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Vanuatu : Indépendance ou néo-colonialisme ?

Le 30 juillet dernier, le Vanuatu fêtait les 30 ans de son indépendance. Anciennement appelées Nouvelles-Hébrides, ce territoire du Pacifique Sud, composé de 81 iles, disposait d'un statut unique, celui d'un condominium franco-anglais, c'est-à-dire d'une double tutelle, résultat de l'absence d'annexion officielle par les deux puissances après sa découverte au 18ème siècle. La constitution d'un parti vanuatais en 1971 dirigé par le pasteur anglican Walter Lini, devenu Vanua'aku Pati en 1974 sort vainqueur des élections de 1979 et programme l'indépendance pour 1980. Une guerre civile éclate entre francophones et anglophones qui se soldent par la défaite des premiers.

Une économie au services des intérêts capitalistes.

Depuis 1980, faute de ressources minières, le Vanuatu se concentre sur une économie de subsistance : pêche, agriculture, élevage bovin. Les principales exportations sont la viande de bœuf et la coprah. L'accent a été mis depuis une dizaine d'années sur les atouts « paradisiaques » de cet archipel. Paradis fiscal depuis 1971, le Vanuatu est réputé pour blanchir l'argent de la mafia russe, grâce à sa législation fiscale accommodante et particulièrement opaque. Trois banques ont pignon sur rue : La Westpack (Australie), l'ANZ (Nouvelle-Zélande) et... la BRED. Un nombre important d'avocats, de fiscalistes et de notaires exercent à Port-Vila, tous spécialisés dans les opérations offshores. Le tourisme est devenu le premier secteur économique du pays. Un nombre incroyable d'hôtels, de restaurants et un casino ont ainsi été construits. Sans compter tout les services pour touristes, de la plongée sous-marine au tour en hélicoptère en passant par la découverte du mode de vie « traditionnelle » des mélanésiens dans le plus pur esprit du « bon sauvage ». De 50 000 touristes en 1997, on est passé à 167 000 en 2007, pour un peu plus de 200 000 habitants.

Ouverture économique et libéralisation sont les maitres mots du gouvernement qui a récemment supprimé le monopole de la téléphonie détenu par l'entreprise TVL (Telecom Vanuatu Limited) au profit de Digicel. Les terres et les ressources marines sont bradées aux investisseurs étrangers. L'arrivée de touristes aiguise l'appétit des promoteurs immobiliers. La terre coutumière est en principe inaliénable et appartient à la tribu qui s'y trouve. Cependant, il est possible de « louer » ces terres pour une durée de 75 ans. Pour plusieurs dizaines de millions de vatu, de vastes domaines sont ainsi loués aux promoteurs immobiliers qui construisent des dizaines de propriétés qui vont rapidement rembourser l'investissement initial. En quelques années, l'ensemble du littoral d'Efaté, l'ile principale ont été cédés, obligeant des tribus à se déplacer. De même, le gouvernement a cédé au Japon et à la Chine le droit de pratiquer la pêche intensive dans les eaux nationales. Il existe ainsi une joint-venture avec une entreprise japonaise chargée de la préparation et de l'exportation du poisson à Luganville : La South Pacific Fishing Co. Le Vanuatu étant un « pavillon de complaisance », la main-d'œuvre locale travaille sur les bateaux-usines étrangers dans des conditions dramatiques. Le poisson étant exporté, il est très difficile d'en acheter alors qu'on se trouve sur une ile !

Population et travailleurs maintenus dans la misère.

Le développement d'une économie de services touristiques se fait au détriment des travailleurs et de leurs familles. Depuis 2007, les prix au détail ont augmentés de près de 25% ! Le salaire minimum, fixé en 2006 n'a pas changé, 26 000 vatu soit 206 euros ! Pour exemple, un sac de riz de 25 kilos, qui constitue la base alimentaire de la population coûtent 4 000 vatu, un régime complet de bananes 500 vatus, un aller en taxi collectif 150 vatu. Les déplacements intérieurs entre les iles sont hors de prix et nombre de travailleurs venus à Port-Vila ne peuvent rentrer chez eux, faute d'argent. Tous les prix sont en effet alignés sur le pouvoir d'achat des touristes, le marché local étant entièrement tourné vers le tourisme.

Les conditions de travail sont dictées par le patronat, en général australien, néo-zélandais, français ou parfois vanuatais. Le racisme est quotidien, notamment au travers de remarques sur la fainéantise ou le manque de formation des insulaires. La législation sur le nombre d'heures, limité à 44 heures par semaine reste en grande partie lettre morte. Nombre de travailleurs sont en effet employés dans des hôtels, des restaurants où les horaires de travail sont en complet décalage avec le rythme de vie et les heures « supplémentaires » très fréquentes. De même, les règles d'hygiène et de sécurité pour les travailleurs est largement à la discrétion du patron.

Une défense syndicale des travailleurs difficile.

L'indépendance a été l'occasion pour les vanuatais de développer leur niveau de conscience politique. La première organisation syndicale a été fondée en 1984, en même temps que l'adoption de la législation sociale. Le mouvement syndical connait actuellement une phase de recul depuis le milieu des années 1990. Plus de 4 000 syndicalistes étaient ainsi recensé en 1994 contre moins de 1 000 aujourd'hui. Seule deux organisations syndicales subsistent aujourd'hui. Le Syndicat des enseignants et le Syndicat National de Vanuatu. Ce dernier, fondé en 1997 est implanté dans les principaux secteurs économiques du pays : Aviation avec Air Vanuatu et ses sous-traitants ; Énergie avec l'UNELCO, filiale de GDF-Suez, Port-Dock-Pêche qui constitue la principale section syndicale avec plusieurs centaines de membres. Un travail particulier est fait en direction des jeunes et des femmes, notamment dans le secteur de la restauration et de l'hôtellerie. Dans la tradition trade-unioniste anglophone, le syndicat a « sponsorisé » un candidat à la députation qui a finalement décidé au dernier moment de ne pas respecter son mandat, ce qui résume bien le caractère arriviste de l'élite locale et le mépris affiché à l'égard des travailleurs.

Les entreprises pratiquent la chasse aux délégués syndicaux et aux délégués du personnel et les licenciements sont monnaie courante. Les délais devant les tribunaux sont très longs et il n'existe aucun droit à réintégration. La grève est une pratique interdite dans les faits. En effet, trois concertations préalables sont nécessaires entre patrons et représentants des travailleurs avant de pouvoir formaliser une déclaration préalable de grève qui doit intervenir trente jours avant le jour de grève ! Sans compter que les manifestations sont strictement encadrées ! Bref, tout est fait pour permettre aux investisseurs étrangers de fructifier leurs capitaux en paix !

Et quand cela ne suffit pas, le gouvernement fait appel aux grands moyens. Dernière démonstration de force le 10 août dernier avec l'intervention de la police et de l'armée sur l'ile de Tanna suite au blocage du décollage d'un avion par des personnes licenciées par Air Vanuatu suite à une restructuration de la compagnie. Serge Vohor, ministre des transports et président d'Air Vanuatu a fait une sortie remarquée en annulant les avions et bateaux en direction de Tanna en menaçant les habitants de stopper les investissements gouvernementaux si quelques individus continuaient de troubler l'ordre public... Le lendemain, une dizaine de militaires et de policiers débarquaient pour retrouver les manifestants et les déférer devant la justice, bloquer un aéronef ou un bateau étant un crime constitutionnel. Cette affaire, qui rappelle une situation analogue il y a quelques semaines à Luganville, intervient dans un contexte chargé pour Air Vanuatu. Une négociation foncière délicate est sur le point d'aboutir pour agrandir l'aéroport de Tanna et ainsi accueillir des vols directs de Nouvelle-Calédonie, augmentant d'autant le tourisme et ses problèmes. Plus important, le 10 août était dévoilé à la population le montant des indemnités touchés par Harry Iauko, ancien président d'Air Vanuatu, licencié en 2005, après un changement de majorité au gouvernement. Celui-ci a touché 15,6 millions de vatu soit près de 120 000 euros. Comme si la corruption et le détournement de fonds qui sont une pratique courante dans cette entreprise ne suffisaient pas...

Ces quelques éléments sur la situation au Vanuatu, territoire indépendant depuis 30 ans démontre qu'une indépendance réelle ne peut se faire que dans le cadre du socialisme. Les impérialismes français et anglais qui ont accepté l'indépendance se sont assurées la mise en place d'une bourgeoisie locale acquise à ses intérêts. D'ailleurs personnes n'est dupe à Port-Vila où tout le monde sait que ce sont les américains et les australiens qui tirent désormais les ficelles et que les membres du gouvernement bénéficient d'une place au chaud tant que les investissements étrangers sont protégés.

Emeric

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