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Groupe Socialiste Internationaliste
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Texte présenté par le GSI à la réunion publique organisée par
le groupe Liaisons et le Club République Sociale
le 1er février 2004
Introduction

Le Comité de rédaction de la Lettre de Liaison et le Club République Sociale, qui organisent la réunion d'aujourd'hui, nous ont proposé de faire l'introduction sur la question syndicale, suite à la publication d'un court texte intitulé "le syndicalisme à la croisée des chemins" dans l'Internationaliste, bulletin du Groupe Socialiste Internationaliste. Nous supposerons que les participants ont pris connaissance de cet article repris par la lettre de Liaisons.

Ce texte, qui constitue une première contribution au débat, est rendu nécessaire par les mois de mobilisation du printemps 2003 contre la décentralisation et contre le démantèlement des retraites par répartition et l'obligation que nous avons d'en tirer les leçons. Il complète aussi des documents plus en relation avec l'actualité, publiés dans un numéro antérieur de l'Internationaliste.

Nous posons une question : le syndicalisme est-il à la croisée des chemins ? Et nous répondons : oui. Nous passons en revue quelques éléments qui étayent cette affirmation, mais d'autres pourraient être abordés, les 16 pages de notre bulletin n'y suffiraient pas et, je le répète, il s'agit en premier lieu de provoquer la discussion et d'ouvrir le débat.

Comme nous estimons que le syndicalisme est à la croisée des chemins et qu'il ne faut pas se tromper de route, nous formulons l'ébauche d'une réponse sous l'appellation CUT, centrale unique des travailleurs. Il serait extrêmement prétentieux de notre part d'arriver avec une solution "clé en main".

La somme des questions posées dans les contributions suite à la publication du texte du GSI dans la lettre de Liaison montre que, toutes et tous, nous avons du travail d'abord parce que la liste exhaustive des questions ne suffit pas : ces questions nécessitent des réponses qui devront être élaborées en commun.

Ayons toutefois en tête cette nécessité : que soit sur le plan de l'organisation politique comme sur celui de l'organisation syndicale, la solution ne peut pas être franco-française, c'est la raisons pour laquelle nous l'abordons dans une perspective, au minimum, européenne.

Et puis, n'oublions pas que nous avons à faire un énorme effort de clarification et donc à surmonter les effets négatifs sur notre réflexion de nos origines syndicales marquées par des influences social-chrétiennes, réformistes ou staliniennes.

I./ L'indépendance syndicale.

Pourquoi partir de l'indépendance syndicale  ? Nous aurions pu choisir le taux de syndicalisation, nous reviendrons plus tard sur cet aspect de l'analyse. Tous simplement nous savons toutes et tous ici que l'organisation syndicale ne peut être un tant soit peu efficace que si elle est indépendante.

Efficace dans le sens de la défense des intérêts matériels et moraux, collectifs et individuels de ses adhérents et, au delà, de l'ensemble des travailleurs. Efficace dans le sens défensif comme dans un sens offensif  : conserver les acquis, les améliorer et les étendre.

Indépendante en premier lieu de l'Etat et du patronat. Car les intérêts du patronat, de la bourgeoisie, sont diamétralement et radicalement opposés à ceux de la classe ouvrière. Car l'Etat est le défenseur inconditionnel des intérêts de la classe dominante, en l'occurrence la bourgeoisie.

A./ Le patronat et l'Etat

Or, depuis que le mouvement ouvrier existe, la bourgeoisie a tout mis en oeuvre pour entraver son indépendance. Il en va de même aujourd'hui. Son objectif reste  : détruire les syndicats ou les intégrer. Ne pouvant pas les détruire, dans l'état actuel des rapports de force au plan international, elle cherche à les intégrer.

Le mot "corporatisme" utilisé à tord et à travers entraîne une ambiguïté. Pour Madelin et consort, le fait que les fonctionnaires soient attachés à leur statut relève du corporatisme, idem pour l'attachement à une notion de salaire minimum dans le privé. Pour les bourgeois, ces attitudes vont à l'encontre de "l'intérêt général", c'est-à-dire l'intérêt de la bourgeoisie dans un cadre de concurrence exacerbée.

Pourtant, le corporatisme, le véritable, renvoie à une notion toute autre, héritée de la doctrine sociale de l'Eglise  : la mise en place de corps intermédiaires dans la société, corps regroupant, comme sous l'Ancien régime, ouvriers et patrons au sein de la mêmecorporation, défendant "l'intérêt général".

Ce corporatisme,lecorporatisme a été la base de toutes les réformes institutionnelles réactionnaires depuis Vichy avec sa Charte du Travail et son Sénat "socio-professionnel", en passant par la réforme de de Gaulle en 1969 et toutes les tentatives sous les multiples gouvernements de la Vème République.

Que penser des lois Auroux, présentées en leur temps par la direction de la CGT comme un sommum de l'avancée sociale en lien avec la fameuse - et fumeuse - "démocratie à l'entreprise" ? Ces lois ont servi de cheval de Troie à toute une série de remise en cause d'acquis depuis 20 ans.

Elles ont posé les bases d'une "professionnalisation" de l'action syndicale c'est à dire l'émergence d'une bureaucratie encore plus indépendante de la base syndiquée (quand cette base existe !) mais plus dépendante encore du patron. Une bureaucratie qui tire sa seule légitimité d'avoir les faveurs du CNPF, devenu MEDEF.

Après les Comités d'entreprise d'après la Seconde guerre mondiale, les lois Auroux ont été à l'origine de nombre de structures ou comités "paritaires", tels les CHS-CT, associant patrons et travailleurs, transformant les syndicalistes en techniciens, en experts, de la "chose syndicale".

Oui, la CFDT est la confédération qui est allée le plus loin dans cette direction, et nombre de travailleurs ont été "incités" à y adhérer par la magie du chèque syndical, par exemple, pour prendre l'exemple d'AXA, sur la base de la corruption, de l'opportunisme et du clientélisme.

Ainsi, quand le CNPF a tourné le dos à Bergeron pour faire les yeux doux à Notat, les plus opportunistes de FO ont rejoint la CFDT dont la direction cherchait à créer, sous le vocable de la "recomposition syndicale", un syndicalisme "raisonnable" comprenant les contraintes de l'entreprises pratiquant le "gagnant-gagnant" (un morceau de sucre pour les travailleurs, une tonne pour le patron), résolue à mettre un terme aux "acquis mortifères" -  le mot est de Notat  - qui entravent la compétitivité des entreprises. Les bases étaient là, posées par le syndicalisme chrétien en 1919, "rénové" en 1964.

Dans le même mouvement, la CGT, qui a une origine véritablement ouvrière et socialiste - c'est pourquoi notre analyse ne met pas sur le même plan la CFDT et la CGT du point de vue de son poids et de son influence dans la classe - la CGT, donc, entame son "adaptation". La chute du Mur de Berlin va accélérer les reniements au nom d'une certaine realpolitik : l'organisation syndicale dont le but serait, théoriquement, "l'abolition du salariat par la socialisation des moyens de production et d'échange" cède la place à un syndicalisme de combat et de proposition, la "refondation" du syndicalisme CGT, répond au recentrage CFDT et la "refondation sociale" du MEDEF donne aujoud'hui leur sens véritable à ces évolutions et rapprochements.

Cette "évolution" a été engagée plus tôt en Allemagne ou à peu près à la même époque en Angleterre, en Espagne, en Italie ou au Portugal, en relation avec des forces politiques comme la social-démocratie ou le stalinisme sous sa forme "euro-communiste", en France cette analyse pourrait être faite pour toutes les organisations syndicales à un degré ou à un autre, car les femmes et les hommes qui les composent ou les dirigent ne sont pas des extraterrestres. Elles et ils sont très souvent membres de partis politiques, il ne peut en être autrement.

A contrario "l'apolitisme syndical", simple hypothèse d'école car le mouvement ouvrier ne se développe pas dans un tube à essais stérilisé, "l'apolitisme syndical", donc, ne serait certainement pas une garantie de "pureté" de l'action syndicale car les pressions extérieures réintroduiraient "par la fenêtre" ce qu'on aurait chassé "par la porte".

B./ Les partis

L'organisation syndicale regroupe tous les travailleurs quelles que soient   leurs opinions politique,   philosophique ou religieuse. Cela implique que le droit de tendance soit réel et respecté dans le syndicat. Aucune garantie n'existe en dehors de celles que se donnent les syndiqué(e)s eux-même que leur organisation ne déviera pas de la route qu'ils se sont tracé.

Comme la lutte des classes ne prendra fin que quand il n'y aura plus de classes sociales, même avec les meilleurs statuts, les plus "purs", la seule garantie que nous ayons est la vigilance et la mobilisation permanente contre tout risque de corruption et de bureaucratisation : "L'insurrection n'est pas un état normal ; elle doit être pourtant l'état permanent d'une république". Il ne peut en aller autrement à moins de s'en remettre pour cela à une autorité surnaturelle...

Ainsi, déjà aux balbutiements du mouvement ouvrier, seuls ceux qui avaient une claire conscience politique des enjeux ont été capables de dégager des perspectives en terme d'actionetd'organisation, il n'a pas de génération spontanée. Et bien sûr, même avec la meilleure volonté et la meilleure combativité du monde, celles et ceux qui n'était paspolitiquementarmés ont cédé d'autant plus facilement aux sirènes de la modernité et de ce l'on appelle le "Consensus de Washington".

Comme nous disons entre nous au GSI, "quand le Mur de Berlin s'est effondré, certains ont prix des briques sur le coin de la figure". Cet évènement réellement historique a ouvert une période de décomposition et de recomposition de toutes les représentations politiques et à eu, quasi mécaniquement, un effet comparable sur les organisations syndicales, dans le monde entier.

"Le capitalisme a vaincu", "il est seul à dominer la planète", "il faut se résigner", se disent certains. Conséquences pour eux, sur le plan politique, seule la critique radicale peut faire évoluer le système capitalisme à condition de ne pas chercher à le renverser et à prendre le pouvoir. C'est la mouture "gauche" de l'économie sociale de marché, chère à J. Delors et à beaucoup "d'altermondialistes". Pour les mêmes, sur le plan syndical, seule l'action quotidienne locale -  et radicale aussi  - déconnectée de toute tactique et stratégie à l'échelle nationale et internationale peut permettre de résister au rouleau compresseur.

"Naturellement", le spontanéisme fait son retour avec de nouvelles variantes du vieux syndicalisme révolutionnaire ou même un petit courant "anti-orga." qui sont autant d'attitudes défensives de replis et d'impuissance alors que, justement, il faudrait   être offensif.

L'effondrement du stalinisme donne au mouvement ouvrier les moyens d'envisager sa réorganisation sur de nouveau axes. Les aspects syndicaux et politiques sont liés, car l'existence, ou non, de syndicats puissants, indépendants, de lutte de classe est une question politique de premier ordre. Ce n'est pas l'un puis l'autre, mais les deux en même temps qui avancent de façon dialectiquement liée.

II./ La perspective de la CUT

Il y a plusieurs façon d'aborder la perspective d'une Centrale Unique des Travailleurs. D'emblée écartons celle de la Confédération Européenne des Syndicats (CES) qui vise à fondre dans la même organisation unique ses adhérents dispersés comme en France, en Italie, en Espagne, etc.

Une telle "centrale unique" aboutirait peut être, temporairement, à faire monter le taux de syndicalisation, mais qualitativement elle tendrait à devenir une sorte de "super CFDT". Bien entendu, à moins d'avoir un goût particulièrement prononcé pour la mauvaise caricature, chacune et chacun aura compris que ce n'est pas la conception du GSI.

Dans les pays où existe une centrale unique, une unicité syndicale, liée à l'Histoire, l'Allemagne ou le Royaume-uni, par exemple, cela n'empêche pas leur direction de mener une politique d'accompagnement des revendications patronales ou même leur cogestion. Il n'y a pas de lien automatique entre centrale unique, taux de syndicalisation et caractère radicale de l'organisation syndicale.

De même, le système de l'exclusivité syndicale le "closed shop" aboutit à des résultats qui peuvent être très contradictoire. Aux USA, dans une boîte, à l'issue d'un vote tous les employés sont syndiqués ou aucun. Un vote contraire peut aussi aboutir à la disparition du syndicat... C'est le résultat particulier d'une lutte très violente dans les années 1910, 20 et 30. Quand un syndicat ouvrier se constituait, le patron organisait un syndicat jaune en face. Le système du "closed shop" a permis de mettre fin à cette tactique, mais n'a pas transformé l'AFL-CIO en un foudre de guerre.

En France, le contrat d'exclusivité syndicale est interdit, le patron ne peut théoriquement pas légalement empêcher la pluralité des organisations, bien que des situations de fait soient apparues en 1944 dans le livre et les dockers, remises en cause depuis, avec de très nombreuses dérives bureaucratiques, pour rester poli.

Vous l'aurez compris ce n'est pas cette perspective que nous défendons, cela va sans dire, mais cela va encore mieux en le disant.

Il ne s'agit pas non plus de créer un nouveau syndicat, plus "pur" et plus radical que les autres, une sorte de "Nouvelle Organisation Revendicative et Démocratique". Nous tomberions alors dans le travers qui consiste à charger le syndicat d'accomplir ce que doit réaliser le parti : prendre le pouvoir, car en définitive il s'agit bien de cela.

Nous sommes en effet fermement convaincus que rien, aucune structure syndicale ou associative "magique", ne nous exonérera de construire un parti révolutionnaire, internationaliste, pour le socialisme, c'est à dire une société basée sur la propriété collective des moyens de production et d'échange à l'échelle du monde.

Proposer la perspective de la CUT au mouvement ouvrier permet de mener le débat sur l'avenir du syndicalisme, d'un syndicalisme de masse et non d'élite, un syndicalisme de lutte de classes et non d'accompagnement, un syndicalisme qui ose se poser dans la perspective de l'abolition du salariat et donc du socialisme.

L'adhésion de la CGT à la CES et de ses Fédérations à l'UNI ont été un de ces moments où les syndicalistes réfléchissent à l'avenir du mouvement dans son ensemble. Ceux qui se sont prononcés contre seraient-ils ipso-facto favorable à une CUT ? Pas forcément. Et alors ? Au contraire ceux qui ont approuvé cette orientation de la CGT ne sont-ils pas parfois amenés aujourd'hui à s'interroger sur ce choix et sur une éventuelle alternative ? C'est positif.

La grève de ce printemps contraint les syndicalistes de toutes les appartenances syndicales à ce poser ces questions et à y apporter des réponses. Comme il n'y a pas de garantie qu'une organisation ne connaîtra jamais de dérive bureaucratique, nous ne connaissons pas de censeurs qui pourraient nous dire à coup sûr que tel est digne ou non d'en être.

Nous n'avons pas à distribuer de bon ou de mauvais points aux militants qui cherchent une issue à l'impasse qu'ils ont connu en juin dernier sous prétexte qu'elles ou ils seraient adhérents de telle organisation plutôt que de telle autre. Simplement, pour paraphraser un discours célèbre : celui qui refuse la rupture avec l'ordre établi, celui qui refuse la rupture avec le capitalisme, celui-là, ou celle-là n'a pas sa place dans ce combat.

Nous ne préjugeons pas de l'axe par lequel passerait cette CUT ou même du nom que pourrait avoir une telle organisation. Cet axe pourrait être une, ou des, organisations existantes. Il pourrait aussi émerger à l'occasion d'une nouvelle crise, majeure cette fois, de ces organisations. Mais le débat doit s'ouvrir, se nourrir, s'approfondir et s'élargir : c'est une perspective.

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