AVERTISSEMENT
Nous avions déjà envoyé ce texte au SI une
première fois, le 31 mars 2009 à 8h26, pour
être publié dans le BII 184. Or, comme cela
ne fut pas le cas, nous avons été amenés à
réitérer notre demande de publication par un
courrier du 17/05/09 (ci-joint).
Après cette dernière lettre et un nouveau
mail de notre part, le SI nous a écrit
quelques lignes le 19 mai pour nous informer
qu’il n’avait pas reçu notre
envoi du 31 mars : « Vemos por vuestro
mensaje que fue enviado pero aquí no
aparece » [traduction : « nous
voyons par votre [dernier] message
que vous l’avez envoyé mais il
n’y apparaît pas].
Ainsi donc, notre réponse au texte des SI
et CEI aurait tout simplement disparu dans
les arcanes de l’informatique.
Bien entendu, nous ne remettons pas en
cause la réponse du SI, comme nous ne doutons
pas de la sincérité du camarade responsable
de la gestion du courrier. Mais même si à
notre connaissance c’est la première
fois que le système informatique milite
contre une polémique, il en résulte pour nous
un précédent assez fâcheux. Nous considérons
donc que le style actuel de communication
avec les sections, outre que susceptible
d’entraîner des conséquences politiques
imprévisibles, est plutôt incompatible avec
la vie démocratique de notre
internationale.
Par conséquent, nous envoyons une nouvelle
fois notre texte (en français et en espagnol)
en précisant que, désormais, nous prendrons
systématiquement les précautions nécessaires
(demande de confirmation de réception), pour
éviter la reproduction de ces problèmes.
Nous sommes sûrs que le SI fera le
nécessaire pour compenser l’important
retard pris dans la publication de notre
texte, et que celui-ci sera donc envoyé sans
plus tarder à toutes les sections de notre
Internationale.
Paris,
le 20 mai 2009
Chers Camarades du SI et
du CEI
Nous avons lu avec la plus grande
attention votre lettre du 19 février 2009,
signée par Pau, en réponse à notre courrier
du 5 janvier 2009. Comme vous le comprendrez
aisément, notre discussion a été ralentie par
les problèmes de traduction (dans un sens
comme dans l'autre), ainsi que par la volonté
de voir nos militants disposer de tous
éléments leur permettant de s'approprier ce
débat ; tous les militants du GSI, certes,
mais également tous les militants de notre
courant international, raison pour laquelle
nous avons demandé la publication des textes
concernant cette polémique dans le bulletin
intérieur international.
C'est bien pour cela que, en réponse à
votre proposition de publier cette polémique
dans Marxisme Vivant, dans notre lettre du 2
mars 2009 nous insistons : « (...) La
direction du GSI estime que, avant tout,
cette discussion est une discussion interne
de la LIT et que c’est donc
exclusivement l’ensemble de notre
internationale qui doit participer dans le
débat.
En conséquence, nous demandons que
soient publiés dans un bulletin interne de la
LIT (BII ou BDI) tous les courriers que nous
avons échangés entre nous (la note de Jan, la
réponse de Pau, notre lettre, votre réponse)
et les futurs courriers dans le cadre de ce
débat. ».
Préambule
Une grande force et une
grande faiblesse
En effet, il s'agit d'un débat de la plus
grande importance face aux tâches que nous
nous sommes fixées lors de notre IX° Congrès
Mondial, au regard de notre projet
stratégique. Ces tâches sont d'une importance
telle qu'elles nécessitent que nous opérions,
tous, des clarifications sans lesquelles nous
aurions le plus grand mal à avancer vers
notre but, alors que la situation mondiale
nous met objectivement en demeure d'apporter
des réponses à la crise de direction du
prolétariat.
Cependant, nous devons souligner que de
telles clarifications auraient pu s'opérer
plus sereinement, et de façon plus ordonnée,
si un document sur la situation mondiale
avait été présenté lors du IX° Congrès
Mondial, notre délégué ayant alors déploré,
au sein de la commission sur l'Europe, cet
important manque. Manque qui fait que la
LIT-QI reste, pour le moment, une direction
essentiellement à l'échelle régionale, à
l'échelle d'un continent, avec toutes les
faiblesses d'analyse, d'élaboration et
d'intervention que cela implique.
Entendons-nous bien, camarades du CEI et
du SI : nous, GSI, ne venons pas ici
distribuer les bons et les mauvais points, ni
nous ériger en juges. L'effondrement du Mur
de Berlin a eu des conséquences destructrices
sur tous les courants qui se réclamaient du
Trotskisme. Aucun n'a été à l'abri, les
briques du mur son tombées sur la tête de
bien des militants qui sont entrés, pour
certains, dans une période de révision qui,
aujourd'hui, les amène dans les marais du
réformisme. Ce n'est pas notre cas, LIT-QI et
GSI.
En 1992, nous, GSI, avons rompu avec le
lambertisme car il tournait le dos aux
principes et s'opposait à tout bilan sur
l'orientation de sa direction «
internationale » et nationale, avec le CCI-PT
en France. De son côté, la LIT-QI a, elle
aussi, fait face au déluge opportuniste et
subit plusieurs crises, perdant dans cette
bataille nombre de combattants de premier
plan qui ont renoncé ; elle s'est affaiblie,
sa direction s'est affaiblie, elle a eu
tendance à se replier sur l'Amérique
latine.
Là où nous nous sommes retrouvés c'est que
nous considérions et considérons la LIT-QI
comme une organisation fidèle aux principes
du marxisme révolutionnaire, une organisation
de surcroît capable de se pencher lucidement
sur ses erreurs et ses faiblesses ; ce qui
est en soi une grande force ! Une
organisation, enfin, capable de constituer un
pôle principiel en vue de la reconstruction
de la Quatrième Internationale. C'est bien ce
qui nous a convaincu de rejoindre la LIT-QI.
Insistons : c'est nous qui avons
choisi de rejoindre la LIT-QI, personne n'est
venu nous cherher !
Dans ce pays, nous avons d'ailleurs assumé
la continuité de la LIT-QI, alors que son
ancienne section, la LST, avait choisi une
toute autre direction : celle visant à
construire un parti anticapitaliste, sur la
base d'un courant (Avanti !) de la LCR, et ce
en opposition avec la conception d'un parti
bolchevique. Ce courant s'est auto-dissout en
février 2009, car il estime être arrivé à son
but avec la dissolution de la LCR et la
fondation du NPA. D’ailleurs, depuis
leur rupture avec la LIT-QI, les dirigeants
de l'ex-LST ne se sont pas privés d'attaquer
la LIT-QI (et le morénisme en particulier)
comme courant international.
Nous ne sommes pas «
morénistes »...
Mais, camarades du SI et du CEI (car il y
a toujours un « mais » après un tel
développement, n'est-ce pas ?), nous ne
sommes pas morénistes, et vous le savez ; de
plus, nous avons accès à peu des écrits de
Moreno en Français. Mais nous serions ravis
de pouvoir les étudier, si nous disposions de
documents traduits, et le cas échéant de les
publier, comme nous l'avons fait avec «
La dictature révolutionnaire du
prolétariat » et « Un document
scandaleux – une réponse à Mandel
», que nous avons rendus disponibles sur le
site de Marxists Internet Archives.
Nous reconnaissons, bien sûr, les immenses
mérites de Moreno dans la lutte contre
l'opportunisme, dans le maintient du fil de
la continuité du marxisme révolutionnaire ;
mais il lui est aussi arrivé de commettre
quelques erreurs, à propos du FUR par
exemple, si on est en accord avec
l'affirmation du camarade Martin au IX°
Congrès Mondial, lors du point consacré au
FUR. Toute l'expérience de Moreno et son
héritage politique n'ont au demeurant pas mis
la LIT-QI à l'abri d'une crise importante,
dans les années 90.
Nous devons rappeler aussi que, tout au
long de sa vie, Moreno a eu la clairvoyance
de beaucoup voyager en Europe, conscient de
ce que ce continent est déterminant dans la
reconstruction de la Quatrième
Internationale. Comprenons-nous bien et
citons nous aussi Moreno, précisément la
Dictature révolutionnaire du
prolétariat, introduction du chapitre II
: « Comme un Moïse moderne, Mandel croit
que ses "pays européens" sont les élus pour
avancer vers le socialisme. Et au lieu
d’un Messie, toute une série de
conditions exceptionnelles joueront en leur
faveur et les "sauveront" de la
contre-révolution impérialiste et de toutes
ses conséquences. ». Effectivement, il
n'y a pas de messianisme « européiste »,
comme il n'y a pas non plus de messianisme «
latino-américaniste », n’est-ce pas :
c’est là, peut-être, le principal
enseignement de Moreno. Dans le cas
contraire, à la conception erronée de Mandel
s'opposerait aujourd'hui une conception, tout
aussi erronée, d'une nouvelle forme de «
tiers-mondisme » et de « campisme ».
En effet, les citations permettent
d'appréhender la méthode employée par
l'auteur cité. Nous ne citons pas les auteurs
marxistes comme les rabbins citent la Thora
ou le Talmud, comme les curés et pasteurs
citent la Bible, comme les imams citent le
Coran ou les hadiths. Une citation n'est pas
un article de foi auquel il faudrait, sans
discussion possible, se soumettre. La
discussion prendrait sinon un tour
théologique, et l'ensemble du
raisonnement deviendrait analogique, très
formel, non dialectique (au sens
marxiste de ce terme) : les citations
serviraient, alors, d'incantations aux mannes
des ancêtres, supposés infaillibles ! Les
incantations, nous le savons tous, ayant pour
double fonction de renforcer la cohésion du
groupe et d'éviter soigneusement de discuter
sur le fond. Surtout quand l'autorité «
indiscutable », en l’occurrence le
camarade Moreno, cité à longueur de pages
dans votre lettre du 19 février 2009, n'est
plus là pour approuver ou réfuter ce que
nous, GSI ou direction de la LIT-QI,
disons.
Quand (vingt ans après la chute du
Mur de Berlin, avec le déluge opportuniste
consécutif), le rédacteur de votre réponse
affirme que cette polémique « nous permet
d'effectuer un débat théorique pour nous
réarmer programmatiquement. », il
n'imagine peut-être pas à quel point ce
réarmement est nécessaire pour se
réapproprier l'héritage de tout le marxisme
révolutionnaire, apport de Moreno
compris...
Sur le fond
1- Nous sommes
d'accord...
Citons d’emblée votre lettre du 19
février 2009, camarades du CEI et du SI : «
Nous commençons par vous dire que ce
débat nous le faisons entre nous-autres qui
sommes d'accord sur la nécessité de détruire
l'État de l'Israël, quelque chose qui
n’est pas avancée ou qui a été
abandonnée par la plus grande partie de la
gauche, y compris par des courants se
réclamant du trotskysme comme le SU. Mais,
après cet accord fondamental, nous trouvons
de grandes divergences dans les positions et
les caractérisations qui se détachent de
votre lettre, et qui exigent une discussion
en profondeur pour intervenir correctement,
et plus encore en ce moment où se produit
cette agression sioniste criminelle dans la
Bande de Gaza. ».
Effectivement, comme vous l'écrivez, nous
sommes d'accord mais nous ne sommes pas
d'accord. Ce désaccord vous l'abordez dans le
point 5 de la lettre (c'est pourquoi nous y
reviendrons au point 5 de notre réponse). A
l'appui de votre démonstration vous citez
beaucoup : vous citez longuement Moreno, mais
vous citez encore plus longuement des auteurs
non marxistes, israéliens ou juifs mais sans
être israéliens. Vous citez même (c'est la
plus longue citation de votre lettre) cette «
auto-incrimination » de Sharon se
revendiquant comme « nazi sioniste » dans une
interview réalisée en 1982 par Amos Oz,
fondateur du mouvement « la paix maintenant
». Considérons donc qu’il s'agissait
bien de Sharon, même si aujourd'hui A. Oz
prétend le contraire
Ajoutons, nous aussi, un argument qui
renforce votre citation, camarades du SI et
du CEI : pour notre part, sans en avoir la
preuve, nous suspectons fortement les
services spéciaux israéliens d'avoir fomenté
quelques attentats antisémites en France, fin
2001 et début 2002 (alors que Sharon était
premier ministre), en appui d'une campagne de
propagande nauséabonde, aide financière à la
clé, pour « convaincre » les juifs de France
de s'installer en Israël. Cette éventualité
est tout à fait dans la logique de
l'interview de Sharon à A. Oz.
En effet, du point de vue sioniste, la
France est, après les USA, le principal
réservoir de candidats (au demeurant
réticents) à l'émigration vers Israël.
Pourtant alors, dans ces attentats, certains
islamistes n'y ont vu que du feu et, dans
leur empressement à assimiler « Juifs » et «
sionistes », ils ont démultiplié les effets
de l'action souterraine du gouvernement
Sharon...
Nous savons bien tout cela, n'est-ce pas.
L'Etat d'Israël est un pays, oui un pays,
c'est un terme générique, il y a des pays de
diverses catégories… Israël est un
pays d'un type très particulier : il est le
résultat du combat d'un mouvement
nationaliste bourgeois qui n'aurait pas pu
aboutir sans l'appui du stalinisme, du
réformisme et surtout des impérialistes
français, anglais et nord-américain,
particulièrement. Accessoirement, ce
mouvement n'aurait pas pu l’emporter
sans l'existence des régimes arabes
corrompus, alliés et vassaux des
impérialistes.
Insistons sur un point. Les mouvements
nationalistes opèrent par séparation (à
l'exemple de l'Islande par rapport au
Danemark), ou par regroupement (comme
l'Italie en 1870), voire par séparation et
puis par regroupement (la république
d'Irlande est restée au milieu du gué, pour
l'instant, puisque « l'Ulster » devrait
l'avoir rejointe).
Le mouvement sioniste a cette
particularité qu'il s'est donné comme
objectif de regrouper, dans un même pays, des
populations dispersées dans plusieurs pays
(impérialistes, colonies ou semi-colonies).
Il lui fallait un territoire pour former cet
Etat, et la seule issue, dans le cadre du
système capitaliste, a fortiori à l'époque de
l'impérialisme, c'était de créer une colonie.
C'est donc dès l'origine un mouvement
extrêmement réactionnaire, d'où sa
condamnation par l'Internationale Communiste
de Lénine et Trotsky. Surtout que les
sionistes, se basant sur une approche
religieuse, ont décidé que cette colonie
serait le territoire occupé par les Hébreux
de l'Antiquité, d'après des sources
historiques ou religieuses : du Nil à
l'Euphrate !
Dans ce but, le sionisme a collaboré (ou
cherché à collaborer) avec toutes les
puissances impérialistes (Russie du Tsar,
Allemagne des Hohenzollern, Empire
britannique, République française, Empire
ottoman) ; il a parlementé avec des féodaux
arabes (Accords Weizmann-Fayçal ibn Hussein
de 3 janvier 1919).
Le courant héritier du sionisme
révisionniste de Z. Jabotinsky (ce Z.
Jabotinsky que le social démocrate Ben
Gourion appelait « Vladimir Hitler »),
l'Irgoun, a même proposé par l'entremise d'I.
Shamir, le 11 janvier 1941, un pacte en bonne
et due forme à l'Allemagne nazie, en quelque
sorte un équivalent de la « déclaration
Balfour » de l'Angleterre. Pacte connu sous
le nom de « Texte d'Ankara »
(L'histoire cachée du
sionisme, p. 71, R.
Schoenman, SELIO, Paris, juin 1988, pour
l'édition française).
SELIO est la maison d'édition des
lambertistes, vous le savez, n'est-ce pas ?
Pour notre part, la version originale de cet
ouvrage, en anglais, ayant été publié en
février 1988 par Socialist Action,
l'organisation lambertiste aux USA, nous
savons depuis longtemps qui sont M. Begin, I.
Shamir et bien d'autres. Or, ce livre,
pourtant pas tout récent, semble avoir été
une « révélation » (récente ?) pour certains
militants de la LIT-QI., et il serait ainsi
devenu leur livre de chevet, leur Bible, leur
Saint-Graal : enfin, la preuve ultime de ce
que Moreno affirmait, bien imprudemment, en
1985 ! Mais le cheval est tellement beau que
le cavalier, dans sa fougue à vouloir
l'enfourcher, pourrait bien retomber de
l'autre côté de la monture.
Vous en appelez à Einstein et à beaucoup
d'autres, que vous citez ou non, qui auraient
qualifié de fasciste « le parti de Begin »,
ou de « nazi » l'Etat d'Israël, ou au moins
comparé leurs méthodes avec celles des nazis.
Bien. Tout cela nous le savons depuis
longtemps, camarades du CEI et du SI, et la
discussion ne porte donc pas là-dessus. La
discussion porte sur les critères qui
permettraient ou non d'affirmer qu'Israël est
un « Etat nazi ». Or, problème :
votre approche ne part pas d'une
définition de l'état nazi, mais
d'une comparaison des méthodes de
l'Allemagne nazie et d'Israël. Il ne s'agit
pas là d'une analogie formelle ? C'est tout
entier un raisonnement analogique,
anti-dialectique, permettant d'élaborer une
définition et d'étayer une caractérisation
sur la base de cette définition !
Alors, posons-nous cette question : si A.
Einstein, lui-même décédé en 1955, faisait
autorité en la matière, pourquoi Moreno
a-t-il attendu le milieu des années 80 pour
caractériser Israël de « nazi » dans des
conversations, ou dans des textes
polémiques, ou dans une intervention à un
congrès du MAS, ou dans le manifeste de la
LIT-QI ? L'Etat sioniste était depuis sa
fondation dirigé par les réformistes autour
du parti travailliste : est-ce l'accession au
pouvoir du « parti de Begin » au sein de la
coalition du Likoud, en 1977, qui marque un
tournant et change la nature de l'Etat
sioniste en « Etat nazi » ? Ou bien, est-ce
la brutale intervention sioniste au Liban en
1982, lors de laquelle Sharon s'est encore
une fois illustré comme un véritable boucher
? Pourquoi dans ce domaine comme dans
d'autres, en 1985, Moreno a-t-il voulu «
réinventer la roue » ? Nous ne le saurons
pas. En revanche, lorsque nous avons
rejoint la LIT-QI, pourquoi ne nous a-t-on
pas imposé comme condition d'accepter cette
caractérisation si, depuis 1985, elle
constitue un élément essentiel de ce qui fait
la LIT-QI ?
2- Le
raisonnement analogique
« Quand Marx et Engels ont écrit le
Manifeste communiste, ils l’ont rempli
d’analogies avec le passé, ce
qu’après ont fait tous les marxistes.
Nous avons ainsi le terme "prolétaire" que
les fondateurs du marxisme ont utilisé comme
une analogie avec les anciens proletarii de
la Rome impériale, classe sociale la plus
basse et dont l’unique fonction était
d’engendrer des enfants (prole) pour
servir dans l'armée. Trotsky a utilisé des
dizaines d'analogies pour expliquer ses
positions. Rappelons qu’il appelait les
stalinistes des thermidoriens, en référence
au mois de Thermidor qui vit le début de la
contre-révolution française. »,
Écrivez-vous.
Quand Marx rédige le Manifeste communiste,
faute de forger un nouveau terme, il utilise
le mot prolétaire, par analogie avec la plus
basse classe des Citoyens romains, certes,
mais dans sa définition il n'établit pas une
équivalence entre le prolétaire antique d'une
société basée sur l'esclavage et le
prolétaire moderne d'une société basée sur la
propriété privée des moyens de production et
d'échange. De même, quand Trotsky fait
référence à Thermidor, il ne se trompe pas
d'époque, l'analogie permettant, là, de mieux
faire saisir quelles dynamiques sont à
l'oeuvre dans le Thermidor français et dans
le Thermidor soviétique : les groupes sociaux
en présence ne sont pas les mêmes, les bases
de la propriété non plus, le bonapartisme de
Staline n'est pas celui de Napoléon Bonaparte
ni celui Louis Bonaparte.
D'ailleurs, en 1935, revenant sur
l'opposition entre le groupe du centralisme
démocratique et l'opposition de gauche de
1926, à propos du thermidor soviétique,
Trotsky nous met tous en garde : « Pour
répondre à cette question il faut déterminer
exactement ce que les deux groupes
entendaient au juste par "Thermidor": les
analogies historiques permettent diverses
interprétations, et, par cela même, aussi des
abus. » (Léon Trotsky, L'Etat
ouvrier, Thermidor et Bonapartisme,
Oeuvres, Tome 5, 1er février 1935).
Pourtant, vous continuez sur cette
trajectoire erronée : « Une colonie, pour
nous, c’est un état qui n'a pas
d'indépendance, qui est gouverné par une
puissance étrangère ; par conséquent, nous
combattons par sa libération. Ceci n'est pas
le cas d'Israël. Pour nous, il est similaire
à une enclave
coloniale, à savoir, une structure
étrangère insérée dans un pays dépendant ou
semi-colonial. Comme c’est le cas Ceuta
et Melilla ou des Malouines. Dans ces cas-là,
nous ne sommes pas pour l'autodétermination
de leur population mais pour la dévolution de
cette terre à sa nation légitime. Dans le cas
de l'Israël ceci est très clair puisqu'il est
le produit de la transposition d'une
population étrangère en tant que dominatrice
d'une autre, qui n'a pas de droits et qui est
considérée inférieure. » (C’est
nous qui soulignons « similaire à
»).
La semi-colonie du Liban est bien un
vestige de la présence coloniale française,
puissance qui l’a détaché de la Syrie
comme l'Angleterre a créé le Koweït en
amputant l'Irak. Si Tripoli et Saïda, au
Liban, étaient restées sous souveraineté
française, l'analogie avec Ceuta et Melilla
serait évidente et nous serions, alors, pour
la pleine souveraineté libanaise sur ces «
enclaves », le Liban et la Syrie devant
s'unifier. Comme nous sommes pour le retour
de Ceuta et Melilla au Maroc.
Nous sommes également favorables à la
fermeture des bases militaires françaises en
Afrique et ailleurs, comme nous sommes pour
la fermeture du la base US de Guantánamo.
Cela signifie que nous sommes pour le départ
des troupes et personnels qui forment la
seule « population » de ces bases. Nous
sommes, ainsi, pour que ces territoires
retournent à la souveraineté de leur pays
respectif. Si les peuples cubain, ivoirien,
sénégalais, etc. choisissent la voie des
armes pour en finir avec ces bases
militaires, même si ces implantations avaient
été approuvées par leur gouvernement « légal
» respectif (Castro, Gbagbo, Wade, etc.),
nous appuierons ces peuples.
Il va également de soi que l'Argentine
doit prendre possession de l'archipel des
Malvinas. Ses habitants devront alors
choisir, individuellement, entre devenir
argentin ou rester anglais, avec toutes les
conséquences propres à la législation
argentine : il ne s'agit pas d'une
autodétermination, n'est-ce pas, et le
gouvernement argentin peut également décider
d'expulser tout le monde...
« Dans ces cas-là (Ceuta et
Melilla, les Malvinas et, si nous avons bien
saisi, Guantánamo), nous ne sommes pas
pour l'autodétermination de leur population
mais pour la dévolution de cette terre à sa
nation légitime. Dans le cas de l'Israël ceci
est très clair puisqu'il est le produit de la
transposition d'une population étrangère en
tant que dominatrice d'une autre, qui n'a pas
de droits et qui est considérée
inférieure. ». Vous introduisez une
ambiguïté : quelle est la « nation légitime »
à laquelle devrait être dévolue l'actuel
Israël ? Est-ce une Palestine laïque
démocratique et non raciste dans ses
frontières historiques, disons de la
Méditerranée au Jourdain, ou la « nation
arabe », ou bien « l'Oumma des Croyants » ?
La réponse apparaîtra, elle aussi, au point
5...
Cependant, si Israël est une
enclave « étrangère », comme vous
l’écrivez, c'est une enclave de quel
Etat précisément ? Ceuta et Melilla
sont des enclaves coloniales de l'Etat
espagnol, clairement identifié. Israël est un
état, doté de toutes les institutions
étatiques, formellement indépendant bien que
sous perfusion de l'impérialisme US
essentiellement, sous perfusion financière et
militaire. Sans ces aides, cet état n'aurait
pas pu naître ; et sans ces aides, il
s’effondrerait. Ce pays peut donc être
défini comme un état colonial, dirigé par des
colons qui ont usurpé la terre par la force,
soumission, expulsion et massacre des
populations locales, avec l'aide de
puissances étrangères, puissances dont il
constitue une sorte d'« enclave coloniale »,
nous pouvons le concéder. Alors, pourquoi ne
pas affirmer qu'il est une « enclave
coloniale des Etats-Unis d'Amérique » ou d'un
supposé « impérialisme européen » ?
Nous devons aborder maintenant ce qu'il
faut bien appeler un argument de mauvaise
foi. « Vous n'incluez pas dans
cette liste (souligné par le
GSI) un autre aspect, que nous ne
considérons pas secondaire : la politique de
génocide. » écrivez-vous. Et
pour cause, puisque nous consacrons six
paragraphes de notre lettre du 5 janvier à
cette question qui est, effectivement,
essentielle au regard de votre
caractérisation.
Au long de ces six paragraphes, nous
amenons sur le banc des accusés la République
française qui a armé, financé et entraîné les
milices « interahamwé ». Nous y amenons aussi
secondairement, et comme complice
d'impérialisme français, le Royaume de
Belgique. Sur le banc des victimes, nous
plaçons les peuples Rwandais et Congolais.
Mais que requiert le procureur, au nom du SI
et du CEI, contre ces génocidaires-là ? Rien
! L'analogie serait-elle si grosse qu'elle ne
fonctionne plus ? Le procureur utilise
pourtant bien la qualification de génocide
telle que définie par l'ONU dans sa
convention de 1948 : « race », « ethnie », «
religion », « groupe »… Mais pourquoi
n'aborde-t-il pas cette question ?
Certes, c’est plutôt le SU que nous
avons été habitués à voir invoquer les
définitions de l'ONU. Et certes, nous
reconnaissons que pour un marxiste définir ce
qu'on entend par « race » ou « ethnie »
s’avère plutôt ardu. L'expérience,
parmi d’autres, en ex-Yougoslavie,
singulièrement la Bosnie-Herzégovine, a
montré dans quelles ornières on pouvait se
trouver enlisés à aller sur cette voie. C'est
bien pour cela que, dans son ouvrage
essentiel, Lénine parle de « la révolution
socialiste et du droit des nations
(concept politique) à disposer d'elles-mêmes
».
Trotski utilise aussi le mot
peuple (plus « culturel »
dirons-nous, basé sur le fait de « vouloir
vivre ensemble », mais aucunement en
contradiction avec l'approche de Lénine).
Pour préciser notre conception, nous devons
dire, en accord avec bien des scientifiques
(S. J. Gould, par exemple) que l'homo sapiens
n'est pas une espèce assez ancienne pour
s'être subdivisée en « races ». Aussi, ce
terme et celui d'« ethnie » (subdivision
d'une « race » ?) doivent être bannis de
notre langage.
A ce stade, conformément à votre
caractérisation, voici ce qu’aurait dû
dire le procureur, au nom du CEI et du SI : «
ont commis ou laissé commettre un génocide,
et donc sont des Etats nazis, le
Royaume de Belgique (Rwanda), la République
française (Algérie, Rwanda, Congo, Madagascar
etc.), le Pérou de Fujimori (pour la
stérilisation forcée des populations
amérindiennes), la Turquie, héritière de
l'Empire ottoman (pour le massacre de masse
et la déportation des Arméniens en 1915), et
etc., etc. ».
Voyez-vous, camarades, à coup de
raisonnements analogiques et
sur la base d'un flou quant aux concepts
utilisés, on peut soutenir n'importe quelle
thèse : « ils se comportent comme [les
nazis] » et donc «
ils sont [des nazis] ».
|
Vous retrouvez là, camarades
du SI et du CEI, toute la différence
entre l'analogie qui peut être un
aspect de la propagande, ou même celle qui
peut faciliter la compréhension des lois de
l'histoire, et le raisonnement
analogique qui conclut à des
caractérisations à partir de
comparaisons ; nous persistons.
3- Fascisme et
nazisme...
Ce qui pose problème, camarades du CEI et
du SI, c'est que vos sophismes sont «
élaborés » à partir de citations de Moreno,
en 1985. Ainsi : « Moreno estimait que
les méthodes du nazisme seraient la seule
voie de survie du capitalisme. De là son
soutien à la consigne de Socialisme ou de
Barbarie. Et les signes de la Barbarie (soit,
du recul à une époque d’avant la
civilisation) nous les rencontrons chaque
jour de façon plus évidente. Le génocide de
la population palestinienne en est le plus
actuel et sanglant. », Et encore : « En ce
sens l'étude du nazisme est passionnante. Le
phénomène d’Hitler n'a pas été étudié à
fond par les marxistes. ».
Les « méthodes du nazisme », nous y
reviendrons... Mais sur « le phénomène
d'Hitler », nous comprenons fort bien
la difficulté pour Moreno, en 1985, d'accéder
à certains textes de Trotsky, à plus forte
raison dans une version en castillan.
Beaucoup de ces textes n'ont été accessibles,
aux chercheurs et aux militants, qu'à partir
du 2 janvier 1980, lors de l'ouverture des «
papiers d'exils » déposés à la Houghton
Library de l'Université de Harvard.
C'est seulement à partir du Tome 8, paru au
second trimestre de 1980, que des textes
issus de ce fonds documentaire ont pu être
incorporés aux Oeuvres de Trotsky
publiées en Français grâce au travail
infatigable de P. Broué.
Cependant, ces citations renvoient
exactement au problème soulevé par
l'introduction du Correo n°143. Pourquoi ce
qui est si facile à définir, froidement et
justement, quand il s'agit de la Media Luna
en Bolivie, ne l'est pas avec l'Etat sioniste
? Comme le rappelle fort justement le Correo
n°143 (Qu'est-ce que le fascisme, et
comment le combattre ?) : « Cette
généralisation abusive, entamée par le
stalinisme pendant la période où est apparu
le fascisme européen (les années 1920 et
1930), empêche de comprendre et d'étudier les
véritables caractéristiques de ces processus
et, par conséquent, de proposer les
politiques et les méthodes adéquates pour les
combattre.
Pourtant ce que nous tirons de la lecture
de Trotsky, c'est que le fascisme est le
résultat de la défaite du prolétariat dans le
cas où ce dernier s'avérerait incapable de
prendre le pouvoir ; le fascisme est le
résultat de l'écrasement du prolétariat. Il
ne se manifeste pas de la même façon dans les
pays coloniaux et semi-coloniaux, où il
serait plutôt une forme de bonapartisme
penchant sur sa droite, se ralliant à
l'impérialisme dominant, et dans les pays
impérialistes. Et, encore là, Trotsky
discerne pour ces pays entre les variantes
mussolinienne, franquiste ou salazariste.
Pourquoi, même en 1940, le régime de
Pétain qui apparaît dans une puissance
impérialiste n'est-il, selon Trotsky, qu'un «
bonapartisme sénile »
particulièrement instable ? Parce qu'il est
le résultat de la désorientation de la classe
ouvrière française, face à l'annonce du pacte
germano-soviétique et d'une défaite
militaire, au sein d'une puissance
impérialiste aux premiers mois de la guerre
(Oeuvres, Tome 24, p.366-367 – Il
s'agit des notes du dictaphone de Trotsky
transcrites après son assassinat). Cela ne
préjuge pas, bien entendu, de l'évolution
ultérieure de ce « bonapartisme
sénile ».
Le nazisme, lui, est une forme
spécifique du fascisme dans un pays
impérialiste avancé, industriel, parvenu au
plus haut degré de culture avant que la
catastrophe s'abatte sur le
prolétariat. La victoire du fascisme
en Angleterre et, a fortiori, aux USA aurait
donné lieu, dans ces pays, à un régime de
type nazi.
Sur les méthodes des nazis, sur les
méthodes de la « guerre contre une race »,
pour vous citer, voici ce qu'en dit
Trotsky... en 1933 déjà : « Pour élever
la nation au-dessus de l'histoire, on lui
donne le soutien de la race. L'histoire est
vue comme une émanation de la race. Les
qualités de la race sont construites
indépendamment des conditions sociales
changeantes. Rejetant " la pensée économique
" comme vile, le national-socialisme descend
un étage plus bas : du matérialisme
économique il passe au matérialisme
zoologique. » (...) « Dans le
domaine de l'économie contemporaine,
internationale par ses liens, impersonnelle
dans ses méthodes, le principe de race semble
sorti d'un cimetière moyenâgeux. Les nazis
font par avance des concessions : la pureté
de la race qui se contente d'un passeport
dans le royaume de l'esprit, doit surtout
prouver son savoir-faire dans le domaine
économique. Cela signifie dans les conditions
actuelles : être compétitif. Le racisme,
débarrassé des libertés politiques, revient
au libéralisme économique par la porte de
derrière. » (...) « Pratiquement, le
nationalisme en économie se réduit à des
explosions d'antisémitisme impuissantes,
malgré toute leur brutalité. Les nazis
éloignent du système économique actuel, comme
une force impure, le capital usurier ou
bancaire : la bourgeoisie juive occupe
précisément dans cette sphère, comme chacun
sait, une place importante. Tout en se
prosternant devant le capitalisme dans son
entier, le petit bourgeois déclare la guerre
à l'esprit mauvais de lucre, personnifié par
le juif polonais au manteau long et, bien
souvent, sans un sou en poche. Le pogrome
devient la preuve supérieure de la
supériorité raciale. ». Vous nous
pardonnerez cette longue citation extraite de
Comment vaincre le fascisme - Qu'est-ce
que le national socialisme ? Ce dernier
passage, surtout, est limpide à propos de la
nature de classe de la «
guerre contre une race », en l'occurrence de
l'antisémitisme du nazisme. Est-il nécessaire
de réinventer la roue dans ce domaine ?
Non.
A l'aune des définitions léguées par
Trotsky, c'est un peu fort de définir à la
fois l'Etat d'Israël comme une enclave
coloniale de l'impérialisme - qui vit sous
perfusion financière de l'impérialisme avec
son appui militaire indispensable - et de
qualifier cet état de nazi comme s'il
s'agissait d'une puissance impérialiste de
premier plan, à l'égal des USA, du Japon, du
Royaume-uni, de l'Allemagne ou de la France.
C'est pour tenter de surmonter cette
contradiction que, dans votre texte,
l'analogie entre le comportement des
sionistes et celui des nazis est mise en
avant. Nous le répétons, nombre d'auteurs non
marxistes, y compris en Israël, ont eu
recours à cette comparaison ; cela n'en fait
pas pour autant un critère marxiste.
Quand nous abordons la question du
génocide, et donc sa définition, nous
demandons quelle est votre position à propos
du Rwanda pour lequel nous mettons en cause
notre propre impérialisme ; nous attendons
toujours votre réponse ! Nous réitérons notre
question : au lendemain du 6 avril 1994, en
quelques mois, le « gouvernement intérimaire
provisoire » va s'y livrer à ce que le «
droit international » appelle un
génocide : 800 000 habitants sur 5
millions sont assassinés à la machette, à la
grenade, au fusil-mitrailleur, près d'un
habitant sur cinq, sur des critères
ethniques. L'Etat Rwandais, petit état
semi-colonial d'Afrique centrale, était-il un
état nazi du seul fait qu'il ait perpétré un
génocide ?
L'état belge, accessoirement, et
l'impérialisme français, surtout (par
l'armement et l'entraînement des milices,
puis par la protection des paramilitaires
littéralement exfiltrés vers le Zaïre
voisin), sont-ils des états nazis du seul
fait qu'ils ont, au minimum, « couvert »
l'action des génocidaires ?
Vous ne répondez pas à ces
questions. Votre analogie ne
fonctionne plus dans ce cas ? Quelle est
votre définition du génocide ? Celle de l'ONU
? Ou bien, peut-être, n'y a-t-il pas eu de
génocide au Rwanda, selon vos critères ? Ou
bien, tout simplement, le Rwanda et plus
largement l'Afrique ne vous intéressent
pas... ?
Poussons le raisonnement. Si
l'Etat sioniste était un « état nazi »,
conformément aux définitions de Trotsky, il
n'aurait toléré un seul instant que des
non-juifs soient « Citoyens » d'Israël, ne
serait-ce que de second ordre (comme les
Druzes, astreints au service militaire), ou
de troisième ordre (comme les Arabes
-musulmans ou chrétiens- qui forment plus de
20% de la population) : un tel Etat aurait
exterminés les non-juifs jusqu'au dernier ;
il aurait commencé par eux, les « pacifistes
» auraient suivi le même chemin, de même que
les secteurs sionistes les plus « modérés
».
Puisque vous goûtez le procédé, allons
jusqu'au bout du raisonnement analogique. Si
Israël, enclave coloniale, est un « Etat nazi
», cela signifie que la « métropole » dont
cette enclave coloniale dépend, les USA, est
elle-même un « Etat nazi »... Serait-il
minuit dans le siècle, camarades du
SI et du CEI ?
A force d'utiliser à longueur d'articles,
et pas seulement à propos de la Palestine,
les termes de « génocide » et de «
génocidaire », peut-être seriez-vous bien en
peine maintenant de définir ce que vous
entendez par là... Si le « génocide » est
quelque chose de si banal, de si répandu,
alors le monde et chaque pays seraient-ils
sous la domination du nazisme ? Sur la base
de cette petite phrase de Moreno, prise au
pied de la lettre, « là où il y a
capitalisme, le nazisme est tout près »,
et sur la base du raisonnement analogique, on
retombe justement dans le travers dénoncé par
l'introduction du Correo n°143.
4- La raison de
fond.
Dès lors, le débat est biaisé : nous
sommes maintenant mis en demeure d'admettre
des arguments concernant l'Histadrout, que
nous connaissons depuis fort longtemps, à
propos de son caractère raciste avéré. Cette
« centrale syndicale » a inscrit depuis ses
origines l'exclusivité juive, elle revendique
que l'emploi salarié soit réservé aux seuls
Juifs, ce que nous savons. Mais,
donc, (raisonnement analogique) tous
les travailleurs juifs d'Israël sont des
racistes et des chauvins. Et si nous
ne nous alignons pas sur la caractérisation
d'Israël « Etat nazi », et si nous osons
formuler une orientation à propos de
l'Histadrout, pour un travail dans et contre
l'Histadrout - comme des trotskystes ont mené
le combat dans et contre des syndicats
non-socialistes, chrétiens ou même fascistes
-, nous pourrions être qualifiés de sionistes
?
Penchons-nous donc sur les effets
dévastateurs du chauvinisme de la
bureaucratie sur les syndicats des pays «
capitalistes, donc proches du
nazisme ». Certes, ces syndicats
n'inscrivent pas toujours la préférence
nationale ou la ségrégation raciale dans
leurs statuts, mais ils la pratiquent dans
leurs rangs. Aux USA, c'en est caricatural :
pour exercer certaines professions «
syndiquées » il faut, non seulement avoir la
nationalité américaine, mais aussi être un «
bon américain », white, anglo-saxon and
protestant.
En France, quand des « syndicats »
revendiquent avec les staliniens de «
fabriquer français », quand ils réclament le
retour « au pays » des productions
délocalisées chez les sauvages de Slovénie ou
de Roumanie, ils font de même. Aux USA, en
France et, soit dit en passant, en
Andalousie, nous combattons le chauvinisme et
le racisme dans les syndicats, nous
combattons pour arracher les syndicats des
mains des bureaucrates inféodés à la défense
du capitalisme et intégrés, à divers degrés,
à l'appareil d'Etat. C'est d'ailleurs sur la
base d'un tel travail, mené dans les
syndicats de la dictature, que nos camarades
brésiliens ont abouti à ce formidable pas en
avant qu'a été alors la CUT.
Comme marxistes, nous devons avoir, bien
entendu, un mot d'ordre pour les travailleurs
juifs d'Israël pour ce qui est de
l'organisation syndicale, nous devons avancer
la destruction de l'Histadrout comme une
condition pour l'unification de la classe
ouvrière - arabe et juive -, car l'Histadrout
est un obstacle essentiel. Discutons de cela
ou d'un autre mot d'ordre si vous avez une
proposition précise. Ou bien estimez-vous, en
contradiction avec toute l'expérience
marxiste, que ce n'est pas la peine de
formuler une telle revendication, que c'est
peine perdue pour les travailleurs juifs
d'Israël et, à moins de leur faire admettre
qu'Israël est en « Etat nazi », c'est peine
perdue pour les travailleurs juifs du monde
entier ? Quelle est votre conclusion : « tuez
les tous, Dieu reconnaîtra les siens » ?
Toute votre « démonstration »
n'est en fait qu'une diversion pour ne pas
avoir à reconnaître que la démarche qui
aboutit à la définition d'Israël comme « Etat
nazi » est basée sur un raisonnement
analogique, antidialectique, très peu
matérialiste, à partir essentiellement de
formulations polémiques vieilles de vingt
ans, en l'absence de textes rendus
disponibles depuis.
Contradiction encore, cette «
démonstration », votre lettre du 19 février,
alterne « Etat nazi » et « Etat nazi-sioniste
», quand le Correo 139, lui-même, fait
référence plusieurs fois à l'« Etat sioniste
». Ce qui ne vous empêche pas de nous écrire
que, depuis 1985, le débat a été tranché en
faveur d'une caractérisation, celle d'« Etat
nazi » ! Allez-vous, enfin, vous décider à
choisir parmi ces trois versions ? Quelle est
donc votre caractérisation de l'Etat sioniste
d'Israël ?
5- Nous n'avons
pas le même mot d'ordre
Pour résumer, à ce stade, nous sommes
d'accord sur le mot d'ordre de la destruction
de l'Etat d'Israël, mais nous ne sommes pas
d'accord sur le contenu que nous mettons dans
ce mot d'ordre ni dans les mots d'ordre
transitoires concernant la Palestine laïque,
démocratique et non raciste en relation avec
la question du socialisme.
Vous écrivez : « Cette définition
[celle du GSI, donc] nous semble sectaire
parce qu'elle exige des masses arabes
palestiniennes que, pour récupérer leur
terre, elles deviennent socialistes. La tâche
du peuple palestinien est de se libérer du
joug oppresseur du sionisme, ce qui est une
tâche démocratique. C’est une chose
que, révolutionnaires prolétariens, nous
sachions et expliquions que la libération
nationale ultime ne sera obtenue
qu’avec le socialisme, c’en est
une autre de [savoir, NDT] quelle
consigne pourra le mieux exprimer cette
nécessité. »
Commençons par quelques rappels. En
fondant l'Etat d'Israël, les sionistes n'ont
pas réglé la question juive en Europe, ils
ont créé un piège pour les juifs en
Palestine, et un instrument de l'impérialisme
pour dominer la région stratégique du Proche
et du Moyen-Orient.
La question juive n'a pas de solution dans
le cadre du capitalisme, Trotsky à beaucoup
écrit sur cela, A. Léon aussi... Y compris à
propos du « Birobidjan », créé par Staline en
Extrême-Orient, Trotsky est limpide : «
l'URSS seule serait encore trop pauvre
pour résoudre sa propre question juive, même
sous un régime beaucoup plus socialiste que
le régime actuel. La question juive, je le
répète, est indissolublement liée à
l'émancipation totale de l'humanité ».
(Le 18 janvier 1937). L'impérialisme, lui,
avait deux fers au feu : Auschwitz et Israël
; l'extermination ou le déplacement forcé,
pour imposer une colonisation de la
Palestine.
La création de l'Etat d'Israël, sur les
cendres d'Auschwitz et sur les cadavres de
Deir Yassine, a donc fait surgir une nouvelle
question nationale, au centre du nationalisme
arabe : la question palestinienne.
L'organisation nationaliste bourgeoise
d'inspiration nassériste, le Fatah, est
parvenue à rassembler la quasi-totalité des
factions politiques palestiniennes, au sein
de l'OLP, sur la base d'une charte proclamant
la volonté de détruire l'Etat d'Israël et
d'édifier une Palestine laïque, démocratique
et non raciste. C'est cette charte que
l'Egyptien de naissance, Y. Arafat, a déclaré
« caduque ».
C'est bien ce cheminement historique qui
fait que, les trotskystes que nous sommes,
reprenons ce mot d'ordre : une Palestine ou
Arabes et Juifs pourraient vivre ensemble à
égalité de droits dans le respect de leurs
croyances, sur la base « un homme ou une
femme, une voix ». Cependant, la définition
de la laïcité fait parfois débat.
Précisons que, pour nous, la laïcité est
un principe politique qui s'appuie sur la
liberté de conscience. La liberté de
conscience est un concept large qui inclut la
liberté religieuse, l'agnosticisme et
l'athéisme (la « liberté religieuse », elle,
exclut l’agnosticisme et
l’athéisme ce qui en fait en réalité
une obligation religieuse avec, pour seule
liberté, le choix d’une religion). Sur
le plan politique, la liberté de conscience
se traduit par la laïcité, la stricte
séparation des institutions religieuses et de
l'Etat. Mais nous sommes certainement
d'accord sur ce point, n'est-ce pas, à moins
de considérer que cette approche est
réactionnaire…
Maintenant, est-ce que nous pouvons nous
en remettre à un éventuel renouveau du
nationalisme arabe (qui s'est effondré avec
le stalinisme) ou à l'islamisme radical pour
détruire l'Etat sioniste ? Nous savons bien
que non. Ce sont des mouvements nationalistes
bourgeois qui sont près à capituler dès que
l'occasion se présentera, le Fatah en est la
preuve éclatante, et il suffit de se pencher
sur les origines du Hamas ou du Jihad
Islamique pour s’en convaincre,
utilisés dans les années 80 par les sionistes
pour affaiblir, diviser, l'OLP et tenter de
liquider le FPLP.
D'ailleurs, lors de la dernière agression
sioniste au Liban - soldée par une défaite du
sionisme - le Hamas est resté très discret ;
de même, pendant l'agression sioniste à Gaza,
le Hezbollah n'a pas brillé par son action
militaire en soutien du Hamas, n'est-ce pas
?
Alors, devrait-on miser sur la
stabilisation d'un Etat palestinien, même
très faible, même cantonné à Gaza, même sous
le régime de la Charia, en espérant qu'il se
renforce et parvienne à s'attaquer
victorieusement à l'Etat sioniste ? Nous
pensons que non. Quel est votre avis,
camarades du CEI et du SI ? Devrions-nous
nous prononcer, même temporairement, pour
deux Etats, l'un juif, l'autre «
arabo-musulman » ?
Maintenant, à propos de ce vous appelez
notre « petite rallonge :
"c’est-à-dire socialiste" ». Oui,
camarades, à plus forte raison aujourd'hui,
nous devons saisir toutes les occasions
d'expliquer que la satisfaction des
revendications démocratiques bourgeoises, ou
la préservation des acquis démocratiques
bourgeois, nécessitent de s'engager dans la
lutte pour la révolution socialiste.
Le retour des réfugiés en Palestine
libérée, devrait-il se faire sur la base de
la collectivisation de la terre ou en rendant
les domaines agricoles aux descendants des
féodaux arabes d'avant 1948 ? Dans
les nations opprimées, la question nationale
est dialectiquement liée à la lutte pour le
socialisme. Vous écrivez que nous sommes
d'accord « entre nous » sur le lien entre la
revendication nationale et le
socialisme… Mais pourquoi ne pas
l'expliquer aux travailleurs palestiniens
?
Car c'est vrai pour la question nationale
palestinienne, comme c'est toujours vrai pour
la question juive : elles n'ont pas de
solution dans le cadre du capitalisme
pourrissant. La crise structurelle du
système capitaliste que nous sommes en train
de vivre, nous donne non seulement
l'opportunité mais aussi la responsabilité,
l'obligation, de mettre en avant des mots
d'ordres en relation avec le renversement du
système capitaliste, et d'ouvrir la
perspective d'un système basé sur la
propriété collective des moyens de production
et d'échange.
Sur la caractérisation de l'Etat d'Israël,
il suffit de lire, au fil des années, la
presse de la LIT-QI et de ses sections
nationales pour se convaincre que la
caractérisation de l'Etat d'Israël comme un «
Etat nazi » n'est pas celle de toute la
LIT-QI. Et c'est bien pour cela que cette
caractérisation ne nous a jamais été «
imposée » comme condition pour adhérer à la
LIT-QI. Elle est pourtant venue
subrepticement au premier plan dans le Correo
136, sous l'axe de la comparaison du
comportement des sionistes avec celui des
nazis (ce que nous pourrions admettre dans un
but de propagande).
Avec le Correo 139, sur la base de cette
comparaison, on passe à une
caractérisation! Ce qui commença à
nous alerter, la déclaration du 29 décembre
2008 ayant enfoncé le clou. Pour le
GSI, ou il y a un glissement qu'il faut
rectifier, ou bien une ligne est en train de
s'imposer, sans discussion ; une ligne fausse
de surcroît. Et là, ce n'est plus la même
chose.
Par ailleurs, le combat pour le socialisme
en relation avec la question nationale
palestinienne ne semble pas si absurde que
cela, par exemple, aux camarades de la
section italienne, le PdAC, dans leur article
du 28 février à propos des élections en
Israël : « Encore une fois, pour une
Palestine libre, laïque et socialiste !
».
Pourquoi, à plus forte raison dans ce
contexte, le mot d'ordre des Etats-Unis
Socialistes d'Europe ou d'Amérique latine
seraient-ils appropriés et pas celui
d'Etats-Unis Socialistes du Proche et du
Moyen-Orient ?
En effet, dans le cas d'une
enclave coloniale, vous écrivez, fort
justement, que celle-ci doit être «
dévolue à sa nation légitime ». Mais
quelle est donc la « nation légitime » à
laquelle devrait être dévolue l'actuel
Israël, « similaire à une enclave
coloniale » : la Palestine laïque
démocratique et non raciste dans ses
frontières historiques, disons de la
Méditerranée au Jourdain ? La Transjordanie
du mandat britannique ? La « Nation arabe » ?
Ou bien « l'Oumma des Croyants » ? A moins
que la CisJordanie ne doive être rétrocédée
au Royaume jordanien, et la bande de Gaza à
la République arabe d'Egypte...
Camarades du SI et du CEI, remémorons-nous
ceci : la « question nationale
palestinienne » est née avec la fondation de
l'Etat d'Israël. Auparavant, il y a
une « question arabe » en relation avec le
pourrissement de l'Empire ottoman, question
arabe qui a été instrumentalisée par les
impérialistes français et anglais, et dont le
résultat fut la scandaleuse conférence de San
Remo en 1920. Il y a également une question
juive en Europe, et à laquelle les sionistes
prétendent apporter une « solution » en «
Palestine » sous couvert du colonisateur
anglais, à partir de 1917 (Déclaration
Balfour).
Mais voilà, dans nombre de textes de la
LIT-QI on utilise alternativement, et sans
discernement, les termes « arabe » et «
musulman » comme si ces termes recouvraient
la même réalité : or, tous les Arabes ne sont
pas musulmans (il y a des Arabes chrétiens,
de rites très divers, y compris en Palestine,
pour ne pas parler de l'Irak, de l'Egypte,
etc., il y a même des Arabes athées...). Tous
les musulmans, vous vous en doutez, ne sont
pas arabes (les Turcs, Kurdes, Iraniens,
Indiens, Indonésiens, Hui en Chine, et etc.,
etc.), y compris dans le Maghreb, où il y a
les Kabyles, qui ne sont pas arabes (et
parfois même pas musulmans).
Maintenant, quand vous utilisez le terme «
musulman », faites-vous référence aux
Sunnites du Hamas ? Ou aux Chiites du
Hezbollah (alliés au Liban à un secteur «
chrétien », celui du célèbre général Michel
Aoun) ? Ou bien faites-vous référence aux
Ismaéliens (une branche du chiisme) ? Ou
éventuellement aux Druzes, une branche
particulière des Ismaéliens ?
Pour nous, il est clair que la destruction
de l'Etat d'Israël doit aboutir à une
Palestine laïque, démocratique et non
raciste, mais nous savons que seule la
révolution socialiste peut mettre à terre le
système de domination impérialiste, qui est
en contradiction permanente avec le droit des
nations opprimées à disposer d'elles-mêmes.
Devant la revendication
d'indépendance des nations opprimées, nous
devons affirmer une politique d'indépendance
de classe, et celle-ci ne peut se défendre
que dans la perspective du socialisme. Nous
savons également que la révolution
palestinienne est un danger mortel pour les
courants profondément attachés à la défense
de l'ordre bourgeois, qu'il s'agisse du
panarabisme ou de l'islamisme radical : nous
devons donc développer une politique en
relation avec cette
caractérisation.
6- Un problème
de méthode.
Outre qu'elle constitue une vaste
diversion, et qu'elle nous accuse à mots
couverts d'être pro-sionistes -ce qui
constitue un amalgame-, votre lettre,
camarades du CEI et du SI, nous accuse
d'avoir falsifié un document public de la
LIT-QI et, en conséquence, elle nous
menace : « Dans le passé nous
avons eu déjà ce problème avec d'autres
sections qui, pour des différences
politiques, n'ont pas publié une déclaration
de la LIT, ou alors elles l'ont changée. Le
premier cas est un problème grave de
non-respect du centralisme démocratique,
c’est une question anti-statutaire.
Quant au second cas, nous le considérons
encore pire parce qu'il revient à altérer la
position officielle de la LIT et, par
conséquent, à publier une déclaration
différente comme si elle était celle de la
LIT. »
A propos du centralisme démocratique, nous
sommes pour ainsi dire « vaccinés » contre ce
genre de « d’argument ». En effet,
c'est une bien curieuse façon d'ouvrir la
discussion que d'avancer une accusation de
rupture du centralisme démocratique : clore
le débat avant même de l'avoir ouvert, est-ce
l'objectif de cette polémique ? Nous ne
saurions l'admettre. Pas plus que nous
ne saurions admettre l'accusation de
falsification.
Nous aurions donc « altéré la position
officielle de la LIT » ? Accusation qui
appelle, à nouveau, cette question à laquelle
vous n'échapperez pas : mais quelle est donc
la position officielle de la LIT-QI à propos
d'Israël, et sur la base de quels critères
marxistes ? Est-ce « Etat sioniste » ? « Etat
nazi » ? Ou bien l'ambiguë « Etat
nazi-sioniste » (dernière formulation et
simple pirouette pour ne pas avoir à prendre
position précisément) ?
Aussi, nous persistons à considérer que,
si la lettre de Pau affirmait bien qu'il ne
devait pas y avoir plusieurs versions d'un
document de la LIT, elle laissait
parfaitement ouverte la question de la
caractérisation de l'Etat d'Israël, pour
ensuite préconiser, sans explication aucune,
de laisser « état nazi ». Dans ce
flou, nous avons fait un choix que nous
assumons : celui de remplacer « état nazi »
par « état sioniste ». Ce fut notre décision
en attendant une clarification et, dans le
même mouvement, nous avons également décidé
de vous saisir, camarades du SI et du CEI,
par notre courrier du 5 janvier. C'est aussi
la raison pour laquelle nous avons décidé de
ne pas publier la déclaration du SI en date
du 7 janvier 2009 (Tout notre
appui à la résistance palestinienne). En
conséquence, nous n'acceptons pas
d'être menacés : quelles « autres sections
dans le passé » ? A quoi devrions-nous nous
attendre ?
Nous n'aurions pas agit ainsi sans une
véritable inquiétude : nous sommes une petite
organisation qui fait face à des tâches
immenses, dans une situation de montée rapide
de la lutte des classes, et nous n'avons pas
de temps à perdre dans des querelles qui
seraient sémantiques ; ou bien à propos de
formulations journalistiques ; ou à propos
d'analogies peut-être développées dans un
seul but de propagande, pour rendre les
questions plus saisissables par de larges
masses.
Non, il s'agit bien de questions sérieuses
: le débat doit se mener sur le fond et au
sein de l'ensemble de la LIT-QI, de façon à
être en capacité de discuter avec d'autres
courants, dans le cadre du projet stratégique
défini lors de notre dernier Congrès
Mondial.
Fraternelles salutations
trotskistes,
Secrétariat du GSI
Paris, le 29 mars 2009
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