, à la détérioration des conditions
de travail, au chômage structurel, à la
baisse du niveau de vie des travailleurs et
des masses.
Ce n'est donc pas un hasard si les
étudiants français ont si âprement résisté
contre le CPE. C'est aussi pour cela que les
enseignants et les travailleurs ont participé
à cette lutte. Les enseignants, qui savent
qu'ils devront, eux aussi, être
"flexibilisés", doivent éduquer la jeunesse
dans la perspective de la "flexibilisation"
et ils doivent lui apprendre que le chômage
est un statut normal comme n'importe quel
autre. Les parents et responsables légaux ont
également participé au mouvement. En effet,
ce sont eux qui doivent payer l'éducation de
leurs enfants. Au Chili, ils doivent payer le
« financement partagé », la carte de
transport scolaire, la PSU [Épreuve de
Sélection Universitaire], droits
d'inscription etc.
Tout cela nous fait dire que la solution
est clairement celle donnée par les étudiants
et travailleurs français. Ils ont été
capables de descendre dans les rues à près de
trois millions de personnes, nous devons
faire de même. C'est pourquoi le rôle des
dirigeants et des directions est déterminant
dans ce type de lutte, tant pour la victoire
que pour la défaite. La CONFECH [Structure
qui regroupe les organisations étudiantes
NdT] et la CUT doivent jouer un rôle de
premier plan dans ce combat, car de son issue
dépendront les luttes futures. Pour cela, ces
organisations doivent être à la tête des
mobilisations.
D'abord, ces organisations doivent établir
un plan de luttes qui prévoit non seulement
la grève nationale étudiante mais également
des manifestations, des assemblées etc. pour
chercher à élargir et à unifier les
revendications et les luttes de tous les
secteurs des travailleurs. Plus que jamais se
pose la question de l'unité
étudiants-travailleurs. Plus que jamais se
pose la question d'un front unique contre les
plans du gouvernement.
Ce dernier cherche à gagner du temps ainsi
qu'à discréditer, délégitimer, isoler et
réprimer la lutte des étudiants afin de la
vaincre. L'avenir des luttes prochaines
dépendra largement de la lutte des étudiants,
qui ne se limite déjà plus à eux. C'est pour
ça qu'il faut unifier toutes les luttes,
contre les plans du gouvernement et pour la
satisfaction des revendications des
travailleurs : pour une meilleure d'éducation
et une meilleure santé ; pour une meilleure
éducation et pour la réduction du budget de
l'armement ; pour une éducation gratuite et
pour en finir avec les bénéfices du cuivre
qui vont à l'armée ; pour une meilleure
éducation et de meilleurs habitations pour
les plus pauvres ; pour une meilleure
éducation et pour le retrait de la LOCE ;
pour une meilleure éducation et pour la
transport scolaire gratuit ; pour une
meilleure éducation et pour l'accès sans
restriction aux universités.
Parti
Révolutionnaire des Travailleurs
|