| Chers camarades GSI:
Cette lettre a l'objectif de répondre à
votre opposition à qualifier de nazi l'État
d'Israël. Vous dites que "si la
caractérisation de l'État de l'Israël est
mise en question mise en question dans notre
courant international, alors il faut ouvrir
le débat entre nous avant toute affirmation
publique, ". Et vous ajoutez : «En
tout cas, le GSI réaffirme ici que la
caractérisation d'Israël comme "état
nazi" est profondément erronée, et
que celle d'état colonial sioniste"
est correcte. (Souligné par
nous). »
Nous commençons par vous dire que ce débat
nous le faisons entre nous-autres qui sommes
d'accord sur la nécessité de détruire l'État
de l'Israël, quelque chose qui n’est
pas avancée ou qui a été abandonnée par la
plus grande partie de la gauche, y compris
par des courants se réclamant du trotskysme
comme le SU. Mais, après cet accord
fondamental, nous trouvons de grandes
divergences dans les positions et les
caractérisations qui se détachent de votre
lettre, et qui exigent une discussion en
profondeur pour intervenir correctement, et
plus encore en ce moment où se produit cette
agression sioniste criminelle dans la Bande
de Gaza.Cela nous un débat important et votre
lettre nous permet d'effectuer un débat
théorique pour nous réarmer
programmatiquement. Il s’agit, en se
réappropriant de la tradition de l'IVème qui
s'est opposée à la création de l'État de
l'Israël, de savoir quel type d'État s'est
formé et par conséquent quelle est la
meilleure façon de le combattre. La
dénomination d’état nazi, bien que pas
nouvelle dans le LIT, est en effet différente
de celle que nous utilisions jusqu'aux années
80, et c’est par conséquent une
discussion qui a été présente dans notre
courant depuis longtemps. Par cette lettre
nous voulons reprendre cette discussion en la
mettant à jour. Voyons quelques exemples de
comment cela fut formulé durant les années
80.
Dans le Manifeste de la LIT de 1985 on
appelait sioniste nazi l’Etat
d’Israël :
Le peuple arabe et son avant-garde,
les Palestiniens, sont en
train d’asséner une défaite brutale à
l'état sioniste-nazi
d'Israël. L'impérialisme yanqui a dû
déjà retirer ses troupes du Liban.
Maintenant, l'armée sioniste s’écroule,
en retrait, devant les masses en armes dans
le sud du Liban, tandis que les prolétariats
juif et arabe effectuent, en Israël-même, des
grèves héroïques contre les plans d'austérité
(Souligné par nous). »
Citons Moreno dans des conversations
(1985):
L'oppression ethnique en Israël et en
Afrique du Sud est une expression moderne du
barbarisme nazi qui démontre, une fois de
plus, que là où il y a capitalisme, le
nazisme est tout près s'il n'est pas arrêté
par le mouvement de masse.
Et sans arriver encore aux extrémités
monstrueuses du nazisme et ses petits frères,
le sionisme et l'apartheid, la nature même du
développement économique du capitalisme
conduit à des situations comme celles du
nord-est brésilien et l'Inde: nanisme,
abrutissement progressif et cumulatif. Voilà
- pour revenir à ce que je disais au début -
quelle est la signification de
l’alternative de socialisme ou
barbarie.
Et nous avons maintenu cette
caractérisation jusqu'à aujourd'hui. Avant
les déclarations décembre et janvier nous
expliquions pourquoi la LIT (CI) utilise
cette dénomination, le 12 mai 2008:
La Lit-ci qualifie à l'état
israélien comme "nazi" parce que
quand on persécute tout un peuple dans le but
d'éliminer son identité, de rendre esclave ou
de l'expulser de sa terre, il n'y a pas
d’autre mot pour mieux exprimer cette
essence politique. C’est une
contradiction historique terrible que les
descendants de ceux qui furent poursuivis en
Europe par le nazisme appliquent, maintenant,
les mêmes méthodes contre un autre
peuple.
Sa population éduquée pour être
toujours au service de l'armée accepte
naturellement, dans une majorité écrasante,
cette réalité d'agressions militaires contre
les Palestiniens et les peuples arabes, une
politique génocidaire, puisque seulement la
force des armes peut garantir la survie de
l'enclave coloniale. (Souligné par
nous).
Dans la déclaration d'août le 2006
En troisième lieu, conformément à sa
Constitution, Israël est un état raciste dont
la législation ne peut être comparée
qu’à celle de l'Allemagne nazi ou à
celle de l'apartheid sud-africain.
L'intervention effectuée par Moreno devant
le II Congrès du MAS laisse voir d'où nous
avons pris cette qualification. Ce ne fut
même pas de notre invention, [mais elle a été
reprise, NDT] de la déclaration d'un juriste
Israélien. Jusqu’à là, nous avions
désigné Israël comme fasciste. Le même Albert
Eistein -avec des intellectuels et des
rabbins juifs- considérait comme fasciste le
parti de Begin (Beguin qui, dans les
années1980, deviendra premier ministre en
tant que membre du Likud, l’ancêtre du
parti Kadima actuellement au gouvernement).
La lettre de l'année 1948, très reproduite
dernièrement, commençait ainsi : Entre
les phénomènes politiques les plus
inquiétants de notre époque nous avons, dans
l'État de l'Israël nouvellement crée,
l'apparition du "Parti de la Liberté" (Tnuat
Haheteur) (1), un parti politique
avec une énorme ressemblance, par son
organisation, ses méthodes, sa philosophie
politique et ses approches sociales, avec les
partis nazi et fasciste. (Souligné
par nous).
Nous avons envoyé aussi, pendant les jours
de l'offensive israélienne, un texte
reproduisant une entrevue dont tout indique
qu’elle fut effectuée à Ariel Sharon,
ex du Likoud et fondateur de l’actuel
Kadima. Dans cette entrevue, Sharon -qui
venait de commettre les massacres de Sabra et
de Chatila- n'avait pas de scrupules à
s’auto-considérer comme un juif nazi,
ni à expliquer tranquillement son idéologie,
ce qu'il était disposé à faire et ce
qu’il faisait déjà.
" Pour le peuple juif je suis, encore
aujourd'hui, disposé à m'occuper
volontairement du sale boulot, à assassiner
autant d’Arabes qu’il faudra, à
expulser, à brûler, à exiler, à tout ce
qu’il faut pour qu’on nous
haïsse. Disposé à réchauffer le sol que
foulent les Yids de la diaspora jusqu'à ce
qu'ils se voient obligés de se précipiter
jusqu'ici, en criant. Même si pour cela je
dois faire voler dans l’air plusieurs
synagogues. Ca m’est égal. Et ça
m’est égal si, une fois le sale boulot
fini, l'objectif atteint et tout remis à sa
place, cinq minutes après vous me formez un
procès de Nuremberg. Vous pouvez me condamner
à la prison à perpétuité, ou à la pendaison
pour crimes de guerre, si bon vous semble.
Après, vous laverez soigneusement, à
l’eau de javel, votre noble conscience,
et vous serez assez beaux, hauts et sains
pour intégrer le club des peuples civilisés.
N’en doutez pas. Laissez-moi m'occuper
de ce sale boulot, insultez-moi de tous les
insultes que vous voudrez. Ce que vous ne
voulez pas comprendre c’est que le
travail répugnant du sionisme n'a pas été
achevé en 1948, et par votre faute. En raison
du ''yidisme» de votre âme, de l’esprit
par vous hérité de l'exile, du complexe de
Herbert Hizé. Quel dommage! Nous aurions pu
être aujourd'hui un peuple comme les autres,
ayant de mœurs végétariens, ayant des
relations de bon voisinage avec l’Iraq
et l'Egypte, même si ayant un petit
certificat d'antécédents pénaux. Comme tout
le monde, comme les Anglais, les Français,
les Allemands, ou comme les Américains qui,
eux, ont eu beaucoup de temps pour oublier ce
qu'ils ont fait aux Indiens ; ou comme les
Australiens qui ont massacré presque tous les
Aborigènes. Quoi de mauvais à cela? Un peuple
honorable, avec un tout petit certificat
d'antécédents pénaux, ça se voit même dans
les meilleures familles. Et je vous
l’ai dit déjà dit, je suis disposé à
assumer le certificat d'antécédents pénaux
avec Begin et Raful. J'accepte que vous soyez
mes successeurs, vous, les cantarines
mañanas, les purs, les végétariens. Vous
écrirez des livres de repentir sur mes
crimes. Le public admirera votre sens moral.
Vous serez pardonnés. Vous serez introduits
dans les salons les plus aristocratiques.
Mais ce ne sera que quand mon canon et mon
napalm auront enlevé aux Indiens tout désir
de scalper vos enfants et les mien, quand des
millions d'Yids auront trouvé, ici, une
maison assez grande pour les
accueillir.
"Pourquoi je vous appelle toujours les
Yids? Je vais vous le dire. Non avec mes
mots, puisque je suis un judéo-nazi,
non?»
2. Mais même si la LIT dit cela depuis
plus de 20 ans, et même si quelques sionistes
le disent, vous pourriez avoir raison et ne
pas être marxiste la définition que nous
faisons. Vous dites que nous faisons des
analogies et que c'est en cela que nous nous
trompons, ensuite, à l’appui de votre
avis -à savoir, utiliser des analogies ce
n’est pas correct- vous citez Trotsky
de manière erronée. Alors nous allons être
très clairs, dans le marxisme les analogies
ont toujours été utilisées ; ce qu’en
dit Trotsky c’est qu’on ne peut
pas faire des analogies formelles ;
c’est très différent. Quand Marx et
Engels ont écrit le Manifeste communiste, ils
l’ont rempli d’analogies avec le
passé, ce qu’après ont fait tous les
marxistes. Nous avons ainsi le terme
"prolétaire" que les fondateurs du marxisme
ont utilisé comme une analogie avec les
anciens proletarii de la Rome impériale,
classe sociale la plus basse et dont
l’unique fonction était
d’engendre des enfants (prole) pour
servir dans l'armée. Trotsky a utilisé des
dizaines d'analogies pour expliquer ses
positions. Rappelons qu’il appelait les
stalinistes des thermidoriens, en référence
au mois de Thermidor qui vit le début de la
contre-révolution française.
Trotsky ne parlait pas d'analogies en
général, chose qu'il a toujours utilisée,
mais des analogies formelles. Les analogies
formelles sont une autre chose: c’est
comparer deux choses différentes pour obtenir
une certaine caractéristique secondaire
semblable. C'est pourquoi il considérait que
c’étaient des analogies formelles les
comparaisons qui n'allaient pas aux bases
matérielles et qui établissaient des
relations par des aspects secondaires.
"La caractéristique fondamentale de ces
assimilations et identifications est celle
d’ignorer complètement la base
matérielle des diverses tendances,
c'est-à-dire, leur nature de classe, et pour
cela même leur rôle historique objectif.
Au lieu de cela, on évalue et on
classe les différentes tendances selon
quelque indice extérieur et
secondaire; le plus souvent, selon une
attitude vis-à-vis de tel ou tel principe
abstrait qui, pour celui qui opère le
classement, a une valeur professionnelle très
particulière. Ainsi, pour le pape romain,
francs-massons, darwinistes, marxistes et
anarchistes sont jumeaux, puisque qu'ils
nient tous de façon également sacrilège la
l’Immaculée Conception. Pour Hitler,
libéralisme et marxisme sont jumeaux,
puisqu'ils ignorent "le sang et l'honneur".
Pour les démocrates, fascisme et bolchévisme
sont jumeaux, puisqu'ils ne s'inclinent pas
devant le suffrage universel. Etc., etc.
» Leur morale et le nôtre, 1938. (Souligné
par nous).
Mais voyons si vous avez raison et si nous
utilisons des analogies, formelles donc, dans
la dénomination de l'Israël. Vous nous donnez
toute une liste:
Or, caractériser l'état sioniste comme
état nazi c'est procéder par analogie : les
sionistes se comportent comme les nazis. A ce
stade, ont peut multiplier les exemples :
déplacements forcés de populations niant dans
la pratique tous droits au peuple
palestinien, à travers une véritable
politique d'apartheid. C'est le cas à
l'intérieur des frontières, où des Arabes ou
des Druzes, formellement Israéliens, ont des
droits limités et des devoirs étendus ; c'est
le cas à l'extérieur des frontières, où
l'occupation permanente tend à l'annexion à
travers une politique de colonisation, de
contrôle des voies et moyens de
communication, de l'approvisionnement en eau,
etc.
On peut encore ajouter les
persécutions, les détentions arbitraires, les
meurtres politiques, la torture systématique
dans des prisons dignes de du moyen-âge, une
politique extérieure agressive, etc. Ajoutons
qu'en Israël beaucoup de sionistes regardent
les Arabes comme des animaux. Tout cela est
avéré.
Vous n'incluez pas dans cette liste un
autre aspect, que nous ne considérons pas
secondaire: la politique de génocide. Quand
il rappelait la position du juge israélien,
Moreno disait: « nous ne saisissions pas
la profondeur de ce que nous avons appris
maintenant. Aussi, un des plus grands
juristes israéliens, membre - si je me
souviens bien - de la Cour Suprême, disait
qu'Israël était nazi... Il avait raison, il
était nazi en ce sens: les méthodes
de guerre civile contre une race. Là
où l’on persécute une race avec des
méthodes de guerre civile, il y a des
méthodes nazis, parce que ce sont méthodes de
guerre civile » (intervention lors du II
congrès du MAS, 1985) Souligné par nous.
Parce que celle-ci est l'essence du
nazisme sioniste : détruire, expulser une
population de son territoire légitime parce
qu’Arabe, musulmane et, qui plus est,
appartenant hypothétiquement à une race
différente à celle supérieure qui est, dans
ce cas, la juive. Ou les Blancs, dans le cas
des Sud-Africains. Et ceci ils l’ont
fait et le font de manière brutale, avec des
méthodes de guerre civile, terroristes. Les
bombardements ne sont pas seulement
non-discriminés mais ils vont contre
l'ensemble de la population de manière
consciente. Il y a quelques jours nous
voyions comment ils bombardaient un bâtiment
dans lequel ils avaient obligé à
s’abriter des dizaines de Palestiniens
avec ordre de ne pas en ressortir. Ceux-là
n'utilisent pas de chambres à gaz, mais le
principe est le même. Les ghettos sont plus
grands, c’est les bantoustans
palestiniens, la Bande de Gaza, d’où
ils ne peuvent pas sortir, où ils ne peuvent
pas recevoir des aides, dont l’objectif
est de ségréger par race et religion et, en
plus, de faciliter les bombardements pour
massacrer les habitants, sans affecter la
population juive.
Nous estimons que Moreno avait totalement
raison quand il expliquait ceci, au second
congrès du MAS argentin, en 1985:
En passant, je veux toucher la
question d'Israël. Premièrement, pour faire
mon autocritique: Israël n'est pas un état
fasciste mais nazi, selon notre définition du
nazisme. Le nazisme emploie des méthodes de
guerre civile, non seulement contre le
prolétariat mais aussi contre les races,
surtout les races juive et slave. Il est une
des monstruosités maximales de
l'impérialisme. Je ne veux pas me consacrer,
ici, au problème historique, à savoir, que le
nazisme a montré en puissance tout ce
qu’il adviendrait du future de
l'humanité si le capitalisme triomphait. Du
point de vue de la monstruosité, la dynamique
nazie est brillante, parce que c’est
une tentative de transformer les exploités en
espèces différentes, en races différentes. La
monstruosité du capitalisme, en ce sens, a
parfaitement raisonné. En matière de
monstruosité humaine il ne peut pas y avoir
pire que cette tentative de diviser
l'humanité en secteurs qui, in fine,
deviendront des espèces différentes; les
unes, au travail ; les autres, en vivant du
travail des premiers. C'est pourquoi il a
existé des méthodes de guerre civile contre
des races, non seulement contre la classe
ouvrière.
|
Voilà toute la discussion
avec le camarade Gallego, qui n’y
comprend absolument rien.
Nous savons parfaitement bien que la
classe ouvrière de l'Israël - surtout celle
d’origine ashkenazi [juifs d'origine
européenne] – n’est pas
persécutée et qu’elle a le Histadrut
[la centrale syndicale], qu’elle a
tout. Le camarade Gallego nous traite presque
comme arriérés mentaux, croyant que nous ne
savons pas qu'il y a des partis. Nous, ce que
nous dénonçons, c’est qu’il y a
un génocide systématique de type ethnique.
Cela est typique du nazisme plus que du
fascisme. C'est pourquoi je
m'autocritique.
3. Différence entre le fascisme et le
nazisme.
Le nazisme est l'expression du
fascisme dans un des états capitalistes les
plus avancés, l'Allemagne, puissance
impérialiste de premier plan. De là le
caractère spécialement brutal, monstrueux,
"de la forme terroriste de l'état bourgeois à
l'époque de l'impérialisme". L'Allemagne nazi
est le seul état de l'histoire de l'humanité
qui a été capable d'élever la mort au rang
d'industrie, un état dont la seule existence
suffit à confirmer l'alternative posée par
Trotsky: socialisme ou barbarie.
Selon votre caractérisation du nazisme, la
seule différence entre celui-ci et le
fascisme semblerait être que le premier a été
plus brutal et qu’il est apparu dans un
des états capitalistes les plus avancés.
Nous, il nous semble que ces deux régimes ont
en commun d'utiliser des méthodes de guerre
civile contre la classe ouvrière ; c’en
quoi le nazisme se distingue, c’est
qu’il utilise lesdites méthodes contre
ce qu'il considère comme une race. Le
fascisme élimine physiquement l'avant-garde
ouvrière et détruit ses organisations, mais
il n'élimine pas toute la classe ouvrière,
parce qu'il a besoin de main d'oeuvre. Le
nazisme essaye d'éliminer physiquement,
d’expulser de leurs maisons, terres ou
affaires tous les membres d’une race ou
d’une religion, l'ensemble de cette
population, dont la classe ouvrière et les
paysans. Le nazisme a en outre utilisé
l'argument de la race supérieure pour mettre
en esclavage des nations entières, au fur et
à mesure qu'il les conquérait. Moreno
l'explique ainsi dans des Conversations:
En ce sens l'étude du nazisme est
passionnante. Le phénomène d’Hitler n'a
pas été étudié à fond par les marxistes. Dans
le racisme hitlérien nous avons l'embryon
d'une nouvelle société esclavagiste, avec les
camps d'extermination et de travail où Hitler
envoyait les Juifs, les Polonais et aussi les
gauchistes. C'est le début d'une nouvelle
relation de production, avec de nouvelles
formes d'esclavage. Hitler a soumis à ces
formes d'esclavage des peuples qu'il
considérait des ennemis, conquis au cours
d’une guerre. Cela était déjà arrivé
auparavant, dans l'histoire.
D'abord, Hitler a soumis à un tel
principe d'esclavage les juifs et les
gauchistes allemands, avant la guerre. Il
l’a ensuite étendu aux peuples conquis,
principalement aux Slaves. D'autre part, dans
l'histoire moderne on n'avait vu rien de
semblable à la barbarie nazi.
Moreno estimait que les méthodes du
nazisme seraient la seule voie de survie du
capitalisme. De là son soutien à la consigne
de Socialisme ou de Barbarie. Et les signes
de la Barbarie (soit, du recul à une époque
d’avant la civilisation) nous les
rencontrons chaque jour de façon plus
évidente. Le génocide de la population
palestinienne en est le plus actuel et
sanglant.
L'état de l'Israël est par conséquent un
État Nazi ou nazi-sioniste, parce qu'il est
basé sur un concept raciste. En Palestine,
sous domination israélienne, il y a trois
types de citoyens: les Juifs qui jouissent de
tous les droits; les Arabes israéliens, des
citoyens de seconde catégorie, limités dans
leurs libertés de mobilité, politiques et
sociales; enfin, les non-citoyens, ceux qui
vivent dans les ghettos de Gaza (comme
prisonniers, encerclés d’un mur) et de
Cisjordanie. L'analogie avec l'Allemagne nazi
nous sert en outre pour suivre l'évolution de
l'Israël. La solution finale n'a été utilisée
par Hitler qu'à la fin de l'IIª Guerre
Mondiale, mais cela ne change pas le fait
que, auparavant, la nature de son régime
était déjà nazie. Maintenant, outre la
position de Sharon, pendant l'agression
contre la Bande de Gaza nous avons vu comment
ce concept est-il réapparu dans les rangs
sionistes. Les mêmes soldats sionistes
expliquaient que, si cela ne tenait
qu’à eux, ils raseraient le centre de
Gaza.
4. la raison de fond
Il nous semble que toute votre
argumentation part ou d'une erreur, ou
d’une différence très importante dans
la caractérisation de ce qu'est l'État
d'Israël, indépendamment du fait que nous le
qualifiions comme nazi ou non. Pour vous
c'est un état colonial:
Israël est un état
colonial, créé par un mouvement
nationaliste bourgeois,
contre-révolutionnaire (condamné comme tel
par le II° Congrès de l'Internationale
Communiste) : le sionisme. Dès l'origine, le
sionisme a reçu l'appui de toutes les
puissances coloniales, puis du stalinisme et
enfin de l'impérialisme US, essentiellement,
qui l'a véritablement pris en charge sous H.
Truman. Israël existe parce que c'est de
l'intérêt de l'impérialisme, qui le tient à
bout bras, sous perfusion financière et
approvisionnement militaire permanents. Mais
est-il besoin de rappeler tout cela
?(souligné par nous)
Une colonie, pour nous, c’est un
état qui n'a pas d'indépendance, qui est
gouverné par une puissance étrangère ; par
conséquent, nous combattons par sa
libération. Ceci n'est pas le cas d'Israël.
Pour nous, il est similaire à une
enclave coloniale, à savoir,
une structure étrangère insérée dans un pays
dépendant ou semi-colonial. Comme c’est
le cas Ceuta et Melilla ou des Malouines.
Dans ces cas-là, nous ne sommes pas pour
l'autodétermination de leur population mais
pour la dévolution de cette terre à sa nation
légitime. Dans le cas de l'Israël ceci est
très clair puisqu'il est le produit de la
transposition d'une population étrangère en
tant que dominatrice d'une autre, qui n'a pas
de droits et qui est considérée
inférieure.
À la fin de votre lettre vous insistez sur
cette caractérisation, en désignant Israël
comme pays, et dans la
nécessité de gagner les masses juives, nous
citons encore:
Il serait erroné, et fort peu
marxiste, de considérer que les classes
sociales avec leurs contradictions et leurs
antagonismes n'existent pas dans ce pays,
qu'elles ne finiront pas par le miner comme
elles le font de tout état bourgeois ; qui
plus est, colonial.
Nous devons donc également
disputer les masses juives au
sionisme et les gagner (les
regagner!) au marxisme, au bolchevisme, au
programme de la Quatrième
internationale.
Qualifier l'état d'Israël d'état nazi,
outre que cette qualification est fausse du
point de vue marxiste, rejette les militants
ouvriers juifs qui seraient prêts à rompre
avec le sionisme et à nous suivre ; cela les
rejette dans les bras des sionistes les plus
déterminés ! (souligné par vous)
La classe ouvrière israélienne fait partie
de l'Apartheid, partie de la structure
étatique raciste qui vit de la spoliation des
droits et de la persécution de la population
palestinienne. La centrale syndicale
Histradrut a été construite et basée sur une
distinction de race ou de religion (elle
exige du travail seulement pour les juifs).
C'est pourquoi c'est la majorité de la classe
ouvrière juive de l'État de l'Israël qui
défend son Etat et ses privilèges, de la même
manière que seulement une minorité de Blancs
s'est impliquée dans le combat contre
l'apartheid en Afrique du Sud, où ce furent
les Noirs qui ont dirigé la révolution contre
le régime, vis-à-vis duquel nous faisons
aussi une analogie avec le nazisme. Pour
détruire l'apartheid israélien il faut une
révolution palestinienne. Nous saluons les
mobilisations qui effectuent des secteurs
israéliens contre l'agression à la Bande de
Gaza parce qu'ils aident à affaiblir l'État
de l'Israël, mais nous savons que leur limite
est de demander que cesse le feu pour essayer
qui il y ait une paix dans laquelle leur État
soit maintenu. Pour gagner la majorité de la
classe ouvrière juive israélienne nous
devrions céder au sionisme de gauche et à
gauche réformiste qui lève la consigne des
deux états, c’est-à-dire accepter le
privilège ethnique et par conséquent
l'oppression des Palestiniens, en légitimant
l'usurpation d'une partie (la plus grande) de
la Palestine par les sionistes, et la
consolidation des territoires dits occupés en
tant que bantoustans ; et à cela, nous ne
sommes pas disposés. Plus encore: « Nous
ne reconnaissons aucun droit démocratique
bourgeois aux habitants des enclaves envoyés
par la métropole. Quand nous occuperons
Guantánamo, nous n'appellerons pas à une
constituante avec égalité de droits pour les
Cubains et pour les colonisateurs de cette
base. Notre consigne est, d’ores et
déjà, les Yanquis, dehors de Guantánamo, la
même que celle que nous avons en Israël.
» (Nahuel Moreno 1982 "Pour une Palestine
laïque, démocratique et non raciste").
De ce même paragraphe nous voulons vous
alerter sur un autre aspect que vous
indiquez. Pour vous on ne peut pas gagner aux
travailleurs juifs si on leur dit que l'État
de l'Israël est nazi. Nous croyons que les
travailleurs juifs de tout le monde nous
devons les gagner en leur disant la vérité,
et ceci inclut tant la caractérisation
d'Israël que la politique pour laquelle nous
voulons les gagner, celle de sa destruction.
C’est pourquoi nous nous félicitons
qu'il y ait des secteurs juifs, bien que très
minoritaires, qui se déclarent antisionistes
et qui, comme tels, posent aussi la
destruction de l'État de l'Israël.
5. nous n'avons pas la même consigne
« Il est impossible de rejeter
purement et simplement le programme
démocratique; il faut que les masses
d’elles-mêmes dépassent ce programme
dans la lutte » Trotsky Programme de
Transition
Nous avons commencé cette réponse en vous
disant que nous coïncidions dans l'exigence
de la destruction de l'État d'Israël.
Rappelons que notre insistance sur la
destruction de l'État de l'Israël pour
pouvoir construire une Palestine laïque,
démocratique et non raciste, signifie
l'expulsion des sionistes, de tous les
sionistes, ce qui inclut tous les ouvriers
sionistes. Faire le contraire équivaudrait à
légitimer le vol, basé sur le crime le plus
abject que le sionisme a effectué vis-à-vis
de Palestine.
Vous ne proposez pas toutefois cette même
consigne que notre courant avance depuis des
décennies : Pour une Palestine laïque,
démocratique et non raciste. Vous, vous lui
ajoutez une petite rallonge:
"c’est-à-dire socialiste" ; nous citons
tout le paragraphe:
Nous ne voyons pas de réponse à ces
deux questions. C’est pourquoi
cette caractérisation marxiste
demeure juste et suffisante pour
étayer notre ligne d'exigence de la
destruction de l'état d'Israël et la
construction d'une Palestine laïque,
démocratique et non raciste, c'est à dire
socialiste, car ces revendications «
démocratiques bourgeoises » ne peuvent être
réalisées que dans le cadre de la lutte des
masses pour le socialisme, pour une
fédération socialiste du Proche et du
Moyen-Orient.
Cette définition nous semble sectaire
parce qu'elle exige des masses arabes
palestiniennes que, pour récupérer leur
terre, elles deviennent socialistes. La tâche
du peuple palestinien est de se libérer du
joug oppresseur du sionisme, ce qui est une
tâche démocratique. C’est une chose
que, révolutionnaires prolétariens, nous
sachions et expliquions que la libération
nationale ultime ne sera obtenue
qu’avec le socialisme, c’en est
une autre de [savoir, NDT] quelle consigne
pourra le mieux exprimer cette nécessité.
C’est pour cela que nous avons appelé
Simón Bolivar la brigade internationale qui
est allée combattre au Nicaragua, et non pas
brigade Leon Trotsky. Moreno, en défense de
la consigne "pour une Palestine laïque,
démocratique et non raciste" expliquait que
les consignes «comme toute revendication,
indépendamment de son origine historique,
peut jouer un rôle transitionnel, progressif,
régressif, révolutionnaire ou
contre-révolutionnaire ; cela dépend du
contexte. » Moreno insistait sur le fait
que cette consigne était à caractère
transitionnel parce qu'elle c’était
celle qui servait à détruire l'état d'Israël
("c’est cela que veut dire non
raciste") et à combattre l'impérialisme, ce
qui est le plus profondément ressenti par le
peuple arabe. Lui joindre la petite rallonge
de socialiste, alors que les masses arabes
n'ont pas encore assumé notre programme, ne
sert pas à les unifier dans l'action la plus
progressive et celle qui aiderait le plus à
la lutte pour le socialisme : c'est-à-dire,
la destruction de l'État de d'Israël en
infligeant une défaite à l'impérialisme dans
la région.
6. Une question de méthode
Vous avez publié une version différente de
la déclaration du LIT. Il vous a semblé que
la réponse de Pau à Jan était ambiguë. Mais
dans cette note on affirmait qu'il ne devait
pas circuler des versions différentes d'une
déclaration du LIT.
Dans le passé nous avons eu déjà ce
problème avec d'autres sections qui, pour des
différences politiques, n'ont pas publié une
déclaration de la LIT, ou alors elles l'ont
changée. Le premier cas est un problème grave
de non-respect du centralisme démocratique,
c’est une question anti-statutaire.
Quant au second cas, nous le considérons
encore pire parce qu'il revient à altérer la
position officielle de la LIT et, par
conséquent, à publier une déclaration
différente comme si elle était celle de la
LIT. Vous pourriez alléguer qu’il ne
vous est pas parvenu de réponse du SI comme
organisme, mais ce qui est certain
c’est, en essence, qu'aucune section
n’a le droit d’altérer une
déclaration de la LIT. Si vous n’êtes
pas d'accord avec une déclaration ou avec une
partie de déclaration et si vous vouliez
publier une position différente sur un sujet
international, vous pouvez demander
qu’une polémique publique avec la
direction de la LIT soit organisée.
En fin, comme nous le disions au début de
cette lettre nous croyons que ce débat est
très utile pour tous, et c’est pourquoi
nous voulions vous proposer de le rendre
public. Pour cela, s'ils vous êtes d'accord,
nous le publierions dans la revue Marxisme
Vivant, en enlevant toutes les questions
internes.
Nous attendons votre réponse tant à la
polémique qu’à sa publication.
Avec nos fraternelles salutations
révolutionnaires
Pau
Sao Paulo, le 19 février 2009
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